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jeudi 6 juin 2019

Néron

Néron
Autrice : Catherine Salles

Texte de présentation

Lucius Domitius Ahenobarbus est né le 15 décembre 37 à Antium et mort le 9 juin 68 à Rome. Plus connu sous le nom de Néron, il est le cinquième et dernier empereur romain de la dynastie julio-claudienne. Prince poète, chanteur et musicien, organisateur de célébrations sportives et artistiques, il cultive un grand sens esthétique. Cependant sa sensibilité n'efface en rien son autre facette : celle d'un despote cruel, matricide et pyromane.
Durant des siècles, Néron a été l'emblème du crime et de la perversité, si bien qu'il est difficile pour les historiens d'en établir une autre image. Faut-il alors, comme Suétone, s'en tenir à un portrait à charge ? Spécialiste de l'Antiquité romaine, Catherine Salles démêle la vérité de la légende et dresse avec talent, dans cette biographie sans complaisance, le portrait d'un empereur qui, derrière le mythe, demeure aujourd'hui encore largement méconnu.

Mon avis : Très Bien

Agrégée de lettres classiques et docteur ès lettres, Catherine Salles est professeur émérite de latin et civilisations antiques à l'université Paris X-Nanterre. Elle est l'autrice de nombreux articles et ouvrages consacrés à l'Antiquité, dont Les bas-fonds de l'Antiquité, Lire à Rome, Le grand incendie de Rome, La Rome des Flaviens. Elle fait partie du comité éditorial du magazine Historia.

Si vous prononcez le nom de Néron autour de vous, vous entendrez pratiquement toujours les mêmes réponses : despote, tyran, criminel, assassin, pervers, sadique, monstre, matricide, fou, incendiaire de Rome, mégalomane... Ce portrait à charge, que l'on doit principalement aux historiens Suétone, Tacite et Dion Cassius, a été diffusé et repris à travers les siècles jusqu'à nos jours par le biais d'un nombre impressionnant d'oeuvres, qu'elles soient littéraires, artistiques, historiques, cinématographiques, etc. Comment, tant de siècles plus tard, parvenir à démêler le vrai du faux ?
Ainsi, lorsque cette biographie a été publiée, je me suis dit qu'il était temps pour moi, passionnée d'Antiquité romaine, de faire le point sur le dossier Néron et sa légende noire, et de mettre à jour mes connaissances sur cet empereur si détesté, mais qui m'a toujours intriguée du fait de sa personnalité complexe, tourmentée et extravagante, de sa sensibilité artistique peu commune pour un empereur et de ses antécédents familiaux. Si vous pensez que Néron, cinquième et dernier empereur romain de la dynastie julio-claudienne, n'a été qu'une brute sadique, vous découvrirez en lisant cette biographie que les choses ne sont pas si simples !

En choisissant de découper la vie de Néron en six chapitres chronologiques correspondant à six périodes-clés, Catherine Salles indique ainsi d'emblée que le règne de Néron ne fut pas uniforme, loin de là. Ainsi, après avoir abordé l'environnement familial et son enfance, l'historienne divise le règne de Néron en quatre parties : les débuts prometteurs, les premiers troubles, la démesure et la fin de son règne. L'ensemble s'accompagne de riches annexes : une liste de tous les personnages qui ont côtoyé de près ou de loin Néron, une liste des dieux et des lieux, un lexique, une chronologie et une riche bibliographie. À mon sens, il ne manque qu'une chose : un arbre généalogique. En effet, je ne suis pas certaine que tous les lecteurs connaissent par coeur la généalogie julio-claudienne qui est, il faut l'avouer, un peu complexe !

Son enfance
Né le 15 décembre 37 à Antium, Lucius Domitius Ahenobarbus, plus connu sous le nom de Néron, est le fils de Domitius Ahenobarbus, un homme violent, cruel et arrogant, et d'Agrippine la Jeune, une femme ambitieuse, rusée et dissimulatrice. Élevé par des nourrices et des domestiques – conformément aux habitudes des familles de l'aristocratie romaine –, le jeune Néron grandit dans un environnement instable et inquiétant, favorisant un sentiment d'insécurité et une propension à la peur qui le suivront toute sa vie : privé d'amour maternel et paternel, il évolue au sein d'une cour impériale où règnent les intrigues, le mensonge, l'hypocrisie et la duplicité : complots contre Caligula, exécutions de Livilla, Julie, Messaline et Lollia Paulina, manigances d'Agrippine pour occuper une place de premier plan au sein de la société impériale, assassinat de Claude... Un vrai panier de crabes !
Heureusement, le jeune garçon bénéficie dès sa plus tendre enfance d'une bonne éducation grâce à des professeurs majoritairement grecs, d'où son goût prononcé pour l'hellénisme. Littérature grecque et latine, rhétorique, art de prendre la parole en public, sciences, philosophie... Néron est sans conteste un empereur cultivé, sensible aux arts, qui se considérera avant tout comme un artiste, un chanteur, un citharède, un tragédien ou bien encore un conducteur de chars, cherchant les louanges et les acclamations de son peuple, et c'est bien là le problème, car ce n'est pas cela que l'on attend d'un empereur...

Le quinquennium
Pourtant, le début de son règne – que l'on nomme quinquennium (entre 54 et 59) – se déroule sous les meilleures auspices, grâce à la présence de ses deux conseillers, Burrus et Sénèque, qui épaulent le jeune empereur.
Si, au cours de ces premières années, l'ambitieuse Agrippine la Jeune détient encore dans les faits les rênes du pouvoir, éliminant ceux qui la gênent (Narcisse, Junius Silanus, etc.) et nommant à de hautes fonctions ses protégés (Pallas, Faenius Rufus, Arruntius Stella, etc.), le rapport de force s'inverse petit à petit : l'expérience militaire de Burrus conjuguée au savoir philosophique de Sénèque permettent de venir à bout de la toute-puissance de l'impératrice et d'affirmer le pouvoir et la légitimité de Néron. Sous l'influence bénéfique de ses deux mentors, Néron cherche à établir un Empire modéré, débarrassé des outrances des empereurs précédents et inspiré en grande partie de la politique d'Auguste. Ainsi, tout en prenant des mesures satisfaisantes à toutes les classes sociales et en veillant à soutenir le sénat, Néron met au premier plan le respect des institutions et la moralisation de la vie politique, séparant la maison privée et l'État ; il mène une politique extérieure non offensive et maintient les frontières existantes. Fidèle à la philosophie stoïcienne prônée par Sénèque, Néron fait preuve de clémence et de générosité, le rendant extrêmement populaire auprès du peuple, des sénateurs et des soldats.
Pour résumer, ces premières années correspondent à celles d'un empereur modéré, humain, s'inspirant des instructions de son maître Sénèque : "La clémence est le pouvoir de se maîtriser lorsqu'on a le pouvoir de punir."

Une mère étouffante et ambitieuse
Les choses commencent sérieusement à se gâter lorsque Néron tombe amoureux d'une jeune femme dénommée Claudia Acte, affranchie attachée à la maison d'Octavie. Ne supportant pas que son fils échappe à son emprise, Agrippine la Jeune cherche à le déstabiliser en faisant courir la rumeur selon laquelle elle serait prête à soutenir Britannicus, fils de l'empereur Claude et de Messaline ! Effrayé, Néron tombe dans le piège et, même si un doute persiste, il est très probable que Néron ait ordonné l'assassinat de Britannicus.
Mais Agrippine, bien décidée à frapper fort, ne s'arrête pas là : elle se rapproche d'Octavie, sa bru et soeur de Britannicus ; elle noue des amitiés avec des représentants de grandes familles romaines, des tribuns et des centurions des légions prétoriennes, etc. Néron se met à craindre que sa mère ne soit en train de préparer un coup d'État. Mais Agrippine n'est pas la seule menace : Néron apprend en effet que d'autres complots, vrais ou faux, le visent. Perturbé par toutes ces révélations, l'empereur se sent fragilisé et commence à prendre peur. Pourtant, il parvient dans un premier temps à se maîtriser et se contente de réduire les pouvoirs de sa mère : Agrippine se voit ainsi privée d'un certain nombre de prérogatives et elle doit quitter le palais impérial. Elle entre en quelque sorte en disgrâce. Mise sous surveillance, elle continue pourtant à s'opposer à son fils et la situation empire lorsqu'il noue une relation amoureuse avec Poppée, qui appartient à une famille de la haute aristocratie. C'en est trop, Néron ne supporte plus cette mère jalouse, intrusive et castratrice, qui l'empêche d'exercer pleinement le pouvoir impérial. Il décide alors de se débarrasser d'elle en ordonnant son assassinat en mars 59. La mort d'Agrippine fait ainsi tomber tous les obstacles : Néron est enfin libre, il peut agir à sa guise !
"Elle voulait bien donner l'Empire à son fils, mais elle ne pouvait souffrir qu'il en fût le maître" (Tacite)

Le règne de la démesure (ubris)
C'est, selon Suétone, à partir de ce moment-là que le comportement de Néron bascule irrémédiablement du mauvais côté, il définit même les cinq vices qui le caractérisent : la petulantia (goût de la provocation), la libido (lubricité), la luxuria (goût du luxe), l'avaritia (cupidité) et la crudelitas (cruauté), tout un programme !
Mais c'est en 62 que la situation commence vraiment à dégénérer, après la mort de Burrus et le départ de Sénèque qui, fatigué, préfère se retirer. Ces deux hommes étaient parvenus jusqu'à maintenant à maîtriser le comportement impulsif et anxieux de Néron. Désormais, ce dernier peut laisser libre cours à ses désirs et, encouragé par Tigellin, l'un des nouveaux préfets du prétoire, un ambitieux pervers qui joue sur les peurs constantes de l'empereur, il se débarrasse ainsi de sa femme, Octavie, en juin 62, et de tous ceux qui sont susceptibles de fomenter un complot contre lui. Ces assassinats à répétition ne manquent pas d'inquiéter les plus riches familles de Rome, qui voient certains de leurs membres disparaître au gré des caprices de l'empereur, et de faire naître en leur sein un sentiment de haine à l'encontre de Néron, d'autant que sa politique et son comportement, tel que l'a évoqué Suétone (voir plus haut) commence à heurter le sénat et les classes les plus traditionalistes.
Cette haine trouve son apogée au moment du grand incendie de Rome en juillet 64 lorsque les aristocrates font courir la rumeur que Néron en serait le responsable. Menacé, l'empereur détourne habilement la colère populaire sur les chrétiens qui, par leur impiété, ont provoqué la colère des dieux. Mais il commet dans le même temps une erreur lourde de conséquence : alors que des milliers d'habitants sont plongés dans la misère et la précarité, Néron fait édifier sur les terrains dévastés par le feu un palais incroyable, un chef-d'oeuvre d'inventivité et de beauté, la somptueuse et coûteuse Domus Aurea.

La conjuration de Pison
Si Néron s'est toujours méfié des réactions du peuple, comme en témoigne son attitude lors de l'incendie de Rome, il sous-estime en revanche bien trop celles des classes dirigeantes, qui lui vouent une haine farouche, haine qui va aboutir à la conjuration de Pison en avril 65. Cette conjuration, qui a pour but d'assassiner Néron et de faire acclamer par les prétoriens Pison comme nouveau prince, réunit des hommes issus de différents milieux sociaux (sénateurs, chevaliers, officiers des cohortes prétoriennes, aristocrates, militaires, écrivains...), mais qui partagent la même haine pour cet empereur qui outrage la tradition romaine.
Mais le secret est éventé. Pris de panique en découvrant que certains conspirateurs font partie des plus hautes classes de la société et des cohortes prétoriennes, donc des milieux proches de la cour impériale, Néron réagit de manière démesurée en faisant exécuter une grande partie de l'aristocratie, dont nombre de sénateurs, peu importe qu'ils soient coupables ou innocents. Au terme de cette vague d'exécutions sommaires qui a duré plusieurs mois, pas un Romain n'a été épargné : chaque habitant a au moins perdu un membre de sa famille ou un ami.

La fin du règne
En septembre 66, le complot une fois réprimé dans le sang, Néron décide de partir en Grèce afin de participer à des concours et démontrer ainsi ses talents artistiques au monde entier. Un voyage bien coûteux... En agissant de la sorte, l'empereur rompt ainsi véritablement avec les valeurs romaines et bouleverse l'ordre établi : Néron fait passer son activité d'artiste avant son rôle d'empereur. Pour une grande partie de la société romaine, c'est une véritable provocation, l'outrage de trop. Son absence fait souffler un vent de révolte au sein des armées en Germanie et en Gaule. Alerté par ces complots en germe, Néron finit par rentrer à Rome en mars 68. Mais il est déjà trop tard : excédées par le comportement de leur empereur qui se conduit comme un histrion et par une pression fiscale toujours plus forte pour assouvir ses dépenses somptuaires, la Gaule puis l'Espagne se soulèvent.
Néron découvre alors qu'il n'a pratiquement plus de partisans, à l'exception de quelques affranchis : les sénateurs, les prétoriens, le peuple de Rome, plus personne ne le soutient, même les armées font défection. En manque d'hommes et d'argent pour réprimer cette révolte, il fuit Rome et se réfugie dans la maison de campagne de son affranchi Phaon. Déclaré "ennemi public" par le sénat, Néron se suicide le 11 juin 68 avec l'aide de son affranchi Épaphrodite. Si l'annonce de la mort de Néron a suscité des réactions de joie parmi les sénateurs, les chevaliers et les aristocrates, une partie du peuple ne peut s'empêcher de regretter la mort de cet empereur qui lui a offert distractions et nourriture.

Cette biographie, qui se lit comme un roman, met à plat tous les événements et tous les faits qui ont jalonné la vie de Néron à la lumière des sources lues avec un oeil neuf et critique, le tout remis dans le contexte de l'époque, où, ne l'oublions pas, l'utilisation de la violence était couramment admise pour régler ses différents, et permet ainsi de tordre le cou à certaines idées reçues. Catherine Salles souligne ainsi combien son règne est loin d'avoir été négatif : cultivé, sensible et instruit, Néron a encouragé l'innovation, le développement des arts et de l'artisanat ; il a su préserver la paix aux frontières et au sein de la société... Mais fragile sur le plan psychologique, dominé par une mère autoritaire et manipulatrice, en proie à une peur incontrôlable, Néron est devenu au fil des ans, et surtout à partir du moment où ses deux mentors l'ont quitté, suspicieux, anxieux, inquiet et a fini par perdre le sens des réalités, se rêvant artiste et non plus empereur.
D'une plume fluide, claire, précise et sans complaisance, Catherine Salles nous présente ainsi le portrait objectif et dépoussiéré d'un empereur à la personnalité étonnante, avec ses forces et ses faiblesses, même s'il conserve, et ce pour mon plus grand plaisir, ses zones d'ombre.

Caractéristiques techniques

Livre papier

Éditeur : Perrin
Date de parution : juin 2019
Couverture : brochée
Format : 14 cm x 21 cm
Pagination : 288 pages
ISBN : 978-2-2620-6824-0

Livre numérique

Éditeur : Perrin
Format : 7switch : ePub –– Amazon : Kindle –– Decitre : ePub –– ePagine : ePub –– Fnac : ePub –– Lisez ! : ePub –– Numilog : ePub

jeudi 20 septembre 2018

Mon oncle de l'ombre. Enquête sur un maquisard breton

Mon oncle de l'ombre
Autrice : Stéphanie Trouillard

Texte de présentation

12 juillet 1944. Des rafales de mitraillettes brisent le silence de l'aube dans une ferme du Morbihan. André Gondet, 23 ans, s'écroule sous les balles au milieu de ses camarades résistants. Ce sanglant épisode marque les habitants des environs au fer rouge. Dans la famille Gondet, la douleur serre la gorge et scelle les lèvres. La souffrance est aussi vive que silencieuse. Soixante-dix ans plus tard, André n'est plus qu'un nom sur un monument aux morts. De lui, il reste seulement un portrait dans un vieux cadre accroché sur un mur de la maison familiale. Une photo qui finit par attirer le regard et la curiosité de l'une de ses petites nièces. Qui était cet homme dont son grand père ne prononçait pas le nom ? Quel était son combat ? Par quoi était-il animé ?

Mon avis : Très Bien

Journaliste à France 24, Stéphanie Trouillard travaille plus particulièrement sur les sujets touchant à l'actualité internationale, au sport et à l'histoire de la Première et de la Seconde Guerre mondiale. À ce titre, elle a réalisé en 2017 un webdocumentaire "Si je reviens un jour", les lettres retrouvées de Louise Pikovsky, consacré à l'enquête qu'elle a menée autour d'une jeune lycéenne juive morte en déportation. L'histoire tragique de cette jeune fille est d'ailleurs en cours d'adaptation sous forme de bande dessinée (sortie en mars 2020).

André Gondet, cet inconnu...
Le point de départ de cette enquête : la photo d'un jeune homme accrochée sur un mur de la maison familiale en Bretagne. Son nom ? André Gondet. Il s'agit du frère du grand-père de l'autrice, résistant mort le 12 juillet 1944. Une photo, un nom, une date de naissance et une date de décès, rien d'autre. Comme dans nombre d'autres familles ayant vécu la Seconde Guerre mondiale, le silence est alors de mise.

Pourtant, un jour, tout cela va changer. Quelques années après le décès de son grand-père, le père de Stéphanie Trouillard décide de faire l'arbre généalogique de la famille. Pour l'aider, elle se lance alors dans des recherches sur les soldats de sa famille et découvre le nom d'André Gondet. Elle se souvient alors de cette fameuse photo qui l'intrigue depuis son enfance. De lui, il n'existe pas d'autres photos, pas de lettres, pas de papiers. Autour d'elle, personne n'est capable de lui donner le moindre renseignement. Insaisissable, André Gondet est comme un fantôme. Qui était-il ? Que lui est-il arrivé ? Pourquoi son grand-père refusait-il de parler de son frère ? Autant de questions qui ne cessent de tarauder la jeune journaliste passionnée d'histoire. Bien décidée à éclaircir ce mystère, elle se lance alors, telle une détective, dans une longue enquête dont elle ignore encore les tenants et les aboutissants...

Le récit poignant d'une longue enquête
Dans ce livre, Stéphanie Trouillard retrace avec beaucoup de sensibilité et de précision les recherches qu'elles a menées pour exhumer la mémoire de son grand-oncle. De la Bretagne à l'Allemagne, en passant par Paris ou bien encore par Caen, l'autrice nous fait partager ses découvertes, fruits de nombreuses heures de travail en archives, de lectures d'ouvrages sur la Seconde Guerre mondiale, de recherches sur le web, d'envoi de lettres, d'appels à témoins dans la presse et de rencontres avec les derniers témoins de cette époque. Une enquête qui s'apparente ainsi à une véritable course contre la montre, beaucoup de témoins étant déjà décédés. Les années ont passé, mais les blessures ne sont pas encore refermées, la douleur est encore bien présente dans de nombreuses familles, se transmettant même de génération en génération. Ainsi, certains témoins refusent de parler ; d'autres, d'abord réticents, finissent par libérer leur parole ; d'autres enfin sont heureux de voir que la jeune génération s'intéresse à cette période de l'histoire.

Tout en respectant la position de chacun, Stéphanie Trouillard ne néglige aucune piste et fait preuve d'une ténacité et d'une persévérance incroyables ! Soutenue par sa famille, elle fait face avec beaucoup de force aux moments de découragements, aux pistes qui se transforment en culs-de-sac, aux regrets, aux hésitations, faisant fi des remarques que ceux qui s'intéressent à l'histoire et à la généalogie ont coutume d'entendre : "Un véritable passe-temps de vieux, à la limite du glauque ou du carrément macabre".
Le récit, empreint d'émotions parfois contenues, parfois trop fortes, montre à quel point cette quête l'a remuée, virant parfois à la quasi obsession comme elle l'admet elle-même, tant le besoin de connaître la vérité est fort, avant qu'il ne soit trop tard. D'ailleurs, certains passages évoqueront sans aucun doute des souvenirs à celles et ceux qui ont déjà fait des recherches en ce sens. Ainsi, sa description de ses recherches au Service Historique de la Défense à Vincennes :
"Je suis subitement submergée par une émotion inattendue. Je me rends compte que je vois pour la toute première fois la signature de mon aïeul et que je tiens un document qu'il a lui-même touché, il y a plus de soixante ans. [...] En tenant entre mes doigts ces documents, j'ai l'impression qu'un lien vient de se créer avec cet arrière-grand-père que je n'ai jamais connu, comme s'il me passait maintenant le flambeau, le devoir d'être la gardienne de leur passé. [...] Dans la salle Louis XIV, je baisse les yeux. Les larmes brouillent mon regard ; mes mains sont moites ; mon coeur bat à toute vitesse. Je n'ose même plus toucher les papiers de peur de les abîmer. Tout se bouscule dans ma tête."
Par expérience, je confirme que consulter un dossier de résistant au Service Historique de la Défense, un dossier qui n'a peut-être jamais été ouvert avant vous, c'est comme créer ou renouer un lien avec la personne disparue, comme si vous vous étiez donné rendez-vous, un rendez-vous hors du temps.

Une histoire familiale, l'histoire d'un pays occupé
Malgré les obstacles, petit à petit, avec patience, minutie et rigueur, Stéphanie Trouillard effectue un véritable travail de fourmi : elle récolte et rassemble les documents et les témoignages qu'elle parvient à récupérer, les étudie, les classe et les font parler. D'ailleurs, un cahier en fin d'ouvrage rassemble quelques-uns de ces documents – portraits, cartes, archives – qui permettent de mettre des visages sur les noms et de bien situer les lieux cités dans l'ouvrage.
Grâce à ce long travail d'enquête et d'analyse, elle va parvenir à retracer le parcours de ce grand-oncle, un jeune homme bon vivant et volontaire qui, pour fuir le STO, s'est engagé dans la Résistance. Traqué par les soldats allemands et les miliciens, dont Zeller, Munoz et Gross, André Gondet est exécuté le 12 juillet 1944 à l'âge de 23 ans dans une ferme à Plumelec (Morbihan) avec d'autres résistants, des parachutistes SAS et les fermiers qui les avaient accueillis.
Mais, à travers cette enquête, l'autrice nous dévoile plus largement toute une partie de l'histoire de la Résistance en Bretagne et même toute une page de l'histoire de France, l'Occupation, la collaboration, la Résistance, le STO, etc. Mais jamais elle ne perd le fil conducteur de son récit, l'histoire de son grand-oncle.

Au terme de ce récit émouvant, bien documenté et à l'écriture précise, vive et enlevée, André Gondet n'est plus un fantôme. Sorti de l'oubli, il a pleinement repris sa place au sein de la famille et a reçu le 9 février 2019 la médaille de la Résistance française à titre posthume. Ce livre et cette médaille sont sans aucun doute le plus bel hommage que l'on pouvait lui rendre. Mission accomplie pour sa petite-nièce !

♜ ♜ ♜ ♜ ♜ ♜

En conclusion
Points forts :
  • Un ouvrage sur la Seconde Guerre mondiale mais qui aborde cette période sous un angle particulier, très personnel : celui du parcours d'un résistant tombé dans l'oubli.
  • Un récit qui s'apparente à une véritable enquête policière, avec plein de pistes, de culs-de-sac, d'incertitudes, d'interrogations...
  • Un style dynamique et précis, mais également empreint de sensibilité et d'émotion.
  • Un récit très vivant, dans lequel le lecteur a la sensation d'être aux côtés de l'autrice et de partager toutes ses joies et ses déconvenues.
  • Un ouvrage qui offre de nombreuses pistes de recherche pour les personnes désireuses de retracer le parcours d'un résistant.

Points faibles :
  • Un récit très personnel qui pourrait décontenancer les personnes davantage habituées à des récits plus distanciés, plus neutres.

Caractéristiques techniques

Livre papier

Éditeur : Skol Vreizh
Date de parution : septembre 2018
Couverture : brochée
Format : 15 cm x 21 cm
Pagination : 280 pages
ISBN : 978-2-3675-8089-0

mardi 28 août 2018

L'Empire romain par le menu

L'Empire romain par le menu
Auteur : Dimitri Tilloi-d'Ambrosi

Texte de présentation

Préférez-vous les langues de flamants roses, la laitance de murène, les glandes de sanglier, les têtes de perroquets, ou une mono-diète à base de fèves ? De l'orgie à l'ascétisme, des plantes miraculeuses aux régimes stricts et jusqu'à la diététique, la diversité et le génie gastronomique romain continuent de hanter notre imaginaire et de nourrir notre quotidien.
Nos préoccupations actuelles ne datent pas d'hier : déjà sous l'Empire, les Romains faisaient grand cas de la provenance des aliments, de leurs vertus médicinales et de leur exotisme.
Cet ouvrage redonne vie à ce monde disparu et nous invite dans l'intimité des citoyens romains, sur les marchés, dans les cales des vaisseaux parcourant la méditerranée, sous la tente des soldats, dans les riches demeures des philosophes ou des empereurs.
"Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es" : l'Empire Romain comme vous n'y avez jamais goûté.

Mon avis : Très Bien

Est-il possible de parler de gastronomie romaine sans ennuyer la terre entière ? Oui ! Cependant, je vous préviens, il ne s'agit pas d'un roman historique, mais d'un livre d'histoire. En effet, je lis très régulièrement en parallèle des livres d'histoire, car l'histoire me passionne et cela me permet aussi d'affiner mes connaissances, de rester informée de l'actualité, des découvertes, etc. Et là, j'aimerais vous parler d'un ouvrage qui m'a beaucoup plu, publié récemment par Dimiti Tilloi d'Ambrosi, agrégé d'histoire, spécialiste de l'Antiquité et enseignant à l'université Lyon III : "L'Empire romain par le menu" (éditions Arkhê).

Comme l'indique en préface Yann Le Bohec, les historiens ont longtemps privilégié quatre grands domaines d'étude : la politique, l'économie, la société et la religion, délaissant un vaste champ d'investigation, celui de la vie quotidienne. Mais, depuis quelques années, des historiens se sont plongés dans l'étude de cette thématique, renouvelant, complétant et affinant nos connaissances historiques. Et c'est le cas de Dimiti Tilloi d'Ambrosi qui a orienté ses recherches sur l'alimentation, la diététique et la médecine à l'époque romaine.

Que mangeaient les Romains ? comment ? où ? quand ? pourquoi ? avec qui ? dans quelles circonstances ? L'auteur répond à toutes ces questions et à bien d'autres, tordant le cou par la même occasion à certaines idées reçues – à titre d'exemple, sachez que le sanglier était peu prisé des Gaulois, que la viande occupait une place bien moins importante que les produits végétaux dans l'alimentation des Romains et je ne vous parle même pas des orgies qui allaient à l'encontre de l'idéal romain fait de maîtrise de soi. Car, à travers l'étude de la gastronomie romaine, c'est tout un monde qui revit sous nos yeux, c'est une véritable plongée dans l'intimité des Romains et de leurs rapports sociaux, à la découverte de leurs préférences culinaires, leurs croyances, leurs traditions, leurs moeurs, etc.

L'auteur a pris soin de toujours étayer son propos par des exemples, comme l'évocation de sites archéologiques ou la présentation d'extraits littéraires. Un cahier central en couleurs permet d'ailleurs d'avoir quelques exemples de fresques et de mosaïques sous les yeux, je regrette juste que cet encart ne soit pas plus conséquent ; de même quelques schémas auraient pu être utiles, par exemple sur l'agencement des pièces d'une maison romaine ou l'organisation du triclinium. Enfin, l'auteur fait régulièrement de judicieux parallèles avec notre période actuelle (végétalisme, diététique, médecine, etc.), extraits d'oeuvres philosophiques antiques à l'appui, permettant de prendre un peu de hauteur et de réfléchir sur certaines modes ou pensées actuelles.

Conjuguant tout à la fois l'érudition et la rigueur de l'historien et un style fluide et clair, Dimiti Tilloi d'Ambrosi nous offre ici un ouvrage brillant, concis, très bien documenté et, surtout, accessible à tous : ce livre se lit très facilement, comme un roman ! Personnellement, je me suis régalée et j'en reprendrais bien un peu, je suis gourmande !

Caractéristiques techniques

Livre papier

Éditeur : Arkhê
Date de parution : octobre 2017
Couverture : brochée
Format : 14 cm x 20,6 cm
Pagination : 232 pages
ISBN : 978-2-9186-8236-3