Texte de présentation
Une enquête familiale sur les traces d'un oncle disparu aviateur légendaire, une odyssée magistrale entre Paris, Bagdad et Krasnodar, des années 1960 aux années 2000."Le ciel est immense, maman, vais-je me perdre ?" écrit Adel à sa mère en 1967. Pilote d'exception, le jeune Irakien est envoyé par l'armée de l'air pour être formé en URSS, avant de disparaître en 1974, entre Bagdad et Krasnodar.
Trente ans plus tard, son neveu Taymour ne supporte plus le mystère qui entoure l'absence de cet oncle. Est-il vraiment mort en héros ? Sans relâche, Taymour va défier les silences d'une famille et d'un régime, jusqu'à s'inscrire à l'émission de recherche télévisée russe Zhdi Menya, "Attends-moi"...
Une fresque magistrale, un voyage dans les dédales d’un secret de famille, un roman pour faire revivre les disparus dans la mémoire intime et collective.
📕 Lire un extrait de ce roman.
💻 Vidéo :
Mon avis : Bien
L'auteur
Journaliste grand reporter français d'origine irakienne, lauréat du Prix Albert Londres en 2019 pour son livre Le Parfum d'Irak, Feurat Alani est également producteur de documentaires et de reportages pour plusieurs médias français et étrangers. Ses activités l'amènent donc à sillonner le monde entier, notamment l'Irak, les États-Unis, l'Égypte, l'Algérie, le Maroc, l'Afghanistan, la Libye...En parallèle, Feurat Alani a publié un premier roman en 2013, Je me souviens de Falloujah, dans lequel il explore les blessures de l'exil. Ce roman a obtenu plusieurs prix dont le prix Senghor du premier roman, le prix de la littérature arabe, le prix du roman Version Femina et le prix Amerigo Vespucci.
Avec ce nouveau roman, l'auteur continue de nous parler du pays de sa famille, l'Irak, en s'attaquant à un secret de famille et aux silences qui en découlent.
Pourquoi ai-je choisi ce livre ?
Pour trois raisons principales :- Il était présenté en nouveauté dans ma bibliothèque parmi les romans de la rentrée littéraire "août 2025" et ne semblait pas faire l'objet d'un emballement médiatique démesuré (ce qui est plutôt bon signe selon moi !).
- Étant passionnée par l'histoire et la généalogie, j'ai un fort attrait pour les récits consacrés à des enquêtes pour résoudre des secrets familiaux et sortir un personnage de l'oubli. Ici, ce roman parle d'un homme qui enquête sur son oncle mystérieusement disparu.
- Mais cette histoire de secret familial m'a d'autant plus intéressée qu'elle se déroule dans un contexte que je connais mal, celui de l'Irak durant la Guerre froide. Je me suis donc dit que cette lecture allait aussi me permettre d'apprendre plein de choses sur l'histoire du Moyen-Orient.
"Toutes les familles ont un secret. Il peut s'accrocher à une vie entière, emmurer les personnes qui le protègent, les forcer à marcher sur de la moquette épaisse, pour étouffer le bruit de leurs pas. Il est un silence qui étreint le coeur, qui ne nous libère jamais de son emprise. Il prend discrètement de la place, jusqu'à écarter les parois d'une coquille invisible, pour permettre de s'y faufiler. Parfois, il finit même par se fissurer. (...) Toutes les familles ont un fantôme."
Mais de quoi ce roman parle-t-il plus précisément ?
Taymour, jeune photographe franco-irakien élevé en France, est hanté depuis sa plus tendre enfance par le mystère entourant la disparition, bien avant sa naissance, de son oncle Adel, le frère de sa mère. De lui ne subsiste qu'une photo en noir et blanc en tenue d'aviateur posant fièrement devant son avion de combat soviétique, un MIG-21, durant la Guerre froide.Tout petit déjà, il cherche à comprendre ce qui est arrivé à cet oncle : que s'est-il passé ? pourquoi n'a-t-on même pas retrouvé les débris de son avion ? a-t-il réellement disparu ? est-il vivant ou mort ? Il interroge alors sa mère avec insistance, mais il se heurte toujours au silence ou bien à des réponses lapidaires ou évasives.
Mais une fois adulte, ce silence obsède toujours Taymour, il ne le supporte plus, il a besoin d'avoir des réponses. Il profite d'un voyage à Bagdad en 1990 pour questionner son entourage – sa mère, sa grand-mère Bibi Nahda, ses tantes, le fils d'Adel –, mais il se heurte toujours à ce même silence gêné.
Bibi Nahda finit cependant par lui raconter l'histoire de son fils. Ce dernier, jeune pilote émérite de l'armée irakienne, a été envoyé par l'armée de l'air pour se former en URSS et il s'est volatilisé en 1974 aux commandes de son MIG-21, entre Bagdad et Krasnodar, une base d'entraînement en Russie, sans qu'on ne retrouve aucune trace ni de lui, ni de son appareil. Officiellement, il est mort au cours de cet exercice de vol. Mais qu'en est-il vraiment ? Accident lors d'une mission en vol ? Suicide ? Disparition de son plein gré ? Certes, la lecture des carnets et des lettres de son oncle apporte quelques pistes à Taymour, mais comment aller plus loin ? Las, son enquête au point mort, Taymour décide en 2008 de contacter une émission de téléréalité russe, Zhdi Menya, l'équivalent de notre Perdu de vue français, spécialisée dans la recherche de personnes disparues, pour tenter de savoir ce qui est arrivé à son oncle.
Où se situe la frontière entre réalité et fiction ?
Vu que ce livre est classé dans la catégorie "roman" et non "récit", je suis partie du principe qu'il s'agissait d'une oeuvre de fiction... Sauf qu'en parcourant les pages de fin avant de débuter ma lecture, j'ai eu la surprise de découvrir le portrait en noir et blanc d'un homme posant devant un avion ! Là, j'en ai déduit qu'il s'agissait d'un récit, que l'histoire racontée dans ce livre était vraie.Je me plonge alors dans la lecture des premières pages et, là, je me rends compte que le style narratif ne laisse planer aucun doute, c'est un roman. En effet, le narrateur s'appelle Taymour, pas Feurat. Cependant, quelque chose me chiffonne : je n'aime pas lire sans comprendre si on va me raconter une histoire vraie ou inventée. Ce narrateur est-il l'auteur ? S'agit-il d'une oeuvre de fiction ou d'une histoire vraie ? Malheureusement, ces questionnements, cette sensation de ne pas "savoir sur quel pied danser", m'ont poursuivie jusqu'à la fin de ma lecture gâchant ainsi un peu mon plaisir.
Lors d'une interview, Feurat Alani a déclaré que la frontière entre la réalité et la fiction n'existait pas pour lui, que les deux finissent par se confondre dans son roman. Hélas, elle existe pour moi et j'aurais aimé que l'auteur donne des précisions sur ce point en début d'ouvrage. Peu importe qu'il s'agisse de faits réels ou fictionnels, je souhaite juste que l'auteur le précise, car la lecture n'est pas la même et cela évite beaucoup de questionnements qui perturbent la lecture.
Un style qui évolue au cours du roman
Feurat Alani est avant tout un journaliste, donc ne vous attendez pas à de grandes envolées lyriques ou à des phrases ciselées et c'est tant mieux car cela n'aurait pas collé avec le rythme de l'enquête, l'atmosphère faite de silences et le caractère du narrateur.Le recours au récit rédigé à la première personne du singulier et, qui plus est, à un narrateur qui se révèle être l'auteur, permet d'être au plus proche des émotions du personnage principal. Si la première moitié du roman se caractérise justement par un traitement journalistique, un style fait de phrases courtes et sans aucune fioriture, comme si le narrateur était lui-même prisonnier de ces silences, la suite évolue vers une écriture plus sensible mais pleine de retenue, laissant plus de place à l'expression des sentiments et des doutes. On sent alors poindre toute l'inquiétude et la fébrilité du narrateur : va-t-il enfin connaître la vérité ? Va-t-il pouvoir se débarrasser de ces silences qui pèsent sur lui ?
Une construction intéressante mais un peu perturbante
Ce roman est construit sur des allers-retours dans le temps – entre les années 30 et les années 2000 – et l'espace – de la France à l'Irak en passant par l'URSS, car il s'articule autour de l'enquête du narrateur avec, en parallèle, des flashbacks de la vie d'Adel. Dès que Taymour découvre un nouvel indice, l'auteur nous dévoile ensuite dans un autre chapitre l'histoire qui se cache derrière cet indice. Heureusement, chaque début de chapitre est balisé par une date et un lieu, mais cela finit quand même par faire beaucoup d'allers-retours, surtout que les chapitres sont courts. On n'a pas vraiment le temps de s'installer aux côtés de Taymour ou d'Adel, on repart illico ailleurs !L'autre difficulté, c'est que j'ai eu parfois un peu de mal à bien visualiser l'enchaînement et l'imbrication des événements dans le temps. Mais l'avantage d'un tel procédé, c'est qu'on est vraiment aux côtés du narrateur, on assiste à ses découvertes en même temps que lui, rien ne nous est caché.
La petite histoire et la grande histoire
Certes, la petite histoire, celles d'Adel, est passionnante, mais je ne vous en dirai pas plus pour ne pas vous dévoiler le fin mot de l'histoire. Cependant, l'autre intérêt de ce roman est que l'histoire d'Adel et de sa famille s'inscrit totalement dans l'histoire contemporaine de l'Irak, entre les années 1938 et 2008. En suivant cette quête familiale poignante entre Paris et Bagdad, on découvre tout un pan de l'histoire mouvementée de l'Irak et des relations géopolitiques que ce pays entretenait avec l'URSS durant la Guerre froide. En effet, on connaît plutôt bien la Guerre froide du côté européen, mais qu'en est-il au Moyen-Orient ? Et qu'en est-il de la posture de l'Irak au cours des conflits au Proche-Orient ? Préparez-vous à assister, en arrière-plan du récit, à l'arrivée du parti Baas et de Saddam Hussein au pouvoir, à l'opération Diamond, à la guerre des Six Jours, à la guerre Iran-Irak...Cependant, il aurait été peut-être judicieux d'ajouter au début du roman un court rappel du contexte historique et politique de l'Irak et de l'URSS durant cette période, afin de partir sur de bonnes bases dès le départ.
Par ailleurs, les événements historiques ne sont évoqués que s'ils ont un lien avec Adel, jamais avec celui de sa famille, donc on ignore totalement les conséquences de l'arrivée au pouvoir de Saddam Hussein pour le reste de sa famille ou leurs opinions à ce propos. Mais cela nous aurait peut-être trop éloigné de l'enquête de Taymour. Mais j'aurais bien aimé en savoir un peu plus sur ces personnages féminins présents dans le roman, surtout celui de la grand-mère, qui semblent avoir du caractère mais dont on ne sait pas grand-chose finalement.
Un suspense intense
À force de côtoyer Taymour, on devient aussi impatient et fébrile que lui, on veut connaître la vérité ! Après avoir exploré toutes les hypothèses possibles, le narrateur nous apporte une réponse convaincante, mais non dénuée de mystère. On ressort de cette lecture avec d'autres questions, quelques doutes, quelques incertitudes, mais finalement à la question posée par Adel à sa mère en 1967 dans une lettre : "Le ciel est immense, maman, trop vaste. Vais-je me perdre ?", on pourrait lui répondre "N'aie pas peur du ciel, aie plutôt peur des hommes".Mêlant enquête familiale et histoire de l'Irak, ce roman offre au lecteur une histoire originale et passionnante. Par le biais de deux hommes, Adel et Taymour, il nous invite à nous interroger sur notre libre arbitre et sur le sens de la quête de la vérité à tout prix : jusqu'où un homme peut-il aller pour suivre sa conscience ? Peut-on se libérer des chaînes du système social et politique ? Que cherchons-nous en traquant la vérité ? Faut-il la chercher à tout prix, au risque de rouvrir les blessures que nos proches ont mis des années à cicatriser ? Toute vérité est-elle bonne à savoir ?
♜ ♜ ♜ ♜ ♜ ♜
En conclusion
Points forts :- L'histoire de l'Irak et ses relations avec les autres pays du Moyen-Orient et l'URSS durant la Guerre froide.
- Un secret familial qui sort de l'ordinaire.
- Une écriture qui évolue au cours de l'histoire, s'adaptant au ressenti du narrateur.
- Un fort suspense jusqu'au bout et quelques mystères qui demeurent !
- Un roman qui permet de s'interroger autour de thèmes universels : l'absence, la mémoire, la transmission, la famille, le poids du secret...
Points négatifs :
- Une énorme difficulté à démêler le vrai du faux au départ du roman.
- Une chronologie narrative un peu trop éclatée.
- Un style journalistique un peu sec et haché au départ qui pourrait décourager les amateurs de belles phrases et de descriptions détaillées.
Caractéristiques techniques
Livre papier
Éditeur : JC LattèsDate de parution : août 2025
Couverture : brochée
Format : 13 cm x 20,5 cm
Pagination : 272 pages
ISBN : 978-2-7096-7424-9
Livre numérique
Éditeur : JC LattèsFormat : Amazon : Kindle –– Decitre : ePub –– ePagine : ePub –– Fnac : ePub –– Numilog : ePub



















