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jeudi 2 mai 2024

Juliette et les Cézanne

Juliette et les Cézanne
Auteur : Jean d'Aillon

Texte de présentation

Avril 1944 : le capitaine John Cavendish – nom de code : Forbin – est parachuté en Provence. Il est chargé par le B.C.R.A. de retrouver deux tableaux inestimables de Paul Cézanne avant que les Allemands ne s'en emparent.
Mais lorsque Juliette Lecompte, une jeune restauratrice de tableaux du musée Granet, membre du réseau Libération-Sud, découvre que Cavendish propose des Cézanne à l'avocat Bergatti, défenseur du bandit Carbone, pilier de la Solidarité française et ami de Sabiani, le chef du parti populaire français, les responsables de la Résistance décident d'interroger l'agent anglais. Mais celui-ci, ainsi que Juliette Lecompte, a disparu.
Dans le maquis de Provence, dans les bars de la Plaine ou à l'Alcazar, à la Gestapo de la rue Paradis, à Marseille, ou de la Mule Noire, à Aix, chacun tente de mettre la main sur les tableaux de Cézanne et sur le capitaine Cavendish. Pour mettre la main sur les oeuvres du Maître, vont s'affronter un avocat véreux lié aux bandits marseillais, des membres de la Milice, et même l'acheteur de tableaux du Reichsmarshall Goering. Face à eux, un adversaire redoutable – Hitler, et son projet fou du plus grand musée de la Terre, le musée de Linz.
Dans ce tourbillon d'actions, de dangers et parfois aussi de morts, une question demeure : qui manipule qui, et quelle est la véritable mission de John Cavendish ?

Mon avis : Très Bien

Jean d'Aillon nous plonge dans l'époque tumultueuse de la Résistance avec ce roman historique qui entremêle avec finesse vérité et fiction. De l'action, du suspense, un contexte historique bien documenté, des personnages intéressants : voici un roman historique passionnant.
Si vous avez, comme moi, quelques difficultés à lire des romans historiques se passant durant les guerres du XXe siècle, lisez ce roman historique : l'angle d'approche pris par Jean d'Aillon pour parler de cette époque – l'art –, est original, riche et bien maîtrisé.
Une petite bibliographie en fin d'ouvrage permet aux plus curieux de poursuivre leur propre enquête.

Caractéristiques techniques

Livre papier

Éditeur : 10/18
Date de parution : mai 2024
Couverture : brochée
Format : 10,8 cm x 17,7 cm
Pagination : 504 pages
ISBN : 978-2-2640-8476-7

mercredi 6 mars 2024

Pontormo. Portrait d'un peintre à Florence au XVIe siècle

Pontormo
Auteur : Roland Le Mollé

Texte de présentation

Ce roman nous propose de découvrir à la fois la vie et l'oeuvre du peintre florentin Pontormo, l'un des plus singuliers représentants de la Renaissance finissante. L'auteur, qui nous entraîne dans la Florence effervescente du Cinquecento, articule son récit autour de ce personnage au caractère sombre et insaisissable, dont le quotidien est rythmé par la peinture. Une peinture qui rejette tout académisme et qui se distingue par ses couleurs, fines et intenses. Au fil du texte, on apprend à connaître Pontormo, à apprécier cet être torturé, constamment rongé par le doute et l'inquiétude. On participe à ses choix picturaux, de même que l'on rencontre les plus grandes personnalités du XVIe siècle italien, tels le peintre Bronzino ou le célèbre Vasari.
Sans jamais tomber dans l'extravagance ou la trahison, l'auteur reconstruit peu à peu ce portrait à partir d'éléments authentiques, dont certains proviennent du diario, le journal "intime" de Pontormo. Rédigé durant les deux années qui ont précédé sa mort. L'auteur guide aussi le lecteur dans le déchiffrement de son oeuvre qui s'épanouit au sein d'un siècle grandiose mais tourmenté. Il permet ainsi, en abordant différemment l'homme et l'ouvre, de comprendre les liens riches et ambigus que la peinture a entretenus avec le pouvoir, les mécènes, les princes et le religieux.

Mon avis : Au secours !


En complément


Caractéristiques techniques

Livre papier

Éditeur : Babel
Date de parution : mars 2024
Couverture : brochée
Format : 11 cm x 17,6 cm
Pagination : 432 pages
ISBN : 978-2-3301-8963-1

jeudi 31 août 2023

Marius Granet et le trésor du Palais Comtal

Marius Granet et le trésor du Palais Comtal
Auteur :
Jean d'Aillon

Texte de présentation

En 1308, Charles le Boiteux, comte de Provence, fait arrêter le maître du Temple d'Aix dans l'espoir de s'emparer du trésor caché dans la commanderie de la ville. Mais il ne retrouvera jamais les archives ni le trésor des templiers.
1784 : alors que l'on démolit le Palais Comtal de la ville d'Aix, le jeune Marius Granet et son ami Forbin découvrent dans les ruines romaines un secret redoutable. Quelques semaines plus tard, le marquis d'Entrecasteaux égorge son épouse, Angélique de Castellane. Pour quelles sombres raisons ? S'ensuivent d'autres disparitions et meurtres chez les puissants de la ville. Et bientôt la tourmente révolutionnaire sème la violence sous le ciel ardent d'Aix.
Marius Granet parviendra-t-il à aider Portalis, l'avocat à qui Bonaparte a confié l'enquête ? Le trésor des templiers, qui a fait couler tant de sang, existe-t-il vraiment ?

Mon avis : Bof...

Ce roman historique débute bien, mais, rapidement, l'auteur mêle à l'intrigue des informations générales sur la situation de la Provence au moment de la Révolution. Certes, l'histoire de la Provence sous la Révolution est mal connue, contrairement à Paris, et ce point historique est indispensable, mais il aurait mieux valu le dissocier du récit. Car, dès la moitié du roman, le récit est devenu haché, mêlant de longs apartés historiques à l'intrigue. Conséquence : j'ai perdu le fil de l'histoire qui était au départ intéressante. J'ai tout de même persévéré, car je déteste ne pas finir un livre, mais que ce fut laborieux ! Lorsque je suis arrivée à la fin du roman, je n'avais plus en tête que les informations sur la Provence révolutionnaire devenues indigestes à force, incapable de me souvenir de l'intrigue du roman... Bref, un roman qui aurait pu être passionnant et qui me laisse donc sur ma faim...

Caractéristiques techniques

Livre papier

Éditeur : 10/18
Date de parution : août 2023
Couverture : brochée
Format : 10,8 cm x 17,7 cm
Pagination : 432 pages
ISBN : 978-2-2640-8256-5

Livre numérique

Éditeur : Le Grand Châtelet
Format : Amazon : Kindle

jeudi 8 juin 2023

Enfants de la liberté

Enfants de la liberté
Auteur : Alain Léonard

Texte de présentation

1783. La vie est rude pour ceux qui cultivent la terre, tributaires du climat, des mauvaises récoltes et accablés d'impôts. Catherine, fille du puisatier du village, se voit forcée de quitter sa famille acculée à la misère, et d'entrer au service des nobles locaux, les Saint-Val. Elle suivra ses maîtres à Paris où la colère populaire, qu'attisent la faim et des décennies d'injustices, sera à l'origine des événements de 1789 qui conduiront à des changements radicaux dans la société française.
Du statut de femme de chambre, puis de fugitive à celui d'héroïne de la Bastille, Catherine, jeune fille au caractère entier et rebelle, connaîtra un destin hors du commun. À travers son épopée, entre joies, peines et amours, c'est un pan de la Révolution française et de la société du XVIIIe siècle qui nous est dévoilé.

En complément

  • Vidéo :

Mon avis : Très Bien

La Révolution française est certainement l'une des périodes de prédilection des auteurs de romans historiques. Ces derniers temps, fruit du hasard ou bien de mon inconscient, j'ai lu pas mal de romans se déroulant à cette époque, au point de saturer un peu : imaginez mon état quand pour la énième fois de suite je revis la prise de la Bastille ! Alors c'est avec un peu d'appréhension, craignant l'ennui, que je me suis emparée de ce roman. Mais les premières pages m'ont immédiatement captivée et ceci jusqu'au bout du roman !

Point d'enquête policière, pas plus de romance historique et encore moins de terroir, et pourtant ce roman est un subtil mélange parfaitement dosé de suspense, de sentiments et de retranscriptions méticuleuses de la vie quotidienne aussi bien à Paris qu'à la campagne et des événements historiques tels qu'ils ont été vécus par les différents personnages de ce roman.
Et, en tout premier lieu, par l'héroïne, youpi, une femme au centre d'un roman historique ! Et quel personnage ! Catherine, fille du puisatier d'un petit village du Limousin, est obligée de quitter sa famille pour des raisons financières et de se mettre au service du baron et de la baronne de Saint-Val en tant que femme de chambre. La douleur provoquée par la séparation familiale est ravivée le jour où elle doit suivre ses maîtres à Paris, ceux-ci pensant y être davantage en sécurité par les temps qui courent. Pas vraiment, mais Catherine y gagnera sa liberté et vivra au jour le jour les événements de l'année 1789 mais y rencontrera aussi un certain Camille Dessailly, écrivain et journaliste, avec lequel elle nouera une relation intime. Ce tandem Catherine-Camille fonctionne bien, l'un étant le contrepoids de l'autre : quand l'un s'enflamme, l'autre tempère ; quand l'un prend des risques, l'autre tente de le raisonner, etc., mais ce beau duo ne sera pas pour autant à l'abri du danger, bien loin de là d'ailleurs ! Car si Catherine est animée par un sentiment de justice, prenant parfois des risques, toujours elle saura raison garder, ce qui ne sera pas le cas de Camille...

Même si les événements sont vécus principalement à travers les personnages de Catherine et de Camille, autour d'eux gravite tout un cercle de personnages secondaires appartenant à différentes classes sociales, Jean, Marie, le baron et la baronne de Saint-Val, les lavandières, la famille de Catherine. Et tous jouent un rôle important dans ce roman, car chacun exprime à son échelle et selon sa position sociale ses espoirs, ses craintes, ses colères. C'est là l'un des principaux atouts de ce roman : les événements sont vécus à hauteur d'homme, par les gens du peuple et cette approche donne énormément de vie et de force à ce roman. Les faits ne sont plus abstraits, ce ne sont plus de simples dates égrenées – la prise de la Bastille prend une tout autre couleur quand elle est vécue par Catherine ! –, on sent au fil des mois la tension croître et la colère sourdre face aux injustices de plus en plus criantes. Le peuple ne mange pas à sa faim, le peuple travaille d'arrache-pied, le peuple est assommé par les impôts et les taxes alors que, pendant ce temps, d'autres mènent un train de vie dispendieux dans leurs manoirs, châteaux et autres belles demeures.
Le contexte historique n'en est pas pour autant oublié : la mauvaise conjoncture économique et les conditions climatiques exécrables – responsables de mauvaises récoltes, de famines et d'une mortalité plus importante – sont parfaitement évoquées.
Et c'est aussi toute une réflexion qui s'enclenche à travers les personnages lorsqu'ils s'aperçoivent que leurs idéaux révolutionnaires sont dévoyés, que la machine s'emballe... signes annonciateurs de funestes événements à venir.

Mais au-delà des faits, des lieux (Versailles, Hôtel de ville, Invalides, Bastille, prison de la Force, etc.) et des personnages historiques (Robespierre, le gouverneur Delaunay, etc.), parfaitement décrits sans nous noyer sous les détails – et c'est loin d'être facile quand on parle de Révolution française –, j'ai particulièrement apprécié la restitution de la vie quotidienne, certes à Paris (tavernes, marchés, lavoir, etc.), mais surtout à la campagne : le travail aux champs, les relations familiales et sociales, les fêtes campagnardes, le déroulement du repas, etc. Car si la vie à la Cour est bien documentée, il n'en va pas de même pour la vie rurale : c'est une réalité plus difficile à saisir, même si des travaux récents permettent aujourd'hui de mieux l'appréhender et la cerner.
Toutes les descriptions, à la fois précises et concises, laissent place à l'imagination ; des odeurs, des couleurs, des émotions surgissent au fil des phrases : par exemple, le travail des lavandières est retranscrit de manière extrêmement vivante, avec une foule de petits détails très intéressants, les gestes, la position du corps, le parler d'alors, les douleurs engendrées par ce travail, les odeurs, etc. Tous les détails sont amenés de manière si fine, fluide et vivante qu'à aucun moment on est pris d'ennui, le récit est bien rythmé. Autre exemple, les relations familiales : on a longtemps pensé qu'au cours des siècles précédents les relations parents-enfants étaient dénuées d'affection, du fait notamment d'un taux de mortalité en bas âge élevé, surtout quand il s'agissait de filles, mais les dernières recherches en la matière montre que cette idée est fausse, du moins à fortement relativiser. Et, ici, l'auteur met justement en avant, de manière inattendue, une belle histoire familiale dans laquelle les liens de tendresse, d'affection et d'amour sont présents même s'ils ne sont pas toujours exprimés de vive voix ou de manière démonstrative.
Mais tout n'est pas rose dans ce roman, je pense notamment à une scène d'avortement particulièrement réaliste, au point d'en avoir le coeur au bord des lèvres, mais aussi aux dangers qui guettent les personnages, tous n'en sortiront pas indemnes... Et autant vous dire que la fin du roman laisse présager une suite, ce qui est confirmé par le texte de quatrième de couverture... et là, je n'ai qu'une hâte, découvrir la suite de cette histoire !

♜ ♜ ♜ ♜ ♜ ♜

En conclusion
Points forts :
  • Du suspense, des sentiments, de l'histoire et de l'Histoire : un dosage subtil et parfaitement réussi.
  • Choix d'une héroïne avec en contrepoids un personnage masculin permettant d'équilibrer les points de vue.
  • Une période complexe, extrêmement riche en événements, mais rendue ici accessible quel que soit le degré de connaissance du lecteur.
  • Des événements vécus au plus près par les gens du peuple : un éclairage original des faits, nous permettant de comprendre l'exaspération de la population et de saisir toute sa détresse.
  • Des descriptions enlevées, vivantes et précises laissant cependant toute sa place à l'imagination,  sans assommer le lecteur de détails.
  • Une évocation très réussie de la vie rurale, si difficile à appréhender encore de nos jours.
  • Une maîtrise du récit, un bon rythme avec des pics de suspense.

Points faibles :
  • Le visuel de couverture ne me semble pas illustrer le contenu du roman, il n'en représente qu'une infime partie et ne met pas en valeur les véritables points forts du roman (cependant, je sais combien il est difficile de concevoir une couverture et de choisir le visuel…).
  • Il va me falloir attendre un peu pour le tome 2 ;-)

Merci aux éditions De Borée !

Caractéristiques techniques

Livre papier

Éditeur : De Borée
Date de parution : juin 2023
Couverture : brochée
Format : 11 cm x 17,8 cm
Pagination : 356 pages
ISBN : 978-2-8129-3865-8

Livre numérique

Éditeur : De Borée
Format : 7switch : ePub ou Mobipocket –– Amazon : Kindle –– Decitre : multiformat –– ePagine : ePub –– Fnac : ePub –– NeoBook : ePub ––Numilog : ePub

mercredi 2 mars 2022

Les enquêtes d'Hilarion. Tome 2 : L'araignée d'Apollon

L'araignée d'Apollon
Auteur : Christophe Estrada

Texte de présentation

Versailles, février 1777. Le chevalier Hilarion de S. et son fidèle valet Pierre découvrent le château de Versailles, vaste labyrinthe où se nouent et se dénouent des alliances secrètes. Le pouvoir de Louis XVI est d'autant plus fragile que la reine n'a pas encore donné l'héritier attendu par une cour à l'affût des moindres rumeurs. Chargé par le jeune roi de retrouver une correspondance dérobée à Marie-Antoinette, des lettres qui ont servi à alimenter des libelles infamants, Hilarion bute sur le cadavre de M. de Rancy, principal suspect dans cette affaire. Quelle direction prendre alors ? Pourra-t-il compter sur son cousin, Hector de Simiane, une tête si légère ? Quel rôle la charmante Toinette, dont Pierre ne tarde pas à tomber amoureux, joue-t-elle dans cette macabre comédie ? Pourquoi ce fat de Montmort n'a-t-il de cesse de provoquer le chevalier ? Quelles sont ces ombres qui se glissent à la tombée de la nuit dans le vieux parc glacé ? Les questions s'accumulent, les morts aussi.
Cette enquête s'inscrit dans la continuité du premier roman de Christophe Estrada. Ici, l'auteur offre une visite inattendue et singulière d'un Versailles nocturne et inquiétant, avec sa population servant davantage ses propres intérêts que ceux du roi, un univers de manipulations qui entraîne le lecteur dans les couloirs de service, dans la ménagerie laissée à l'abandon, plutôt que dans les salons d'apparat où se presse une autre ménagerie avide de ragots et de bons mots.
Et sur les terrasses du château, le roi, solitaire, observe ses courtisans...

Mon avis : Assez Bien

Points forts :
  • Une description détaillé et soignée du Versailles au XVIIIe siècle (1777), à la fois des lieux et du fonctionnement de la Cour.
  • Une ambiance délétère, un peu "fin d'un monde", très bien transcrite (complots, manigances).
  • Des personnages historiques très bien restitués : le roi, ses tantes (Adélaïde, Sophie, Victoire), etc.
  • Un héros torturé par son histoire familiale.
  • Une ambiance inquiétante loin de l'image du Versailles clinquant.
  • Un roman qui explore aussi bien les salons d'apparat que les logements des serviteurs, les couloirs de service, la ménagerie laissée à l'abandon, etc. : l'autre visage de Versailles.

Points faibles :
  • Je me suis un peu mélangée dans les personnages.
  • Quelques longueurs, une intrigue qui s'étire trop.
  • Une intrigue pas suffisamment consistante pour moi, trop compliquée pour au final pas grand-chose.

Caractéristiques techniques

Livre papier

Éditeur : Babel
Date de parution : mars 2022
Couverture : brochée
Format : 11 cm x 17,6 cm
Pagination : 544 pages
ISBN : 978-2-3301-6344-0

Livre numérique

Éditeur : Actes Sud
Format : 7switch : ePub –– Amazon : Kindle –– Decitre : ePub ou PDF –– ePagine : ePub –– Fnac : ePub –– Numilog : ePub ou PDF

jeudi 25 novembre 2021

Les enquêtes du commissaire Samuel Le Mullois. Tome 2 : Tuez l'empereur !

Tuez l'empereur !
Auteur : Laurent Nagy

Texte de présentation

En cette fin de printemps 1815, alors que la France est encore stupéfaite de l'incroyable retour de Napoléon et de la fuite de Louis XVIII, une angoisse nouvelle jaillit à l'annonce d'une guerre prochaine avec presque toutes les armées de l'Europe. Cette perspective ravive les passions politiques. À Paris, royalistes et républicains comptent précipiter la chute de l'Empereur. Un mystérieux fanatique, le baron de La Sahla, envisage même de l'assassiner...
Basée sur des faits avérés et des personnages pour l'essentiel historiques (le baron de La Sahla, la comtesse Hugo…), cette nouvelle enquête du commissaire Samuel Le Mullois, agent du ministère de la Police Générale, nous plonge dans une intrigue aussi rigoureuse que passionnante.

Caractéristiques techniques

Livre papier

Éditeur : Lemme Edit
Date de parution : novembre 2021
Couverture : brochée
Format : 14 cm x 20 cm
Pagination : 232 pages
ISBN : 978-2-4928-1800-4

mercredi 15 septembre 2021

Femme qui court

Femme qui court
Auteur : Gérard de Cortanze

Texte de présentation

En 1910, Violette, âgée de 17 ans, est élève au couvent de l'Assomption. Encadrées par des professeures d'éducation physique anglaises, les jeunes pensionnaires y découvrent le sport. Les années passant, devenue une sportive exceptionnelle, elle enchaîne les championnats d'athlétisme, se passionne pour le cyclisme, le football, le water-polo, la boxe, la compétition automobile... Quand la guerre de 1914 survient, elle est ambulancière puis motocycliste de liaison.
Dévoreuse de femmes, assoiffée d'amour dans un corps sculpté à sa démesure, Violette, boulimique de vie, court derrière un bonheur qui lui semble inaccessible. Elle s'essaie au music-hall, au théâtre, devient l'amante de Joséphine Baker puis d'Yvonne de Bray, l'ami de Cocteau et de Marais. Mal aimée, rejetée, elle va là où on l'accepte. Quand la guerre éclate, elle prend la direction du garage Pershing réquisitionné par la Luftwaffe et pratique le marché noir.
Violette est une combattante du féminisme qui épouse les revendications des femmes inexorablement retardées par la Grande Guerre puis, dans les années trente, par la crise économique et la montée des périls.
Garçonne aux cheveux courts, en monocle et pantalon, qui n'hésite pas par provocation à pratiquer une radicale mastectomie. Fascinante, scandaleuse, Violette Morris cristallise les fantasmes et les conflits culturels dans lesquels notre époque peut se reconnaître.

Prix Historia du roman historique 2019.

Mon avis : Bien

Violette Morris... ce nom a toujours évoqué pour moi les pires heures de l'Occupation, quand des Français ont commis les pires atrocités en collaborant avec l'ennemi nazi. Cette femme, figurant en couverture de ce roman, avait beau avoir croisé mon regard en librairie, m'interpellant par là même, j'étais résolue à ne pas me plonger dans l'histoire glauque de cette femme qualifiée de "hyène de la Gestapo" et accusée notamment d'avoir torturé des résistants au siège de la Gestapo, situé rue Lauriston, à Paris.

En même temps, ces destins infamants et horribles m'ont toujours intriguée : comment un être humain peut-il à un moment de sa vie basculer du côté du mal et devenir un monstre ? existe-t-il des légendes noires forgées de toutes pièces, comme il en a tant existé de par le passé, et dont Violette Morris aurait fait les frais ? Je dois avouer que je ne connaissais pas grand-chose de la vie de Violette Morris à part l'existence de cette légende noire et le fait qu'elle préférait les femmes, c'est un peu court me direz-vous pour porter un jugement sur cette femme. J'ai alors décidé de m'intéresser à ce personnage afin de me faire ma propre opinion. Je me suis d'abord prudemment approchée de ce personnage par le biais de la bande dessinée, Violette Morris, une femme à abattre – que je vous conseille –, avant de me plonger dans ce roman historique.

Enfin un roman historique sur Violette Morris !
Oui, enfin ! Ce n'est pas que j'en ai assez de Napoléon, de Marie-Antoinette ou de Louis XIV, mais j'aime quand les romanciers s'emparent de personnages historiques moins connus, moins consensuels, moins passe-partout. Cependant, je ne m'attendais pas à ce qu'un jour l'un d'entre eux, Gérard de Cortanze en l'occurrence, s'attaque à ce personnage sulfureux et maudit.

Jusqu'à maintenant, il existait quelques biographies, citons celles de Raymond Ruffin dont les titres ne laissent planer aucun doute sur sa position (La diablesse. La véritable histoire de Violette Morris et, plus récemment, en 2004, Violette Morris, la hyène de la Gestapo) et celle de Marie-Jo Bonnet publiée en 2011 (Violette Morris, histoire d'une scandaleuse). Avec cette biographie, Marie-Jo Bonnet remet en cause les jugements un peu hâtifs, voire non documentés, de Raymond Ruffin et démonte l'exécrable portrait à charge qu'il dresse de Violette Morris, elle jette ainsi un éclairage nouveau sur cette femme. Cette biographie a fait l'objet d'une adaptation sous forme de bande dessinée dont je vous ai parlé ci-dessus. Certains n'auront de cesse de critiquer cette biographie, arguant du fait que Marie-Jo Bonnet est une féministe militante, mais ce serait oublier qu'elle est avant tout historienne. Ce débat houleux montre combien il est encore difficile de nos jours d'aborder certains sujets et il faut reconnaître à Gérard de Cortanze le mérite d'avoir consacré un roman à ce personnage qui continue de diviser aujourd'hui.

Une femme qui court...
Le titre de ce roman m'a étonnée de prime abord, ne connaissant pas la carrière de sportive de haut niveau menée par Violette Morris. Mais cette course n'est pas que physique, elle est aussi symbolique : Violette Morris a toujours vécu intensément, faisant feu de tout bois, comme si elle n'avait pas le temps, comme si elle devait toujours être en action, en mouvement, pour ne pas être confrontée à ses pires démons. Et c'est sur un rythme plutôt trépidant que Gérard de Cortanze nous invite à suivre le parcours de Violette depuis son enfance jusqu'à sa mort.
Elle avait toujours eu la robustesse insolente d'une jeune plante qui a trouvé son terrain, qui a surgi dru. Elle n'avait jamais connu l'âge merveilleux des lectures, où le monde imaginaire se découvre, où la jeunesse enveloppe de son voile magique le monde réel. Pas d'imaginaire dans sa vie, que de la réalité brute, violente, d'un bloc.

Le portrait d'une femme libre et hors du commun
Née en 1893, Violette Morris est placée en pension dès l'âge de 10 ans au couvent de l'Assomption de Huy, en Belgique. Loin des siens et en manque d'affection – un père indifférent, une mère hostile qui vit dans le souvenir de son fils Paul mort quelques années avant –, Violette développe alors une passion pour le sport, encouragée par sa professeure Miss Eliss, activité qui lui permet de canaliser son énergie, de "mettre sa violence en cage", de s'affirmer et de s'épanouir.
[...] à l'indifférence polie de ce père venait s'ajouter la franche hostilité de sa mère. De vingt ans plus jeune que son mari, Elisabeth Sakakini, dite « Betsy », ne s'était jamais remise de la mort de son petit Paul, survenue deux ans avant la naissance de Violette, à l'âge de huit mois. Ce décès prématuré, elle le faisait payer chaque jour à sa fille.
C'est aussi au pensionnat qu'elle découvre d'abord l'amitié puis l'amour, et son penchant pour les femmes, en la personne de Sarah Ponsonby, mais aussi la violence lorsqu'elle est violée par le jardinier du couvent, Octave Vandemer.
Mais rien ne peut arrêter cette sportive polyvalente, qui excelle dans toutes les disciplines qu'elle pratique : athlétisme (lancer du javelot et du disque, course à pied, etc.), natation, football, boxe, cyclisme, course automobile... Rien ne résiste à cette femme dont la devise est "Ce qu'un homme fait, Violette peut le faire." et autant vous dire que cela en énerve plus d'un !
[...] face à cette vie qui lui pesait tant, elle comprenait qu'elle ne pourrait y faire face qu'en se dépassant sans cesse, qu'en se posant des défis à l'issue toujours plus improbable. Aussi décida-t-elle d'exceller davantage encore, dans les disciplines qui étaient les siennes, mais dans d'autres aussi qu'elle découvrait et qu'elle adoptait [...]

Un portrait au vitriol de la presse et de la société
L'étude de la presse d'époque est un bon moyen d'apprécier l'état d'esprit qui régnait alors et le constat est sans appel : à la lecture des quelques extraits d'articles consacrés aux exploits sportifs de Violette Morris et reproduits par Gérard de Cortanze, on en ressort éberlués, avec un sentiment de dégoût, de honte et de nausée. Considérée comme un monstre, méprisée, traînée dans la boue, on y parle davantage de ses extravagances, de sa sexualité et de son physique hors norme que de ses exploits sportifs. En voici quelques extraits :
"Comment expliquer à ces « sportives » que les hommes préfèrent avoir affaire à des êtes fragiles, si joliment surnommés « femmes-poupées », plutôt qu'à des blocs de muscles inesthétiques ?" écrivit Le Miroir des sports. Quant à La Vie au grand air, elle n'hésitait pas à demander : "Pourquoi des femmes « s'hommassient »-elles à ce point ? Pourquoi se musclent-elles, se déforment-elles, s'enlaidissent-elles à ce point ?" La palme revient au Sport universel illustré qui n'hésita pas à conclure son article par ces mots : "La femme est faite pour garder sa maison et élever ses enfants ! Restez femmes, mesdames, quel besoin d'enfourcher une bicyclette ou de chausser des gants de boxe !"
Le grand reproche adressé au sport féminin était qu'il tournait à l'exhibitionnisme, pour preuve le succès, bien que relatif, de certaines réunions : ce n'était pas la valeur sportive des concurrentes qui y était mise en valeur, mais des corps à moitié dévêtus, offerts à l'indécence des regards. Des attaques physiques, on passait à des considérations morales : le sport éloigne la femme de ses devoirs naturels, lui enlève le goût du mariage et plus spécialement de l'instinct de maternité.
[...] l'article qui l'accompagnait était sans appel : "Le sport féminin effraie bien des milieux : pourquoi ? Parce que à côté des milliers de jeunes sportives qui doivent à des activités raisonnables une santé robuste et des maternités faciles, il est un arbre qui cache la paisible forêt. Il a pour nom : Violette Morris. Non pas une « originale à l'allure d'homme », comme la décrivent certains de nos confrères, mais un danger public, un être violent, brutal, inesthétique."

Quant à la société française, elle n'est pas prête à accepter l'existence d'une femme aux cheveux courts et aux habits d'homme, qui fume et qui préfère les femmes. Violette Morris fait tâche dans la société patriarcale du début du XXe siècle, et son ablation des seins ne fait qu'accentuer l'incompréhension entre Violette et ses contemporains, cette opération étant pour eux le summum de la monstruosité.
Arrivée première, elle fut disqualifiée sur plainte déposée par un coureur qui l'accusait d'avoir eu un comportement dangereux pendant la course, "typique de l'hésitation féminine, un coup à droite, un coup à gauche, elles ne savent pas ce qu'elle veulent."
Quoique le XXe siècle fût bien installé dans son premier quart et que le clergé ne refusât plus les sacrements à toute dame vêtue en cycliste, comme il l'avait proclamé au siècle dernier, on trouvait encre des gens pour estimer que les vélocipédistes femelles étaient "rares, laides et ridicules" ou pour fustiger le sport féminin considéré comme une mascarade abjecte, un spectacle grotesque, une exhibition malsaine, une pantalonnade provocatrice !
Comment Violette Morris a-t-elle pu supporter un tel acharnement et de telles attaques personnelles durant autant d'années ? Son physique, sa manière de vivre, son comportement... Traquée en permanence comme du gibier par des chasseurs, les journalistes n'attendant qu'un faux pas pour s'acharner sur elle, Violette résiste pourtant et ne cède à aucune pression, calomnie ou perfidie.

Une femme en avance sur son temps ?
Alors que la Coupe du monde féminine de football 2019 vient de s'achever, j'ai souvent pensé à Violette Morris durant ces quelques semaines, à la joie qu'elle aurait ressentie de voir ces femmes jouer au football en toute liberté, encouragées par toutes ces femmes, tous ces hommes et tous ces enfants, sans avoir à subir de remarques désobligeantes. Certains, dans la presse ou le public, n'ont certes pas pu s'empêcher de tenir des propos sexistes, mais qu'ils semblent aujourd'hui ridicules et d'un autre temps ! De là à dire que Violette Morris est née quelques années trop tôt, il n'y a qu'un pas... que je ne franchirai pas. Le statut des femmes évolue dans le bon sens mais si lentement... je ne suis pas sûre que Violette Morris serait beaucoup plus heureuse de vivre aujourd'hui dans notre société rongée de manière pernicieuse par l'intolérance et la violence (remarques sexistes, gestes déplacés, féminicides, agressions homophobes, différences de salaires entre hommes et femmes, etc.). Le combat est loin d'être gagné... Alors Violette Morris était une femme en avance sur son temps mais même sur le nôtre !

Dans mon esprit, le XIXe siècle était l'une des pires périodes en matière de condition féminine, mais je me suis aperçue que le début du XXe siècle n'était pas en reste ! Certes les femmes ont participé à l'effort de guerre au cours de la Première Guerre mondiale – Violette a été ambulancière puis messagère motocycliste –, mais le rôle des femmes est de rester au foyer, d'enfanter, d'élever les enfants et de s'occuper de leur mari, point barre. Manifestation de la force et de la virilité de l'homme, la pratique d'un sport peut être envisagée s'il permet d'améliorer l'état physique de la femme, promesse de futures naissances d'enfants en bonne santé. Et, là, qu'avons-nous ? Une femme qui multiplie les exploits sportifs dans des disciplines habituellement réservées aux hommes, battant même les hommes sur leur propre terrain, quel scandale, notamment pour Pierre de Coubertin qui a refusé la participation des femmes aux premiers Jeux olympiques organisés à Paris en 1900 !
Pourtant, elle se plie un temps aux bonnes moeurs en épousant Cyprien Gouraud, qu'elle rencontre lors d'un bal mais dont elle divorce rapidement pour se mettre en couple avec son amie d'enfance, Sarah.
Dès la signature de la paix les suffragistes avaient à juste titre espéré que leur civisme serait récompensé, aussi avaient-elles repris leur campagne avec enthousiasme et raisonnable espoir. Après tout, depuis longtemps, les Norvégiennes, les Danoises, les Anglaises, les Russes, jusqu'aux Néo-Zélandaises, avaient obtenu le droit de vote. Plus récemment les Luxembourgeoises, les Suédoises, les Belges, les Américaines avaient rejoint la cohorte des votantes. La France victorieuse était toujours à la traîne, réservant à ses filles, si copieusement louangées pendant les années terribles, une place peu enviable.

La descente aux enfers
Malgré ses victoires – elle est l'une des sportives françaises les plus titrées, détenant même des records nationaux et mondiaux –, elle est exclue de la Fédération française sportive féminine en 1930, accusée d'être agressive, bagarreuse et de profiter de la promiscuité des vestiaires pour "peloter" ses concurrentes. Cette radiation, qui l'empêche désormais de participer à la moindre épreuve sportive, l'affecte profondément. Le sport à haut niveau était pour elle comme un exutoire, lui permettant de canaliser sa violence et ses émotions. À partir de cette date, le parcours de Violette devient plus erratique, plus sinueux, plus difficile à suivre, comme si elle avait perdu sa principale raison de vivre et ne savait quelle voie prendre. Parallèlement, commence un lent et insidieux processus d'autodestruction : Violette se néglige, Violette boit, Violette fume de plus en plus, Violette prend beaucoup de poids...

Séparée de Sarah, elle se met à fréquenter les soirées mondaines au cours desquelles elle sympathise avec les personnalités de l'époque et, là encore, j'ai découvert une facette de son histoire dont j'ignorais tout : Joséphine Baker, avec laquelle elle entretient une courte relation amoureuse, Yvonne de Bray, qui sera également sa maîtresse, Jean Cocteau et Jean Marais, ces trois derniers vivront même quelque temps avec elle sur sa péniche amarrée en bord de Seine. D'ailleurs, Cocteau s'inspira de la relation conflictuelle entre les deux amantes pour écrire sa pièce Les Monstres sacrés. Elle s'essaie alors brièvement à la chanson et au théâtre, mais sa passion demeure avant tout la course automobile.

La question qui fâche : Violette a-t-elle collaboré de son plein gré ?
Jusqu'à maintenant, quels que soient les coups du sort, Violette parvenait toujours à retomber sur ses pieds. Mais c'est sans compter sur son ange noir, son ancienne amante, la sportive allemande Greta Fassbinder, qui réapparaît dans sa vie et parvient à la convaincre de se rendre à Berlin pour assister comme invitée d'honneur aux Jeux olympiques de 1936 : la France la considère comme un monstre, qu'à cela ne tienne, elle est accueillie à bras ouverts en Allemagne ! Et la presse française se fait l'écho de son voyage en Allemagne, la faisant passer pour une traîtresse... Violette est alors prise dans un engrenage infernal dont les Nazis entendent bien profiter le moment venu.
Pourquoi avait-elle accepté de venir ? Quelle imbécile ! Ce voyage était un piège. On l'avait utilisée. Et elle n'avait rien vu, rien compris, rien senti. Quelle mascarade que cette grande messe servie par tous ces officiants en uniformes S.S., ces bataillons de S.A. et des Jeunesses hitlériennes ! Elle était française, et la presse allemande n'avait cessé de faire passer les athlètes français pour des paresseux, des laxistes, des décadents. "Les humiliant, c'est moi qu'on humilie", pensa Violette, qui pensa aussi, sans savoir pourquoi, mais le sentant presque physiquement, que la guerre allait éclater.
Comme toujours lorsqu'il s'agit de prendre une décision dont on sait qu'elle va bouleverser sa vie, l'être humain hésite. Chez certains, l'hésitation est si forte qu'elle conduit au renoncement alors que chez d'autres, au contraire, elle précipite leur décision et ceux-ci se jettent, sans remords, comme ils l'eussent fait en se jetant dans les flammes d'un immense brasier.

À la déclaration de la guerre, prise à la gorge par des dettes et le chantage qu'exercent les Nazis sur elle (moeurs sexuelles, casier judiciaire, amitié avec Sarah qui est juive, volonté de continuer la course automobile, etc.), elle accepte de collaborer avec les Nazis en prenant la direction d'un garage automobile parisien réquisitionné par la Luftwaffe.
Les garages sont des lieux de confidences, de fuites, des choses s'y disent. Approvisionnement, essence, pièces détachées, marché noir. On parle beaucoup dans les garages. Il suffit d'écouter, d'ouvrir grand ses oreilles...

Les années qui suivent sont peu décrites, on voit Violette participer au marché noir en faisant des allers-retours entre Paris et la Normandie, transportant de la marchandise et de la nourriture destinées aux Allemands. C'est au cours d'un séjour en Normandie qu'elle fait la connaissance d'Annette, sa dernière passion amoureuse, qu'elle comptait retrouver à son retour de Paris pour fuir en Espagne et retrouver son ami le navigateur Alain Gerbault. Mais elle est abattue par des résistants le 26 avril 1944 alors qu'elle conduisait le couple Badreuil, des charcutiers collaborateurs, et leurs deux fils à Paris... mais ce n'était pas elle que visaient les résistants, mais Alain Boulin, cabaretier, adjoint au maire de Cabourg et collaborationniste très actif qui aurait dû être au volant, à sa place… Les cinq corps empilés les uns sur les autres furent retrouvés le 12 mai 1945 dans une ancienne mare à proximité du lieu de l'assassinat...

Il est difficile de se faire une opinion sur cette partie essentielle de la vie de Violette et qui n'est que survolée dans ce roman. Gérard de Contanze a préféré se concentrer sur sa jeunesse et ses années de sportive, éclairant par là même certaines zones d'ombre et permettant de mieux comprendre cette personnalité complexe. Une partie certes intéressante mais parfois un peu trop détaillée pour moi qui n'aime pas particulièrement le sport – j'ai un peu survolé les énumérations des titres remportés même si cela est important –, mais je m'attendais à ce qu'il détaille davantage les actions de Violette durant la Première Guerre mondiale et surtout la Seconde Guerre mondiale car c'est là que résident les plus grosses interrogations et polémiques. Absence de documentation, absence de faits avérés ? Gérard de Cortanze a choisi de ne réserver qu'une centaine de pages à cette époque cruciale dans la vie de Violette Morris, suivant la piste explorée par Marie-Jo Bonnet, celle d'une Violette Morris entraînée bien malgré elle dans la collaboration, piégée par les Nazis.
Vu son caractère pugnace et sa capacité à tenir tête à la presse et à tous ceux qui la critiquaient, j'avoue avoir un peu de mal à admettre qu'elle ait préféré collaboré plutôt que de prendre la fuite pour rejoindre la Résistance, à moins qu'elle n'ait été une opportuniste. Ou bien son ressentiment à l'égard de la France était-il si fort pour qu'elle ait pris fait et cause pour l'Allemagne nazie ? Ou a-t-elle manqué de recul à une période de sa vie où elle perdait pied, le retour à la réalité arrivant trop tard ?

Quant à son assassinat, Gérard de Cortanze expose les deux hypothèses possibles : la première met en cause la Gestapo qui souhaitait se débarrasser de Violette, devenue un témoin gênant, et qui aurait induit en erreur les résistants par le biais d'Alain Boulin, lequel leur aurait croire qu'il serait le conducteur de la voiture ; dans la seconde hypothèse, c'est Alain Boulin lui-même, informé qu'il était la cible du maquis normand, qui aurait envoyé Violette se faire tuer à sa place. Quoi qu'il en soit, il en ressort qu'aucun ordre venant de Londres n'a été donné pour tuer Violette Morris : ce n'était pas elle qui était visée, mais Alain Boulin. Toutefois, au lendemain de la guerre, la priorité était de rétablir l'ordre et de réconcilier les Français. Les journaux parlent alors "de la chute d'une femme, ancienne sportive aux seins coupés, qui avait trouvé dans la collaboration un moyen unique de donner libre cours à ses instincts sanguinaires et mauvais", voire la font passer tantôt pour un agent double, tantôt pour une sadique qui « aimait torturer dans les locaux de la Gestapo "avec une cravache et un briquet", tantôt pour la maîtresse du S.S. Standartenführer Helmut Knochen et de Carl Oberg, le chef supérieur de la S.S. et de la police en France ! La légende noire est en marche...
Pourquoi la fascination, en temps de guerre, bien réelle tout de même pour une femme hors norme, a pu ainsi se transformer, une fois la paix revenue, en haine ? [...] quelque chose de terrible avait dû se passer dans son pays, la France, pour qu'elle accepte avec autant de facilité la thèse de la gestapiste tortionnaire.

L'impossibilité de distinguer la réalité de la fiction...
Une fois ma lecture terminée, je me suis retrouvée avec de nombreuses questions : Sarah Ponsonby a-t-elle existé ? Violette a-t-elle été violée par le jardinier du couvent ?... J'espérais trouver en fin d'ouvrage une note de l'auteur permettant de savoir ce qui relevait de la réalité ou de la fiction, mais rien de tel.
Dans ce type de roman (roman biographique) et surtout avec ce type de personnage complexe, une préface ou une postface explicative me semble indispensable. En écoutant la fiction qui a été consacrée à Violette Morris sur France Inter et écrite par Gérard de Cortanze, j'ai alors appris que le personnage de Sarah Ponsonby n'existait pas ! Cela m'a beaucoup troublée, car ce personnage est au centre de la vie de Violette dans ce roman et il est même impliqué dans le chantage qu'exercent les Nazis à l'encontre de Violette. Alors, que penser ?

Ainsi, ce roman ne m'a pas permis de me faire une opinion tranchée sur Violette Morris, c'est pour cela que j'ai très envie d'approfondir la question en lisant la biographie de Marie-Jo Bonnet. Une chose est sûre : Violette Morris était un sacré personnage, une femme libre, indépendante, dotée d'un fort caractère et d'un physique hors norme, parfois insolente et provocante, toutes choses que la société française d'alors ne pouvait accepter. Mais derrière ce portrait tout en force et en énergie se cache une blessure, celle de ne pas avoir été aimée par ses parents, celle d'avoir été rejetée par la société française… Certes elle a collaboré, mais il n'existe aucun document prouvant son implication dans des séances de torture rue Lauriston ou un quelconque zèle en matière de collaboration ; j'ai la sensation qu'elle a profité de la situation sans se poser de questions. Même s'il est difficile de se débarrasser de l'image de "hyène de la Gestapo" qui lui colle à la peau tant elle est ancrée depuis de nombreuses années dans notre imaginaire, je retiens de ce roman le beau portrait d'une femme libre et d'une grande sportive, très en avance sur son temps, et celui d'une société corsetée et misogyne, très violente à l'égard de celles et ceux qui prétendent vivre autrement. En tout cas, grâce à ce roman, Violette Morris est enfin sortie de l'ombre...
Violette, qui avait tant gêné quand elle était en vie, semblait gêner davantage encore une fois morte. Sa disparition posait tellement de questions sans réponses. Pourquoi s'était-elle crue mieux reconnue dans son identité de femme libre par le régime de Vichy, voire par l'Allemagne des Jeux de Berlin que par la République française ? Pourquoi, elle qui incarnait des valeurs en tous points opposées à l'idéologie fasciste et au dogme pétainiste de la femme au foyer, de la rigueur morale, de la natalité, avait-elle pu circuler en pleine liberté dans un pays opprimant les femmes ?

♜ ♜ ♜ ♜ ♜ ♜

En conclusion
Points forts :
  • Enfin un roman historique sur Violette Morris !
  • Une très bonne restitution de la condition féminine au début du XXe siècle.
  • Les extraits édifiants tirés d'articles de presse de l'époque.
  • La présence de personnages réels : Jean Marais, Jean Cocteau, Joséphine Baker, Yvonne de Bray.
  • Un roman qui permet d'explorer l'histoire du sport, l'histoire de la condition féminine et l'histoire tout court.

Points faibles :
  • L'absence d'une préface ou d'une postface indiquant ce qui relève de la réalité ou de la fiction.
  • L'absence d'un dossier documenté : biographie, contexte historique, faits avérés, construction de sa légende noire...
  • Un roman qui se concentre sur la jeunesse et la carrière sportive de Violette Morris au détriment de son rôle durant la Seconde Guerre mondiale.
  • Des passages un peu longs avec des énumérations de titres remportés.

En complément


Caractéristiques techniques

Livre papier

Éditeur : Le Livre de poche
Date de parution : septembre 2021
Couverture : brochée
Format : 11 cm x 18 cm
Pagination : 480 pages
ISBN : 978-2-2530-7747-3

Livre numérique

Éditeur : Albin Michel
Format : 7switch : ePub –– Amazon : Kindle –– Decitre : ePub –– ePagine : ePub –– Fnac : ePub –– Numilog : ePub

Les dents noires. Tome 1 : La colline aux corbeaux

La colline aux corbeaux
Auteurs : Heliane Bernard, Christian-Alexandre Faure

Texte de présentation

12 juillet 1515. Dioneo, apprenti imprimeur de 15 ans, assiste à l'Entrée Royale du nouveau roi François Ier à Lyon, ville frontière du Royaume de France. Témoin et héros inconscient et provocateur d'un incident banal, il ne peut deviner que cette journée va sceller son destin.
La Colline aux corbeaux, premier volet des "Dents noires", est un roman librement inspiré de l'Histoire de l’imprimerie entre Lyon et Venise au début du XVIe siècle. Il relate les amours et le destin tragique d'un jeune homme, né pauvre, qui se révèle fou de savoirs, d'aventures et de liberté, et dont l'ascension fulgurante va se trouver broyée, par la rumeur qui enflamme les esprits et l'intolérance religieuse qui déchire son temps.
Un roman initiatique, véritable thriller machiavélique qui nous fait arpenter les rues et les secrets de deux grandes villes de la Renaissance, dans un temps où l'imprimerie, technologie révolutionnaire, joue un rôle majeur, bouleversant les valeurs et les mentalités. Un roman historique qui fait écho aux interrogations et débats actuels, et qui n'est pas sans évoquer notre époque en pleine mutation.

En complément

  • Lire un extrait de ce roman.
  • Interview des auteurs par le journal Var-Matin (cliquer sur l'image pour l'agrandir) :

Mon avis : Bien


Caractéristiques techniques

Livre papier

Éditeur : J'ai lu
Date de parution : septembre 2021
Couverture : brochée
Format : 11 cm x 17,8 cm
Pagination : 554 pages
ISBN : 978-2-2903-5854-2

mercredi 1 septembre 2021

Le dernier tribun

Le dernier tribun
Auteur : Gilles Martin-Chauffier

Texte de présentation

Nous sommes à Rome, juste à l'heure où elle va dominer le monde, au temps de César.
C'est la capitale du monde, une ville immense et monstrueuse où s'observent et se haïssent Crassus, Cicéron, Catulle, Pompée, César ou Caton.
Spartacus vient d'être tué, Cléopâtre est en ville, l'ambition et la violence sont en ménage, l'art et le sexe s'entendent comme la vis et l'écrou.
Tous les vices qui rendent la vie irrésistible s'épanouissent quand les vertus qui la rendent pénible s'évanouissent.
Cicéron a fait de la morale son fonds de commerce, se présentant comme la voix du peuple alors qu'il est un défenseur acharné du Sénat et des intérêts de l'aristocratie.
Publius Claudius Pulcher, héritier de la famille la plus noble de Rome, se fait adopter par un esclave, change son nom en Clodius, se fait élire tribun de la plèbe et chasse Cicéron de Rome.
Cicéron prend le parti de Pompée, Clodius celui de César. La guerre entre eux dura dix ans et la République n'y survécut pas.
Leur lutte est racontée ici par un philosophe grec, Metaxas, l'ami le plus brillant et le plus sarcastique de Clodius qui le fait venir d'Athènes à Rome pour lui écrire les discours qui lui permettront d'affronter Cicéron à armes égales dans des joutes oratoires où il oppose la démocratie réelle de Clodius à la démocratie formelle de son adversaire.
Metaxas tombe sous le charme de cette ville merveilleuse, accueillante, féminine et effrayante. Puis il va découvrir le sort des capitales qui règnent sur le monde : quand elles n'ont plus d'ennemis étrangers à leur mesure, elles se suicident.
Voici ses Mémoires, qui racontent la chute de la République romaine et la mort de Cicéron.

En complément


Mon avis : Excellent !

Par Jupiter, bonne pioche ! Je manifeste mon étonnement car les bons romans consacrés à l'Antiquité sont rares... Ne connaissant pas l'auteur, j'ai pris ce roman sans trop me faire d'illusions, mais j'avais tellement envie de me plonger dans l'histoire de la Rome antique que j'étais prête à prendre le risque d'être déçue. Un risque d'autant plus élevé que ce roman se déroule non pas sous l'Empire romain, période privilégiée des romanciers, mais à la fin de la République romaine, au Ier siècle avant J.-C. C'est bien moins glamour... mais tellement passionnant !
Le peuple ne déteste pas l'injustice. Il la sait inévitable. Ce qu'il ne supporte pas, c'est le mépris des élites qui se réservent tous les privilèges mais prétendent en plus incarner la vertu républicaine.
À travers le point de vue du philosophe grec Metaxas (personnage fictif), vous allez découvrir comment les plus hauts personnages politiques de cette époque se sont affrontés, verbalement le plus souvent, mais parfois physiquement, pour prendre le pouvoir. Vous y croiserez notamment César (bon, lui, il sort de scène rapidement...), Crassus, Pompée, Marc-Antoine, Octave... Mais ces hommes ne seraient rien sans leurs plumes ! Face à Cicéron qui a pris le parti de Pompée, Clodius fait appel à Metaxas, et ces deux hommes vont se combattre au cours de joutes oratoires mémorables ! Vous ne voyez là que des noms d'hommes ? Que nenni, les femmes sont également bien présentes : Fulvia, épouse de Clodius, Clodia, soeur de Clodius, Diana Metella (personnage fictif), tante de Clodius, pour ne citer qu'elles et autant vous dire qu'elles ne sont pas des potiches, bien au contraire !
Comparer Cicéron à Platon, Diogène, Héraclite ou Pythagore, c'est observer une goutte d'eau à côté d'une perle. Il s'est contenté de les relire, de cocher leurs meilleures formules et de les paraphraser. Un vrai travail d'usurier et, à l'arrivée, un recueil de pensées passe-partout qui hisse l'idéal humain au niveau d'une sagesse de vieille dame : ne rien désirer outre-mesure, trouver les ressources en soi, ne pas dépendre des autres, ne pas faire à autrui ce que vous souhaitez qu'on ne vous fasse pas...
Sans s'en rendre compte, on apprend énormément de choses sur la vie quotidienne des Romains, leurs mentalités, leurs préoccupations, l'architecture, etc., et donc sur l'histoire de la fin de la République. J'avais une vision purement universitaire de cette histoire, la découvrir sous forme romancée m'a permis de lui donner chair et du volume. D'ailleurs, la narration par le biais du "je", c'est-à-dire par le biais du héros de ce roman, donne au récit un côté vivant et permet une immersion immédiate dans l'univers de la Rome antique, tout prend vie sous sa parole.

Et bien que l'on connaisse la fin de l'histoire, Gilles Martin-Chauffier parvient à mettre en place un certain suspense et à le maintenir jusqu'à la fin du roman, notamment grâce à un style alerte (et parfois incisif que j'ai vraiment apprécié, montrant à quel point l'auteur maîtrise son sujet) et à une habile mise en scène des rebondissements, annonciateurs de la chute de la République.
Personne n'a assassiné la République, elle s'est suicidée. De Catalina à César et de Publius à Marc-Antoine, Cicéron peut bien avoir désigné cent fois ses meurtriers au Sénat, c'est son poignard à lui qu'elle s'est enfoncé dansle coeur. Une fois débarrassé de Marius, Sylla avait dit qu'un roi valait mieux qu'une mauvaise loi. Jamais Cicéron ne voulut l'admettre et il refusa jusqu'au bout de réformer un État injuste. Il préférait la guerre civile à l'amendement des institutions. Pompée fut son premier glaive, Octave le second.
♜ ♜ ♜ ♜ ♜ ♜

En conclusion
Points forts :
  • La période traitée : la fin de la République romaine.
  • Un contexte historique retranscrit sans aucune lourdeur.
  • Un angle original, celui des orateurs avec de belles joutes verbales.
  • La découverte de Cicéron sous un autre jour (Cicéron a fait l'objet de plusieurs romans de Robert Harris).
  • Un style alerte et parfois incisif, manié avec une grande finesse.

Points faibles :
  • Malgré ses 336 pages, le roman m'a semblé court !
  • J'aurais aimé que l'auteur rentre davantage dans le détail, j'ai parfois eu la sensation qu'il survolait certains événements, les réactions ou les sentiments de certains personnages (mais cela aurait peut-être rendu l'ensemble peu digeste ?).

Caractéristiques techniques

Livre papier

Éditeur : Grasset
Date de parution : septembre 2021
Couverture : brochée
Format : 14,5 cm x 20,5 cm
Pagination : 336 pages
ISBN : 978-2-2468-2868-6

Livre numérique

Éditeur : Grasset
Format : 7switch : ePub –– Amazon : Kindle –– Decitre : ePub –– ePagine : ePub –– Fnac : ePub –– Numilog : ePub

mercredi 2 juin 2021

Les lys pourpres

Les lys pourpres
Autrice : Karin Hann

Texte de présentation

1538. François Ier règne sur une cour fastueuse, influencé par sa maîtresse, la duchesse d'Étampes. Arrivée d'Italie, la jeune Catherine de Médicis a épousé Henri, deuxième fils du roi, mais devient, au décès prématuré de son beau-frère, dauphine de France. Intelligente et cultivée, elle comprend que son époux est fou amoureux de Diane de Poitiers, de vingt ans son aînée, détestée de la favorite. Les affrontements entre ces deux rivales ont des répercussions politiques considérables et allument les premiers bûchers des guerres de religion. Aidée d'Oriane de Vaudricourt, laquelle renferme un secret, Catherine, dont la position est fragilisée parce qu'elle n'enfante pas, devient l'enjeu de cette lutte effroyable et doit oeuvrer sans relâche à déjouer complots et trahisons.
Éclairage inédit de cette femme hors du commun, attachante et étonnamment moderne, dans un XVIe siècle sensuel et envoûtant.

En complément


Mon avis : Assez Bien

Bien que terni à partir de 1562 par les guerres de religion, le XVIe siècle est bien le siècle de la Renaissance en France.
En cette première moitié du XVIe siècle, la France est un royaume apaisé, prospère, solidement administré, sur lequel règnent d'abord François Ier puis son fils Henri II. Mais ces deux rois ont un point faible : les femmes. Et c'est au sein même de cette Cour florissante et fastueuse que s'affrontent les favorites de François Ier et d'Henri II, Anne de Pisseleu et Diane de Poitiers, sous le regard de la jeune dauphine, Catherine de Médicis.

Une structure limpide et très agréable
Découpé en courts chapitres chronologiques et géographiques bien rythmés, ce roman suit les mouvements de la Cour, alors très mobile, évoluant de château en château en fonction des saisons et des impératifs politiques (Fontainebleau, Saint-Germain-en-Laye, Paris, Amboise, Chambord, Blois, Rambouillet, etc.). Cette structure permet au lecteur de choisir aisément par lui-même son rythme de lecture sans jamais se perdre.
Par ailleurs, le style est fluide, clair et agréable. Le récit ne comporte pas de longueurs et alterne de nombreux dialogues et quelques passages narratifs, rendant le roman très vivant. Petit plus, certains dialogues sont de temps en temps marqués d'un astérisque indiquant que le dialogue est réel et a bien été prononcé par le personnage en question.

L'histoire de France vue par le trou de la serrure
Le terme "trou de la serrure" pourrait être considéré comme péjoratif, mais il ne l'est vraiment pas dans le cas présent.
Tout en se basant sur une documentation sérieuse (dont la riche bibliographie proposée en fin d'ouvrage est un témoignage), l'auteur a pris le parti de nous raconter non pas l'histoire de France au XVIe siècle mais l'histoire de la Cour, un microcosme, vue au plus près par un narrateur omniscient au courant de toutes les pensées et sentiments des différents protagonistes. Se concentrant prioritairement sur les personnages, l'auteur n'en oublie pas de restituer à grands traits le contexte historique, mais celui-ci reste toutefois beaucoup trop au second plan à mon goût. Les événements historiques ne sont mentionnés que par des notes de bas de page. Certes, ce roman nous épargne ainsi la lourdeur de l'évocation des faits historiques et nous permet d'entrer facilement dans l'intimité des personnages, mais le récit en devient trop léger, pas suffisamment assis sur des bases historiques. Les personnages semblent évoluer en dehors de tout environnement réel ou historique. Aussi, ces notes de bas de page sont-elles un complément vraiment indispensable dans l'acquisition de quelques repères chronologiques ou de connaissances sur cette période. Cependant, certaines informations me semblent parfois amenées avec trop d'assurance : ainsi en va-t-il pour la note concernant la destinée de Françoise de Foix, dont on ignore véritablement la fin.

Des femmes au caractère bien affirmé en plein XVIe siècle
Anne de Pisseleu et Diane de Poitiers sont certes les maîtresses respectives de François Ier et d'Henri II, mais elles n'entendent pas se cantonner à ce rôle de favorite. Ces deux femmes cristallisent les premières oppositions religieuses avec deux clans qui se forment chacun autour d'elles, puisque Anne de Pisseleu défend les réformés tandis que Diane de Poitiers embrasse la cause des catholiques. Et cela, ni François Ier, ni Henri II n'en ont tenu compte. Préférant guerroyer ou festoyer, ils ont totalement sous-estimé la question religieuse ; plus grave, leurs maîtresses se sont servies de cette division religieuse naissante pour servir leurs propres intérêts. Et elles n'ont fait qu'envenimer le conflit qui opposait le roi à son fils, dans une relation déjà compliquée.

Amours, trahison, victoires, défaites... ces femmes oeuvrent dans l'ombre et n'ont pas le droit à l'erreur. Leur quotidien est fait de petites luttes qui semblent bien ridicules quand on songe à l'Histoire, mais qui sont appréciables et croustillantes dans le cadre d'un roman, surtout quand survient la jeune et inexpérimentée Catherine de Médicis. Tous les ingrédients d'une intrigue romanesque sont là : François Ier a pour favorite Anne de Pisseleu. Henri, le dauphin, a épousé Catherine de Médicis, une jeune femme pas très jolie et incapable de lui donner un enfant. De toute façon, il avait déjà le béguin pour Diane de Poitiers, de vingt ans son aînée. François Ier et Henri II ne s'entendent pas, le second reprochant au premier ce que lui-même fait mais en pire, puisque François Ier a toujours pris soin d'épargner à la reine Éléonore toute humiliation. Anne de Pisseleu et Diane de Poitiers se haïssent ; quant à Catherine de Médicis ses jours à la Cour sont comptés... Bref, c'est Dallas à la Cour de France !

Un portrait dépoussiéré de Catherine de Médicis
La personnalité de Catherine de Médicis est difficile à saisir parce qu'une légende noire est depuis toujours associée à son image, véhiculée par les historiens, l'école et les romanciers (notamment Alexandre Dumas et Michel Zévaco). Ce n'est véritablement que depuis la fin du XXe siècle que Catherine de Médicis a été réhabilitée, mais sa mauvaise réputation lui reste collée à la peau : étrangère à la Cour de France, elle a longtemps été considérée comme une femme machiavélique, dominatrice, arriviste, acariâtre, jalouse, etc. Ainsi, alors que je visitais le studiolo de Catherine de Médicis au château de Blois dans les années 1980, je me souviens que le guide nous avait raconté que Catherine de Médicis y dissimulait des poisons dans des placards à mécanisme secret. En réalité, ces placards servaient à exposer des oeuvres d'art et des livres précieux !

Ce roman nous fait découvrir une jeune Catherine de Médicis, qui vient d'arriver à la Cour de France. Si son beau-père, François Ier, l'apprécie beaucoup pour sa vivacité d'esprit et son intelligence, il n'en va pas de même pour le jeune Henri qui n'a d'yeux que pour Diane de Poitiers. Issue d'une famille célèbre de Florence, Catherine de Médicis ne joue d'abord aucun rôle, mais tout change le jour où le dauphin meurt. Devenue dauphine, elle est ensuite méprisée par la Cour  et négligée par Henri II car elle ne parvient pas à enfanter. Durant des années, Catherine va souffrir en silence, humble, subissant affronts et humiliations – Henri II considère Diane de Poitiers comme une seconde reine, initiales entrelacées H et D, Diane de Poitiers n'hésite pas à se mêler de ce qui ne la regarde pas, (notamment les relations intimes entre Catherine de Médicis et Henri II), etc. –, fragilisée dans son statut, puisque impuissante à donner un héritier à la couronne.

Pourtant, même à la mort d'Henri II, Catherine de Médicis reste digne et ne se venge pas de Diane de Poitiers : si elle lui retire le domaine de Chenonceaux, elle lui octroie le château de Chaumont. Geste élégant de sa part ou calcul politique pour ne pas s'aliéner le clan des Guises ? Mystère, mais il est patent que Catherine de Médicis est une femme cultivée, intelligente, diplomate, rusée, courageuse ; elle est dotée d'un sens politique hors du commun, c'est une véritable stratège qui sait dissimuler son talent et ses capacités d'analyse pour se fondre dans un entourage qu'elle sait hostile. En témoigne son comportement lors de la mort d'Henri II : loin de se laisser abattre par le chagrin, elle fait face, ruse et défait la famille des Guises qui convoite le pouvoir. Elle parvient à être consensuelle, ménageant les susceptibilités des uns et des autres, afin de ne jamais susciter trop d'inimitié. Certes, elle n'est pas parvenue à empêcher les tueries des guerres de religion, mais elle a toujours oeuvré en faveur de l'affermissement du pouvoir royal et de la paix en tentant de réconcilier les clans rivaux des catholiques et des réformés.
Le portrait dressé de Catherine de Médicis dans ce roman est vraiment émouvant car débarrassé de tous ces poncifs, de tous ces mensonges transmis de siècle en siècle. Il redonne dignité, honneur et prestige à un personnage historique trop longtemps dénigré, détesté et méprisé. Un portrait inédit de Catherine de Médicis qui oeuvra toute sa vie pour la paix, soucieuse de l'autorité monarchique.

Une trame romanesque minime face au sujet principal
L'histoire romanesque de tous ces personnages historiques est si forte que la trame romanesque imaginaire entre Oriane de Vaudricourt et Marc de Saint-Herray en devient accessoire, mais ces deux personnages jouent un rôle clé dans ce roman puisqu'ils ont chacun un pied dans un clan et ce positionnement permet à l'auteur de naviguer d'un clan à l'autre de manière fluide. Mais l'on prend tout de même plaisir à suivre leur relation assez compliquée !

Des annexes précieuses
Outre la riche bibliographie dont j'ai déjà fait mention, une note de l'auteur à la fin de l'ouvrage apporte des précisions historiques sur le récit et sur le futur destin de Catherine de Médicis à la mort de son mari. Peut-être que cela fera l'objet d'un prochain roman, d'une suite ? En tout cas, on découvre plein de petites informations, par exemple que la rivalité entre Anne de Pisseleu et Diane de Poitiers est née d'un "concours de beauté" organisé dans le cadre des festivités organisées pour le mariage de François Ier et auquel les deux femmes sont arrivées à égalité alors qu'au moins huit ans les séparent.

Caractéristiques techniques

Livre papier

Éditeur : Éditions du Rocher
Date de parution : juin 2021
Couverture : brochée
Format : 11 cm x 17,8 cm
Pagination : 464 pages
ISBN : 978-2-2681-0552-9

Livre numérique

Éditeur : Éditions du Rocher
Format : 7switch : ePub –– Amazon : Kindle –– Decitre : ePub ou PDF –– ePagine : ePub –– Fnac : ePub –– Numilog : ePub ou PDF

jeudi 15 avril 2021

Les enquêtes de Louis Fronsac. Tome 11 : L'enlèvement de Louis XIV

L'enlèvement de Louis XIV
Auteur : Jean d'Aillon

Texte de présentation

Dans ce recueil composé de deux longues nouvelles, Louis Fronsac est confronté au secret le mieux gardé du Grand Siècle.
En 1659 à Aix, Forbin-Maynier, président du Parlement de Provence et fidèle soutien du roi et de Mazarin, est chargé de retrouver un neveu du cardinal de Retz, un père chartreux qui a mystérieusement disparu. Au cours de l'enquête, il sera mêlé aux obscurs complots qui mettent le royaume en péril.
Un an plus tard, venu à Aix pour tenter de mettre un peu d'ordre dans les troubles qui agitent la province, le jeune roi Louis XIV est enlevé par une froide nuit de janvier dans son hôtel de Châteaurenard. Serait-ce l'oeuvre de Gaspard Glandevès-Niozelles, le chef des séditieux marseillais, ou de François de Gallaup, ancien capitaine de la garde du prince de Condé condamné à mort et en fuite ? À moins que ce ne soit Mademoiselle de Montpensier, cousine du roi qui n'a pas hésité à tirer sur lui durant la Fronde... Louis Fronsac n'aura que quelques heures pour retrouver le souverain qui est peut-être la victime d'une terrible affaire de sorcellerie...

Mon avis : Bien

Si l'intrigue de la première nouvelle est peu trépidante, elle donne un éclairage intéressant sur les faux-monnayeurs en Provence au XVIIe siècle. L'auteur fait d'ailleurs quelques remarques à ce sujet à la fin de sa nouvelle. Puis il nous livre une bibliographie pour savoir quelle est la part de vérité dans cette nouvelle.
La deuxième nouvelle est assez drôle et propose une explication pour le moins originale au fait que le roi, lorsqu'il revint à Paris après être parti pour la frontière espagnole puis pour la Provence, n'éprouvait plus de sentiments pour Marie Mancini et vice-versa. Les historiens ignorent toujours pourquoi et Jean d'Aillon en a tiré une fiction assez drôle et légère.

Caractéristiques techniques

Livre papier

Éditeur : 10/18
Date de parution : avril 2021
Couverture : brochée
Format : 10,8 cm x 17,7 cm
Pagination : 352 pages
ISBN : 978-2-2640-7802-5

jeudi 7 janvier 2021

Ces ombres sur le fleuve

Ces ombres sur le fleuve
Autrice : Nathalie de Broc

Texte de présentation

Année 1793… Lucile court. Sur les pavés de Nantes. La petite orpheline court pour oublier ce qu'elle vient de voir. L'innommable. Jamais elle ne parviendra à effacer le souvenir des siens jetés nus dans la Loire en cette année de Terreur. Engloutis sous les flots, le comte et la comtesse de Neyrac, Théo, le petit frère, l'enfance heureuse à la Grande Gibraye…
Jamais elle n'oubliera cet homme qui a présidé au destin funeste des siens. Seul le désir de vengeance la tient désormais en vie. Mue par cette énergie, Lucile en oublie qu'elle n'a que le pavé pour dormir ; elle rôde près du port ou du théâtre Graslin. Son destin va basculer, là, sous les ors de ce sublime édifice, auprès de Madame Flavie qui lui offre vivre et couvert et se prend même de passion pour ce petit être au regard étrange et au caractère imprévisible...
Au roman de l'Histoire s'entrelacent celui d'une vengeance et le portrait d'une héroïne fascinante.

Mon avis : Assez Bien

Roman lu dans le cadre de l'opération Masse Critique. Je remercie Babelio et Les Presses de la Cité de m'avoir sélectionnée et envoyé ce roman.

Un contexte intéressant
1793. Comme partout en France, la Terreur règne à Nantes. Jean-Baptiste Carrier, commissaire de la Révolution, et ses sbires ne manquent pas d'imagination pour se débarrasser des ennemis de la République, c'est-à-dire des prêtres réfractaires, des réfugiés vendéens, des aristocrates, des détenus... Ici, outre la guillotine, des "mariages républicains", qui consistent à attacher ensemble deux personnes nues avant de les embarquer sur des gabarres qui sont coulées dans la "baignoire de la République", au milieu de la Loire, à hauteur de Chantenay.
Si la Terreur est certainement l'une des périodes les moins glorieuses de notre histoire et celle que l'on occulte le plus encore aujourd'hui, elle s'invite pourtant de manière assez récurrente dans les romans historiques. Sous le prétexte de défendre la Première République, des hommes n'ont pas hésité à torturer et à assassiner des milliers d'innocents. Mais l'auteur aborde cette période d'une manière originale en situant l'action à Nantes, là où a oeuvré le terrible Jean-Baptiste Carrier avec ses abominables "mariages républicains" dont j'ignorais l'existence.

Une histoire bien étayée
C'est à l'un des ces "mariages républicains" que nous assistons dès le prologue du roman. La petite Lucile, 12 ans, assiste, impuissante, à la mort de ses parents, Clotilde et Théosime de Neyrac, et de son petit frère Théo, sous les cris de joie d'une foule démente, ayant perdu toute raison. Fendant la foule, pleine d'une rage froide, elle retourne chez elle, à la Grande Gibraye, le château familial, en se promettant de venger un jour les siens en retrouvant le responsable de ces meurtres, le Chevalier de Préville dont elle a entendu prononcer le nom par la foule et qu'elle a aperçu pendant quelques secondes. Jamais elle n'oubliera ces "ombres sur le fleuve".
Rejetée par les métayers du château qui craignent de subir le même sort, Lucile trouve alors refuge à la Grande Gibraye, mais le château a été saccagé et pillé. Pourtant, deux hommes reviennent sur le lieu de leur forfait, l'un d'eux est le Chevalier de Préville. Ils sont à la recherche de Lucile, mais celle-ci a eu le temps de se réfugier dans sa cachette favorite où elle découvre une boîte dissimulée par ses parents contenant notamment de l'argent.
1796. La Terreur et les abominations commises par Carrier ont été rayées des mémoires. La vie reprend ses droits : la famine a disparu, les restaurants et les débits de boissons ne désemplissent pas, le négoce a repris dans le port... C'est dans cette ville que Lucile a trouvé refuge, adoptée par une bande de jeunes voleurs, composée de la dure Awa, du gracile Lambert et de la jeune et fragile Louison. Vivant au jour le jour de menus larcins, elle n'en a pas pour autant oublié sa promesse de vengeance. Un jour, alors que la bande se trouve devant le théâtre de la ville, Lucile est subjuguée par une jeune femme, Albane, qui vient assister à une comédie-ballet. Abandonnant ses compagnons, elle parvient à entrer dans le théâtre et, de sa loge, ne quitte pas des yeux la fameuse Albane. C'est alors que se déclenche un incendie. Lucile veut à tout prix sauver Albane, mais une femme, sous les décombres, s'agrippe à sa cheville et la supplie de la sauver. À ce moment précis, le destin de Lucile bascule...
La vengeance est vraiment le maître-mot de ce roman. Elle est la compagne de Lucile tout au long de ce roman, tout comme les personnages qui gravitent autour de Lucile : Awa, Lambert, Louison, Madame Flavie, Félicien, La Toucques, Almería, Isis, Cléophée, Préville... Chacun de ces personnages apparaissent à un moment précis de sa vie, se croisent, nous permettant de découvrir des aspects de la vie quotidienne d'alors : la vie d'armateur, l'activité d'un port, le milieu de la prostitution, la condition de la femme, la bourgeoisie nantaise, la vie dans les quartiers pauvres… Quel que soit le thème abordé, l'auteur possède une connaissance approfondie lui permettant d'offrir au lecteur moult détails intéressants, sans aucune lourdeur, fruit d'un travail de documentation confirmé par la bibliographie figurant à la fin du roman.

La narration au détriment des dialogues
Certes l'auteur possède sans aucun doute une belle plume et un sens aigu de la description – celle de la foule dans le prologue est très forte –, mais elle en vient à oublier les dialogues qui ont un rôle essentiel dans un roman. Même si elle se pose en narrateur omniscient, nous permettant de comprendre tout des pensées et des émotions des personnages, du fait de la rareté des dialogues, le roman ne me semble pas aussi vivant et incarné qu'il aurait pu l'être. Le lecteur se sent un peu mis à distance, plutôt spectateur qu'acteur de l'histoire. De là vient aussi peut-être cette impression que les personnages restent parfois un peu abstraits. Ainsi, Préville, personnage très intéressant : pourquoi a-t-il agi ainsi ? que pense-t-il ? que ressent-t-il ? quels sont ses desseins ? Ce roman aurait certainement gagné à être un peu plus étoffé de ce point de vue.

Une fin ouverte
Mais je me demande par ailleurs si ce roman ne fera pas l'objet d'une suite où, justement, nous ferions davantage connaissance avec certains personnages ! D'autant que, même si l'on se doute que Préville ne peut pas être si méchant que cela, la fin se révèle inattendue et les points de suspension qui clôturent le roman sont très intrigants et me laissent à penser qu'il y aura une suite à ce roman. Si tel est le cas, je serai curieuse de découvrir ce que vont devenir tous ces personnages...

http://www.babelio.com/


Caractéristiques techniques

Livre papier

Éditeur : Les Presses de la Cité
Date de parution :  janvier 2021
Couverture : brochée
Format : 14 cm x 22,5 cm
Pagination : 306 pages
ISBN : 978-2-2581-9337-6

Livre numérique

Éditeur : Les Presses de la Cité
Format : 7switch : ePub –– Amazon : Kindle –– Decitre : ePub ––  ePagine : ePub –– Fnac : ePub –– Lisez ! : ePub –– Numilog : ePub

Le choc de Carnac

Le choc de Carnac
Autrice : Sophie Marvaud

Texte de présentation

4700 avant Jésus-Christ. Les environs de Carnac sont occupés par deux groupes d'humains. Les Nomades des forêts vivent de chasse et de cueillette comme leurs ancêtres les plus lointains. Les Pêcheurs de la côte se sont fixés là où l'ampleur de la marée permet d'abondantes récoltes de poissons à l'aide de barrages de pierres. Un équilibre s'est instauré entre les deux groupes, fait d'échanges (de nourritures, de biens et de femmes) et aussi de conflits qui cessent au premier sang versé. Mais voilà que de nouveaux venus incendient les forêts, bâtissent des maisons et interdisent le passage sur de vastes territoires.
Ils retiennent prisonniers des animaux inconnus. Ils domestiquent la terre qui leur offre de grosses quantités de céréales. Ce sont les Cultivateurs des vallées. Le conflit semble inévitable quand, Longues-jambes, le commerçant voyageur (qui connaît déjà les trois groupes) propose sa médiation. Il est assassiné. Cette fois, la guerre est déclarée et des humains visent à mort d'autres humains – une nouveauté effrayante.
Le soir de cette première bataille, au milieu des cadavres et des blessés, trois femmes s'interposent : Sourire-de-lynx chez les Nomades, Paruline chez les Pêcheurs, Ardente chez les Cultivateurs. Elles proposent de découvrir ensemble qui a tué le commerçant : le meurtrier porte la responsabilité de la guerre. Chacune garantira pour son groupe l'impartialité de l'enquête. Le coupable et son peuple devront quitter la région, laissant les deux autres se la partager.
Persuadé que l'assassin se trouve chez ses ennemis, chacun accepte cette issue radicale.

En complément

  • Vidéo :

Mon avis : Bien

Ce roman se déroule au début du Ve millénaire avant notre ère dans la baie de Quiberon. Dans cette région, deux tribus aux croyances et aux modes de vie très différents cohabitent dans un mélange de défiance et d'ignorance : les nomades des forêts (chasse et cueillette) et les pêcheurs de la côte et des îles (pêche et sel). De nouveaux venus, les cultivateurs des vallées, s'installent à proximité, en quête de nouvelles terres pour y développer l'élevage et l'agriculture.
Trait d'union de ces trois clans, Pas-de-Géant, un commerçant itinérant. Mais celui-ci est retrouvé mort, assassiné. Qui l'a tué ? Les tensions entre les tribus s'exacerbent, chacune accusant l'autre de ce meurtre. La guerre n'est pas loin... Trois femmes issues des différentes tribus, La Vivace, Paruline et Lynx, décident de mener l'enquête...

Un policier préhistorique
Plus on s'éloigne dans le temps et plus le contexte historique, les modes de vie, les pensées, l'environnement de nos ancêtres deviennent imprécis et flous. On pourrait penser que ce genre littéraire est une aubaine pour les romanciers qui peuvent ainsi laisser libre cours à leur imagination, mais ce n'est pas le cas.
Contrairement aux auteurs de romans historiques ou contemporains, les auteurs de romans préhistoriques ne disposent que de peu de sources pour écrire leurs fictions. Ils s'appuient sur les rapports de fouilles, les comptes-rendus de conférences et les articles relatant et analysant les découvertes archéologiques : une documentation souvent incomplète et constituée d'hypothèses. Impossible donc de connaître les pensées, les croyances, les moeurs, les langages, l'organisation sociale et familiale de ces hommes et femmes qui vivaient il y a si longtemps. L'auteur de fiction préhistorique part donc des connaissances et hypothèses actuelles pour créer un contexte et un environnement avant d'y installer son intrigue et ses personnages. Des personnages qui vont vivre des aventures au cours desquelles nous découvrons leurs pensées, leurs modes de vie, leurs activités et pourquoi pas leurs sentiments. Mais la vigilance est de mise : il faut que le récit reste cohérent et éviter les anachronismes.

Un auteur familier de la préhistoire
Historienne de formation, et auteur d'un précédent policier historique situé au paléolithique supérieur, Meurtre chez les Magdaléniens, Sophie Marvaud a suivi dans ce roman situé au néolithique la même démarche que pour le précédent en s'appuyant au maximum sur les traces, les objets, les lieux, les connaissances scientifiques avant de remplir les blancs grâce à son imagination.

Un "bel objet"
Outre un visuel de couverture particulièrement bien choisi, mystérieux à souhait, ce roman, qui fait partie de la belle collection "Crimes et Monuments", se caractérise par une couverture dite "peau de pêche" (soft touch pour les connaisseurs), très agréable au toucher, mais salissante à l'usage, surtout quand la couverture est à dominante noire. Certes, il est important de se démarquer, mais je pense qu'il aurait été plus judicieux de se priver du soft touch, qui ne se justifie pas vraiment ici, ce qui aurait permis de baisser le prix de vente du livre afin de se rapprocher de celui d'un livre de poche (déformation professionnelle).

Des femmes au centre de l'intrigue
Lorsque l'on évoque la préhistoire, les gens imaginent souvent une période dominée par des hommes rustres et arriérés et l'on ne songe même pas aux femmes, inexistantes. À tort, bien entendu. C'est donc avec beaucoup de plaisir que j'ai découvert que Sophie Marvaud avait choisi un trio de femmes comme héroïnes et enquêtrices : La Vivace – cultivatrice de 40 ans qui a eu jusqu'ici une vie plutôt ingrate –, Paruline – deuxième épouse délaissée d'un riche pêcheur – et Lynx – nomade de 16 ans qui vit dans une société plutôt égalitaire. Des femmes issues de trois tribus différentes, qui ne partagent pas la même langue, aux âges, aux vies, et aux moeurs très différents, mais qui souhaitent la paix. Mais sans pour autant oublier ou amoindrir la présence des hommes, les personnages masculins sont également bien présents et bien individualisés.

Des personnages parfois trop modernes ?
Certes, les hommes et femmes du néolithique n'étaient pas des sauvages, mais il m'a semblé parfois que certains personnages avaient des préoccupations, des réactions ou des modes de pensée un peu trop modernes, au point que j'en venais à en oublier la période où nous nous trouvions. Mais rien ne prouve que cela n'ait pas été effectivement le cas, car n'oublions pas que ces hommes et ces femmes étaient des Homo sapiens, c'est-à-dire des humains semblables à nous d'un point de vue morphologique.

Un roman instructif
À travers son récit, l'auteur restitue bien les connaissances actuelles sur cette période et cette région, apportant même une hypothèse sur la signification des mégalithiques. Elle aurait pu aller un peu plus loin en portant encore plus d'attention aux activités quotidiennes des personnages, mais au risque d'introduire des anachronismes, de parasiter la narration et de décourager certains lecteurs. Les éléments documentaires et informatifs ont été rassemblés en début et fin d'ouvrage : repères chronologiques, repères géographiques, notes explicatives sur les faits et l'imaginaire, bibliographie. C'est passionnant ! Il ne manque qu'une carte de la région à l'époque avec la localisation des noms de lieux et des différentes tribus.
Tout comme le titre, ce roman met bien l'accent sur un moment important de notre histoire en ce lieu qu'est la baie de Quiberon, la rencontre de plusieurs groupes humains aux modes de vie très différents : les chasseurs-cueilleurs nomades et les agriculteurs-éleveurs sédentaires. Ce moment extraordinaire a laissé des traces, les mégalithes en l'occurrence, mais aussi d'immenses zones d'ombre. Et l'auteur, tout en nous plongeant dans un passé vivant, a parfaitement restitué ce moment critique à partir d'une documentation rigoureuse.
Ce policier préhistorique comporte plusieurs niveaux de lecture : il s'agit d'une enquête policière, mais le cadre et le contenu historiques, ainsi que les dimensions sociologique et écologique sont tels que ce roman est à la fois distrayant, instructif et propice à la réflexion sur l'homme en général et son action sur son environnement.

Une intrigue intéressante mais un dénouement décevant
Tout au long du roman, nous suivons nos trois détectives dans leur enquête pour savoir qui a tué Pas-de-Géant et pourquoi. Une enquête savamment menée, pleine de révélations sur les personnages et de rebondissements.
Mais l'intrigue policière, fil conducteur de ce roman, retombe d'un coup à la fin du roman avec un dénouement incompréhensible à mes yeux. On ne découvre le meurtrier que de manière indirecte et succincte, comme si cette découverte était secondaire : on ignore comment il a été démasqué, capturé et a avoué. En outre, le meurtrier n'est pas un vrai méchant, ce qui est peu crédible. C'est dommage car il y avait un vrai suspense que l'auteur n'a pas exploité jusqu'au bout et à fond.

Une narration agréable
Mêlant avec efficacité dialogues et descriptions, ce roman sans temps mort est très agréable à lire d'autant que le récit est mené par un narrateur omniscient qui connaît bien les lieux et chaque personnage. Il nous laisse accès à leurs pensées, leurs réflexions, leurs sentiments, que ce soit la peur, le courage, l'amour... À ce titre, le long périple de Joli-Coffre pour retrouver sa tribu m'a semblé très intéressant, car ce personnage nous montre alors toute sa fragilité et ses peurs.
La liste des personnages par clan en début de roman est précieuse car, évidemment, ils ne portent pas des noms très courants, donc difficilement mémorisables : Joli-Coffre, Gros-Bras, Fils-de-Lune, Harelde, Puissance-d'Ourse... Pourtant, j'ai eu un peu de mal à m'y retrouver entre ces différents clans et personnages, devant souvent me reporter à la liste des personnages pour me souvenir à quelle tribu appartiennent tel ou tel personnage.
Les descriptions, pas du tout pédagogiques ou scientifiques, ne sont pas ennuyeuses ou trop longues, elles sont au contraire très évocatrices, pleines de sensations visuelles, olfactives et auditives, nous plongeant tantôt dans la forêt, tantôt en mer, tantôt sur le rivage. Ces impressions ont été renforcées dans mon cas par le fait que j'ai lu ce roman alors que je passais quelques jours à Quiberon !

http://editions.monuments-nationaux.fr/fr/accueil/

Caractéristiques techniques

Livre papier

Éditeur : 10/18
Date de parution : janvier 2021
Couverture : brochée
Format : 10,8 cm x 17,7 cm
Pagination : 312 pages
ISBN : 978-2-2640-7766-0

Livre numérique

Éditeur : Nouveau Monde / Éditions du Patrimoine
Format : 7switch : ePub –– Amazon : Kindle –– Decitre : ePub –– ePagine : ePub –– Fnac : ePub –– Numilog : ePub