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jeudi 26 mai 2016

Indulgences

Indulgences
Auteur : Jean-Pierre Bours

Texte de présentation

Dans une Allemagne entre Moyen Âge et Renaissance, dans un monde que se disputent la peste et la lèpre, la famine et la guerre, une mère et sa fille doivent braver leur destin pour tenter de se retrouver.
1500, au coeur de la forêt saxonne, une femme abandonne son enfant avant d'être arrêtée pour sorcellerie.
Quinze ans plus tard, alors que les premiers feux de la Renaissance et de la Réforme commencent à briller sur Wittenberg, la jeune Gretchen ne sait pas encore que la quête de son identité l'amènera à croiser ceux qui sont en train d'écrire l'histoire, qu'il s'agisse de Luther, de Cranach ou du très mystérieux docteur Faust...

En complément



Mon avis : Très Bien

En résumé
Dans ce roman qui se déroule au début du XVIe siècle dans le Saint Empire romain germanique, Jean-Pierre Bours nous raconte le destin de deux femmes à quinze ans d'intervalle.
1500. Par une nuit sans lune, une femme, Eva Mathis, court à en perdre haleine dans la forêt, un bébé dans les bras. Poursuivie par les gardes du seigneur de Magdeburg, elle a le temps de déposer son nourrisson sur l'autel d'une église avant d'être arrêtée peu après et jugée pour sorcellerie.
Quinze ans plus tard, dans un village aux environs de Coswig et de Wittenberg. Margarete est une jeune fille intelligente et avide de connaissances qui grandit, heureuse, au sein d'une famille de paysans. Curieuse, d'un caractère déjà bien affirmé et indépendant, Margarete manifeste un grand intérêt pour le savoir de Freia, la sage-femme du village. Un jour, après une dispute, l'un de ses frères lui apprend qu'elle est une enfant adoptée. Dès lors, sa vie prend un nouveau tournant ; elle parvient à faire annuler son mariage arrangé avec le lansquenet Ludwig moyennant un accord : Margarete entre au service de Freia pour apprendre le métier de sage-femme, ce qui la délie de l'obligation de se marier, mais elle ne pourra pas se marier tant que Ludwig restera célibataire. Le jeune homme, vexé et empli de haine, jure de se venger un jour… Sa quête d'identité porte rapidement ses premiers fruits : elle parvient à recueillir quelques informations sur sa mère ! Mais la peste s'abat brutalement sur le village et emporte une bonne partie de ses habitants, dont ses parents et l'un de ses frères. Margerete en réchappe, sauvé par le mystérieux docteur Faust dont elle tombe amoureuse mais qui disparaît brusquement. L'épidémie terminée, Margarete, sa soeur Ulrika et Freia décident de partir pour Wittenberg où le frère de Freia, imprimeur, recherche des apprentis. Margarete espère y avoir des nouvelles du docteur Faust et retrouver la trace de sa mère. Une nouvelle vie va commencer pour ces trois femmes...

Un double récit, un narrateur inattendu et une atmosphère lourde
Ce roman est construit sur l'alternance, d'un chapitre à l'autre, de deux époques et de deux parcours de vie, celui d'Eva Mathias et celui de Margarete. Deux destins parallèles, éloignés au début du roman et qui se rapprochent inexorablement au fur et à mesure que l'on avance dans la lecture du roman. Mais, dès le départ, un lien ténu existe entre ces deux femmes : le narrateur, qui n'est autre que Méphistophélès ! Lequel s'offre le luxe de préfacer le roman ! Ce choix est pour le moins original, mais il est tellement inattendu que je n'ai pas saisi immédiatement que le diable était le fil conducteur du roman et qu'il s'y exprimait par le biais de phrases en italiques.
Deux périodes différentes, mais deux écoulements du temps différents également : la partie concernant Eva Mathis, qui nous présente son arrestation puis son procès, se déroule dans un univers clos et sur quelques jours seulement, tandis que la partie consacrée à Margarete s'étend sur plusieurs années et retrace sa vie au quotidien en de multiples lieux et avec de nombreux personnages.
La structure de ce roman – narration sur deux époques et avec une temporalité différente – donne du rythme au récit et permet de ménager avec subtilité le suspense. Ce dynamisme est renforcé par la qualité d'écriture de l'auteur, qui manie aussi bien les dialogues que les descriptions. Il parvient à mixer les descriptions des personnages, des paysages et des situations tout en maintenant le rythme du récit et le suspense.
Car ce qui est important ici, c'est l'intrigue, c'est l'atmosphère… En effet, ce roman est empreint, et cela dès les premières pages, d'une atmosphère très sombre, pesante, mystérieuse et très prenante, comme si une sorte de chape de plomb nous retenait prisonnier, nous coupant de la réalité. On est vraiment absorbé par cette ambiance, comme englué.

Le portrait d'un pays et d'une époque
Ce roman décrit avec beaucoup de réalisme la vie dans le Saint Empire romain germanique au début du XVIe siècle. À la lisière du Moyen Âge et de la Renaissance, le Saint Empire romain germanique est alors un empire éclaté dirigé par un empereur, déchiré par des guerres intestines et menacé par la Réforme de Martin Luther. Le vrai pouvoir se trouve entre les mains de nombreux petits potentats locaux se livrant entre eux à des guerres d'influence.
Et là comme ailleurs sévissent les disettes, la peste, la lèpre, les guerres, les mercenaires, les pillages, la prostitution, les viols... C'est aussi le temps du commerce des indulgences (qui donne son titre au roman), de l'obscurantisme religieux, de la terrible Inquisition et de ses sinistres procès. Jean-Pierre Bours s'est appuyé sur une rigoureuse documentation pour nous retranscrire minutieusement le procès en sorcellerie d'Eva ainsi qu'une scène de torture (la question), avec un sens du réalisme tel que nos cheveux se dressent sur la tête ! Ce roman montre bien que n'importe qui pouvait être accusé de sorcellerie, mais force est de constater que cela touchait majoritairement des femmes seules, indépendantes, qui pratiquaient la médecine naturelle et qui, souvent, suscitaient la jalousie. Des personnes différentes, en fait… Et rares étaient celles qui s'en sortaient : une parodie de justice les menait soit aux aveux, donc au bûcher, soit à la torture...
Parallèlement à cette vision assez rude et sombre de l'époque, tout un monde en mutation s'offre également à nos yeux, et ce dans de multiples domaines : imprimerie, religion, médecine, peinture, politique, etc. Là encore, l'auteur s'est appuyé sur une riche documentation pour nous retranscrire toute l'atmosphère de cette période. Ainsi, les passages consacrés à la peste sont particulièrement intéressants (description des symptômes, préparation des remèdes, administration des soins, gestion de la maladie, etc.), juste rappel d'une des pires calamités de l'époque. Et pour mieux illustrer son propos, l'auteur a intégré dans son roman des personnages réels, historiques, tels que Lucas Cranach, Grünenwald, Martin Luther, le docteur Faust, etc. Dommage que ce dernier disparaisse du roman aussi vite qu'il y est apparu.

Une vision parfois caricaturale et des scènes violentes
Si l'auteur parvient à mêler habilement personnages fictifs et réels, il n'en demeure pas moins que l'un des défauts de ce roman est le recours à des personnages fictifs assez stéréotypés : le soldat sadique et violent, la pauvre prostituée soumise à un monstre, le geôlier cruel et pervers, le soldat n'hésitant pas à risquer sa vie pour une femme qu'il ne connaît pas… Quant aux deux héroïnes, Eva et Margarete, elles sont si parfaites – elles sont intelligentes, indépendantes, belles, ont du caractère, etc. – qu'elles en deviennent totalement irréalistes et peinent à nous émouvoir. Aucun défaut ! La dichotomie entre Margarete et sa soeur Ulrika qui sombre dans la prostitution renforce encore cette impression d'invraisemblance. De plus, il me semble peu crédible qu'une jeune fille puisse à cette époque refuser le mariage que ses parents et futurs beaux-parents ont arrangé entre eux.
Le second écueil de ce roman réside dans la description parfois trop poussée de scènes violentes. Si les scènes de torture liées au procès de l'Inquisition présentent un intérêt historique, certains passages consacrés aux rapports intimes, consentis ou non, n'en ont aucun et auraient gagné à davantage de suggestion.

Note de l'auteur
En complément des notes de bas de page, l'auteur a rédigé une postface très intéressante dans laquelle il explique sa démarche, apporte des précisions historiques sur différents points (vie quotidienne, épidémies, Martin Luther, Johann Faust, etc.) et propose une bibliographie notamment sur les procès en sorcellerie.

Ce roman nous offre une fresque passionnante et foisonnante de l'Allemagne du début du XVIe siècle par le biais d'une histoire captivante, bien documentée et accessible !

http://www.hc-editions.com/
Merci à HC Éditions !

L'avis des blogueurs


Caractéristiques techniques

Livre papier

Éditeur : Pocket
Date de parution : mai 2016
Couverture : brochée
Format : 11 cm x 18 cm
Pagination : 528 pages
ISBN : 978-2-2662-6150-0

Livre numérique

Éditeur : HC Éditions
Format : 7switch : ePub –– Amazon : Kindle –– Decitre : ePub –– ePagine : ePub –– Feedbooks : ePub –– Fnac : ePub –– Numilog : ePub

6 commentaires:

  1. Jean-Pierre BOURS16 avril 2015 à 17:15

    Une petite remarque de l'auteur après cette belle critique, érudite et flatteuse.
    Faust disparaît très vite et c'est effectivement dommage. La raison en est que ce roman est le premier d'une série d'au moins deux. J'ai dû le présenter comme "autonome" pour trouver un éditeur, et celui-ci, à ma plus grande joie, vient de me demander une suite, vu les bonnes ventes du premier. Le tome II mettra évidement en scène l'affrontement entre Faust et Méphistophélès, et donc la scène du "Pacte", puis tout ce qui s'ensuivra pour Faust et Margarete.
    J.-P. Bours

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  2. Jean-Pierre Bours est un parfait greffier de l'inquisition. Trempée dans le sang, sa plume évoque Léon Bloy et le culte d'un noir passé (révolu ?...)

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  3. Merci Jean-Pierre pour votre commentaire élogieux et les précisions que vous apportez.
    Je me réjouis de savoir qu'un tome deux est prévu, le succès de ce tome un est amplement mérité, j'en suis vraiment heureuse pour vous !
    Frédérique

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  4. Jean-Pierre Bours19 avril 2015 à 09:42

    Pour ceux qui seraient intéressés par des illustrations (notamment les tableaux de Cranach ou Grünewald qui sont évoqués, ou des images de la ville de Wittenberg), voir le site: Jean-Pierre Bours roman Indulgences facebook.

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  5. Ta chronique est magnifiquement écrit et étayée. C'est appréciable d'avoir le point de vue d'une personne qui s'y connait si bien en Histoire.

    Et je suis contente d'être passée puisque je découvre qu'un second tome est envisagé par l'auteur.

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  6. Merci Erine pour ton message, qui m'a d'autant plus touchée que l'art de la critique n'est pas un exercice facile pour moi et j'ai toujours la crainte de ne pas parvenir à exprimer clairement ma pensée et mon avis à propos d'un livre.
    J'ai vu que tu avais aussi un blog ! Je vais aller voir cela !

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