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mercredi 17 mai 2017

L'homme qui brûlait d'être Dieu

L'homme qui brûlait d'être Dieu
Auteur : Jean-Michel Riou

Texte de présentation

"J'ai trahi, volé, tué, commis tant de fois le mal que le diable ne me trompe jamais. Je sais quand il approche. Au premier regard, j'ai compris que cette femme, Esther Stanhope, serait un danger mortel. C'était le 3 février 1809.
Jusque-là, les épreuves n'avaient pas manqué, mais je les avais surmontées, et celles que j'avais connues depuis le départ de Nantes en compagnie de Simon Le Floch et Roustam n'étaient rien, eu égard à ce que moi, François Malthus de Retz, j'avais affronté avant. Pour être précis et vrai, mes manoeuvres, mes tromperies avaient produit peu d'effets malgré ce que je détenais : une résine de myrrhe qui, distillée, était devenue un remède inestimable. J'étais la preuve "vivant" que l'onguent guérissait les plaies mortelles. Mais pour que l'alchimie se répète, il fallait trouver la vallée de l'ancien royaume de Saba où prospérait le suc des arbres à myrrhe. Une expédition risquée, même si une carte d'Arabie devait m'y conduire. Alors, si ce trésor existait, la substance qui m'avait sauvé serait reproduite des centaines, des milliers de fois – et combien encore ? De quoi soigner et soumettre n'importe qui.
Mon projet se résumait ainsi : posséder cette substance bienfaisante par n'importe quel moyen, quitte à commettre les pires exactions."

Mon avis : Bien

Pour une surprise, c'est une surprise !
Lorsque j'ai découvert ce roman, ma première réaction a été la surprise ! En effet, Jean-Michel Riou est un auteur réputé de romans historiques : L'insoumise du Roi-Soleil, série Versailles, le palais de toutes les promesses, série L'espion de la Couronne, etc., et le voici dans un registre inédit, le roman d'aventures qui flirte même avec l'ésotérisme.
Même si le titre et le sous-titre traduisent bien l'idée conductrice de ce roman, il s'en dégage vraiment une impression d'ésotérisme, renforcée en cela par la photo qui dessert un peu ce roman et par une quatrième de couverture qui ne met pas en avant son contenu historique et l'aspect aventure. Cette couverture, me semble-t-il, est tape-à-l'oeil, kitsch à souhait et joue sur les codes graphiques des livres ésotériques… Et pourtant, ce roman est bien loin de tout cela...

Au centre de l'histoire, la quête de la myrrhe
Au début du XIXe siècle, un jeune marin dénommé Simon Le Floch, grièvement blessé après une attaque de pirates en mer, est sur le point de mourir. Malgré toutes les tentatives réalisées pour le sauver, la gangrène progresse à grand pas. En désespoir de cause, Joseph Cordier, l'armateur du navire, laisse l'énigmatique Malthus de Retz tenter le tout pour le tout. Et, miracle, Simon Le Floch est sauvé ! Malthus de Retz dévoile alors la vérité à Joseph Cordier et Simon Le Floch : cette guérison miraculeuse a été rendue possible grâce à l'utilisation de la myrrhe. La myrrhe ? Oui, celle offerte par les Rois mages à Jésus à sa naissance, conservée ensuite dans un monastère grec mais volée depuis et entre les mains de Malthus de Retz.
En échange de cette guérison, Joseph Cordier et Simon Le Floch acceptent de monter une expédition vers l'Arabie Heureuse (aujourd'hui le Yémen), à la recherche des arbres à myrrhe. Car Malthus de Retz en est persuadé : cette substance pourrait sauver la vie de milliers de gens et surtout des soldats de l'Empereur qui combattent en ce moment même l'ennemi ! Carte et équipage à l'appui, Simon Le Floch et Malthus de Retz s'engagent alors dans un périple oriental non dénué de dangers et de mystères...
Missel de Jacques de Beaune, Jean Bourdichon
Missel de Jacques de Beaune, Jean Bourdichon (vers 1456-vers 1520),
Bibliothèque Nationale de France.

Une succession de narrateurs
Divisé en cinq parties et se terminant par une épitaphe, ce roman voit se succéder plusieurs narrateurs :
  • Joseph Cordier, un armateur nantais ;
  • Simon le Floch, un jeune capitaine ;
  • Esther Stanhope, une jeune aventurière anglaise ;
  • Malthus de Retz, un personnage énigmatique ;
  • un narrateur omniscient.
Cette structure est intéressante à plusieurs titres. Tout d'abord, elle offre au lecteur une vision différente de l'histoire selon le point de vue adopté. Entre l'honnête et prudent armateur nantais, l'idéaliste jeune capitaine avide d'aventures, la jeune aventurière britannique et le sombre et inquiétant Malthus de Retz, le lecteur partage ainsi les pensées de chaque personnage. Ensuite, elle nous permet de découvrir plus intimement les personnages, même le si mystérieux Malthus de Retz ! Enfin, elle donne du rythme au roman et évite toute sensation de monotonie dans la lecture.
J'ai eu beaucoup plus de mal à comprendre l'irruption au cours du récit de courtes scènes rédigées en italiques avec un personnage dont on ignore tout, à part qu'il se trouve dans la vallée de l'Arabie Heureuse. Sommes-nous encore au XIXe siècle ou bien à une autre époque ? La fin du roman apporte quelques réponses…

Roman historique, roman d'aventures, roman ésotérique... ?
C'est là qu'est ma principale interrogation, car ce roman atypique mélange un peu tous les styles et il est bien difficile de le classer dans un genre ou un autre. Troublée, je n'ai pas cessé de me questionner tout au long du roman, le récit évoluant toujours sur le fil du rasoir, entre histoire et religion, frôlant souvent l'ésotérisme. Et j'ai vraiment eu peur que le roman ne tombe dans l'ésotérisme, dont je ne suis pas vraiment friande... L'atmosphère était parfois si étrange que j'ai même cru à un moment donné que Malthus de Retz était l'incarnation du Diable !

Esther Stanhope
Esther Stanhope.
Heureusement, l'arrivée d'Esther Stanhope m'a un peu remis les pieds sur terre ! Et j'ai beaucoup aimé cette partie consacrée à cette aventurière, qui a réellement existé et qui était la nièce de l'ancien Premier ministre britannique William Pitt. Une femme forte, têtue, décidée, dont le destin s'inscrit dans un contexte politique troublé : en effet, la France et l'Angleterre sont en conflit et les services secrets anglais, informés des pouvoirs de la myrrhe et du but de Malthus de Retz, chargent Esther Stanhope de récupérer coûte que coûte la carte menant à la vallée de la myrrhe. Le récit, déjà palpitant de par les aléas de la navigation (conditions climatiques, pirates, peste, etc.) et le comportement étrange de Malthus de Retz, devient vraiment passionnant avec l'entrée en scène de cette troublante espionne aventurière. Entre mensonges, manipulations, trahisons et amours, l'atmosphère devient de plus en plus inquiétante, oppressante et lourde. L'arrivée en terre inconnue, d'abord en Égypte au Yémen, ne fait que renforcer cette impression de moiteur...

L'atmosphère orientale bien retranscrite
Raffinée, riche, fluide et agréable à lire, l'écriture de Jean-Michel Riou participe grandement à l'instauration de cette atmosphère si particulière, restituant si bien les couleurs, la torpeur, les odeurs et les bruits de cet Orient si fascinant au XIXe siècle. Le lecteur est plongé dans un merveilleux voyage allant de Malte à la vallée de l'Arabie heureuse en passant par l'Égypte, évoluant dans les souks, les ruelles, le désert brûlant...
Une atmosphère dans laquelle on se laisse prendre d'autant plus volontiers qu'elle est sous-tendue par une documentation sérieuse qui n'est jamais mise en avant de manière artificielle, mais parfaitement diluée dans le cours du récit. L'auteur propose d'ailleurs dans des annexes en fin d'ouvrage des extraits du Voyage en Orient de Lamartine, lequel a rencontré Esther Stanhope et en dresse un portrait pour le moins fascinant… qui me donne envie d'en savoir plus !
En mêlant avec beaucoup d'habileté faits/personnages réels et fictifs, l'auteur apporte au récit un véritable souffle épique jusqu'au dénouement final assez déconcertant car basé sur le mystère et le mythe...
Peinture Scène de marché au Caire, Charles-Théodore Frère
Scène de marché au Caire (1864), Charles-Théodore Frère,
Musée des Beaux-Arts (Boston).

Merci à l'agence Éric Poupet Presse & Communication !

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En conclusion
Points forts :
  • L'histoire légendaire de la myrrhe.
  • La succession des narrateurs, offrant une multiplicité de points de vue et donnant du rythme au roman.
  • L'atmosphère orientale bien retranscrite.
  • Le mélange entre faits/personnages historiques et imaginaires.
  • Esther Stanhope, un personnage fascinant.

Points faibles :
  • Une couverture tape-à-l'oeil en contradiction avec le contenu du roman.
  • Un roman qui mélange trop de genres différents : histoire, religion, ésotérisme...
  • Un début de roman un peu lent.
  • Un roman un peu trop ésotérique pour moi avec une fin abrupte et trop mystique...

L'avis des blogueurs


Caractéristiques techniques

Livre papier

Éditeur : J'ai lu
Date de parution : mai 2017
Couverture : brochée
Format : 11 cm x 18 cm
Pagination : 604 pages
ISBN : 978-2-2901-4097-0

Livre numérique

Éditeur : Flammarion
Format : 7switch : ePub –– Amazon : Kindle –– Decitre : ePub ou PDF –– ePagine : ePub –– Feedbooks : ePub –– Fnac : ePub –– Numilog : PDF

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