Le dernier tribunL'acier et la soieLe complot du Livret rougeLe faubourg des diaboliquesDans les yeux de Mona LisaMon oncle de l'ombreNéronLa disparue de Saint-Maur1793Femme qui courtCode 1879Mousseline la SérieuseL'affranchiÊtre ou ne pas êtreL'Empire romain par le menuL'oeil du GoupilL'échange des princesses1789. L'été de sangMetamorphosis
Michelangelo, en ce printemps 1505, quitte Rome bouleversé. Il vient de découvrir sans vie le corps d'Andrea, le jeune moine dont la beauté lumineuse le fascinait. Il part choisir à Carrare les marbres du tombeau que le pape Jules II lui a commandé. Pendant six mois, cet artiste de 30 ans déjà, à qui sa pietà a valu gloire et renommée, va vivre au rythme de la carrière, sélectionnant les meilleurs blocs, les négociant, organisant leur transport. Sa capacité à discerner la moindre veine dans la montagne a tôt fait de lui gagner la confiance des tailleurs de pierre.
Lors de ses soirées solitaires à l'auberge, avec pour seule compagnie le petit livre de Pétrarque que lui a offert Lorenzo de Medici et la bible d’Andrea, il ne cesse d'interroger le mystère de la mort du moine, tout à son désir impétueux de capturer dans la pierre sa beauté terrestre.
Au fil des jours, le sculpteur arrogant et tourmenté, que rien ne doit détourner de son oeuvre, se laisse pourtant approcher : par ses compagnons les carriers, par la folie douce de Cavallino, mais aussi par Michele, un enfant de 6 ans dont la mère vient de mourir. La naïveté et l'affection du petit garçon feront resurgir les souvenirs les plus enfouis de Michelangelo.
Parce qu'enfin il s'abandonne à ses émotions, son séjour à Carrare, au coeur d'une nature exubérante, va marquer une transformation profonde dans son oeuvre. Il retrouvera désormais ceux qu'il a aimés dans la matière vive du marbre.
Éditeur : Le Livre de poche Date de parution : février 2023 Couverture : brochée Format : 11 cm x 18 cm Pagination : 192 pages ISBN : 978-2-2532-4324-3
Livre numérique
Éditeur : Sabine Wespieser Format : 7switch : ePub –– Amazon : Kindle –– Decitre : ePub ou PDF –– ePagine : ePub –– Fnac : ePub –– Numilog : ePub ou PDF
Mêlant récit romanesque et enquête historique, l'auteur raconte l'histoire d'un tableau célèbre. Il était impensable de sculpter ce bloc, ce monstre de pierre haut de cinq mètres, refusé par tous les sculpteurs approchés, quand Michel-Ange en 1501, à 26 ans, se lance avec passion dans ce chantier fou, rugueux et violent. Il raconte ici à son assistant Ascanio Condivi la naissance tumultueuse d'une oeuvre hors norme, célébrée par ses contemporains comme "le Géant". Parce qu'ils y voient une allégorie de la République de Florence alliant le courage et l'intelligence face à la force aveugle de ses ennemis. "Goliath ne m'intéresse pas, David non plus ! Tout a déjà été dit. C'est le courage de David, ses doutes, sa peur et sa tension qui me touchent et me questionnent. Je vais le représenter avant ! Avant le combat. On comprendra, à sa façon de regarder et de bander ses muscles, que le Philistin est sa cible.Je veux que le mouvement soit perceptible. Rien de pire qu'une figure inanimée. Sans mouvement, elle est deux fois morte. Mon David sera beau par son corps et son âme pure. Je veux le sculpter à l'instant où il s'apprête à s'élancer vers Goliath, quand tout le monde s'enfuit."
Caractéristiques techniques
Livre papier
Éditeur : Ateliers Henry Dougier Collection : Le roman d'un chef-d'oeuvre Date de parution : janvier 2022 Couverture : brochée Format : 13,6 cm x 19,6 cm Pagination : 124 pages ISBN : 979-1-0312-0270-9
Marqué depuis sa plus tendre enfance par une rencontre avec Michel-Ange, Aurelio, un jeune paysan d'une rare beauté, se rend à Rome pour se mettre au service du plus grand artiste de son temps.
À 33 ans, Michel-Ange s'estime davantage sculpteur que peintre ; pourtant, Jules II, le "Papa terribile" de la Renaissance, s'obstine à lui confier la décoration de la voûte de la chapelle Sixtine. Juché sur un échafaudage à 18 mètres du sol, sa barbe tournée vers le ciel et la peinture dégoulinant sur son visage, Michel-Ange réussit le tour de force de réaliser ces fresques qui feront sa gloire. Une prouesse qu'il doit essentiellement à l'indéfectible soutien d'Aurelio, sa muse, mais également à la réalisation en parallèle d'une mystérieuse commande qui pourrait bien lui coûter la vie : une sculpture de l'un des personnages les plus sulfureux de la cité éternelle.
Sans jamais s'éloigner de la vérité historique, Léon Morell retrace la période romaine de Michel-Ange, quatre années durant lesquelles, entre jalousies et luttes de pouvoir, il aura su créer l'un des plus grands chefs-d'oeuvre de la peinture de la Renaissance italienne. Un roman haletant, à mi-chemin entre la biographie et le thriller, décrivant sans compromis l'ambiguïté d’une Rome entre grandeur et décadence.
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En résumé
Au printemps 1508, un jeune homme d'une grande beauté, dénommé Aurelio, décide de quitter sa famille installée à la campagne pour gagner Rome. Son rêve : travailler pour le grand Michel-Ange et devenir sculpteur. Artiste renommé, Michel-Ange vient justement d'être choisi par le pape Jules II pour décorer la voûte de la chapelle Sixtine à Rome. La rencontre d'Aurelio et sa présence aux côtés de Michel-Ange seront déterminantes dans la réussite de cette oeuvre magistrale...
Un roman à la gloire de Michel-Ange
Les sources historiques utilisées pour écrire ce roman ne sont pas indiquées, mais différents détails permettent de supposer que l'auteur s'est fortement appuyé sur les biographies élogieuses de Giorgio Vasari et d'Ascanio Condivi, écrites du vivant de l'artiste et à l'origine du mythe Michel-Ange. Un mythe soigneusement entretenu au cours des siècles suivants, notamment par ses descendants, dont l'un d'eux n'hésita pas à modifier les sonnets écrits par Michel-Ange pour faire taire les rumeurs homosexuelles à son sujet.
"Fuyez l'amour, amants, fuyez ses flammes vives ; sauvage est son brasier, mortelle sa brûlure : dès son premier assaut, il n'est plus rien qui vaille, ni force, ni raison ni changement de lieu. Fuyez, n'avez-vous pas la victime exemplaire d'un bras cruel et d'une flèche pénétrante : lisez en moi quel pourrait être votre mal, combien le jeu sera féroce et sans pitié. Fuyez, ne tardez pas, dès le premier regard : je pensais m'entendre en tout temps avec l'amour, mais je sens, mais vous pouvez voir, comme je brûle."
Michel-Ange Buonarrotti, Poèmes, Sonnet inachevé
Ainsi basé sur le mythe Michel-Ange, ce roman met donc en exergue un artiste génial mais torturé, incompris, solitaire, jalousé et harcelé par sa famille. Or, depuis le XIXe siècle, les recherches permettent de brosser un portrait plus nuancé de l'homme. Voici quelques exemples :
D'après le roman, ce serait Bramante qui aurait suggéré au pape Jules II de confier en 1508 la décoration de la voûte de la chapelle Sixtine à Michel-Ange, à seule fin de le voir échouer et de précipiter sa disgrâce auprès du souverain pontife. Mais une autre version indique que c'est le pape Jules II qui est à l'origine de ce choix et que Bramante aurait émis, à juste titre, des réserves quant à l'opportunité de confier une tâche aussi complexe à un artiste qui n'avait aucune expérience de la peinture à fresque. Même si Jules II n'était pas d'un caractère commode et que Michel-Ange se considérait avant tout comme un sculpteur, n'ayant que très peu d'expérience en peinture à fresque, ce dernier accepta la commande avant tout pour des raisons lucratives, la somme proposée était exceptionnelle pour l'époque, et il recruta des artistes chevronnés pour l'aider dans cette tâche… il ne créa donc pas tout seul cette oeuvre !
Le roman suggère également que Michel-Ange, en modifiant la commande de la voûte, a pris d'énormes risques, alors qu'il a en fait établi ce programme en concertation avec les théologiens de la cour papale, soucieux de mixer la tradition païenne et la culture catholique.
Enfin, contrairement à la légende, l'oeuvre en cours d'élaboration était visible de tous, accueillant artistes, collectionneurs, amateurs d'art, mais aussi personnalités en vue de la cité... nous sommes bien loin de la vision de l'artiste esseulé sur son échafaudage !
Cependant, pour que l'histoire reste cohérente, l'auteur devait prendre un parti et la restitution romanesque de ce moment-clé de la vie de Michel-Ange se révèle passionnante, d'autant que l'auteur mêle parfaitement bien une certaine réalité à la fois historique et artistique et la fiction, à travers le personnage d'Aurelio. En outre, le récit, au style très fluide, alternant scènes descriptives et dialogues, se lit avec bonheur et facilité, et nous permet d'apprendre énormément de choses sans même s'en rendre compte.
Reste que l'absence d'indications concernant les sources utilisées est pour moi problématique. Une fois ma lecture achevée (que j'aurais aimé ne jamais terminer !), je me suis précipitée sur des biographies de Michel-Ange pour en savoir davantage sur sa vie et pour confronter les informations de l'auteur et celles d'historiens. Tout cela pour obtenir une vision plus nuancée et plus vraie de Michel-Ange.
Une commande étonnante
Ce roman nous présente l'oeuvre de Michel-Ange d'une manière très accessible et très claire, nous permettant de bien la situer dans l'histoire artistique, de comprendre les enjeux qui se cachent derrière elle et en quoi elle est révolutionnaire.
La chapelle Sixtine, réplique du temple de Salomon et dont la forme s'inspire de l'architecture militaire, a été construite sous le pontificat de Sixte IV, l'oncle de Jules II. Décorée par les meilleurs artistes florentins de l'époque – Le Pérugin, Botticelli, Ghirlandaio, etc. –, la chapelle est, trente ans plus tard, défigurée par des fissures. Il est grand temps de restaurer sa voûte.
En mai 1508, Michel-Ange s'engage à réaliser des fresques représentant les douze apôtres dans les pendentifs et des motifs ornementaux dans les parties restantes. Excepté dans l'atelier de Ghirlandaio, vingt ans plus tôt et seulement de manière marginale, Michel-Ange n'a encore aucune expérience de la peinture à fresque ! Il aurait pu se contenter d'un ciel étoilé, mais il n'hésite pas à se lancer dans la réalisation d'une fresque immense peuplée d'une multitude de figures.
Ainsi, quatre ans plus tard, en 1512, les Romains découvrent une oeuvre révolutionnaire ! Renonçant à la perspective unique, Michel-Ange réalise une oeuvre dans laquelle chaque surface a sa propre perspective centrale : c'est une perspective polycentrique qui ne permet pas au spectateur de saisir depuis un seul point toute la fresque. En divisant la voûte avec des corniches de marbre, il a créé un espace artificiel dans lequel prennent place des scènes de la Genèse, ainsi que les Prophètes et les Sibylles dans les écoinçons et les ancêtres du Christ dans les lunettes. Sans oublier les ignudi, des hommes nus rappelant les génies, assis sur les ressauts des corniches. Un récit donc entièrement centré sur la figure humaine, avec de nombreux nus masculins.
L'absence de planches de visuels des oeuvres de Michel-Ange
Le visuel de couverture, qui s'imposait avec évidence, est magnifique, mais il aurait été intéressant de reproduire dans l'ouvrage des planches en couleurs de la chapelle Sixtine et de ses voûtes, même si cette pratique est plus courante dans les biographies. Car ce roman si visuel dans ses descriptions est d'une telle précision que le lecteur ressent le besoin d'aller vérifier les détails fournis par l'auteur mais est un peu déçu en s'apercevant qu'il n'y a pas une seule reproduction du chef-d'oeuvre de Michel-Ange dans le roman.
La description précise du déroulement du chantier
L'élaboration de cette oeuvre inédite est retranscrite de manière minutieuse, sur la base d'une documentation fouillée. De prime abord, la technique de la peinture à fresque n'a rien de très glamour, mais elle se révèle passionnante sous la plume de l'auteur : il parvient à nous y intéresser non pas en nous bombardant d'informations théoriques mais en nous décrivant les faits et gestes des différents artistes de la bottega de Michel-Ange au jour le jour. On découvre ainsi à travers ces personnages les différentes étapes de la peinture à fresque, le quotidien du métier de fresquiste, le déroulement d'un chantier, le fonctionnement d'une bottega et toutes les émotions qui accompagnent une telle aventure : joie, déconvenues, souffrance, etc. Il s'agit véritablement d'un travail d'équipe, qui nécessite une parfaite coordination.
En effet, la décoration de la voûte de la chapelle Sixtine est une entreprise pleine de difficultés : la surface à peindre est immense et très en hauteur, sa forme courbe crée des déformations et impose de peindre la tête tournée vers le haut, l'échafaudage doit permettre aux célébrations d'avoir lieu même pendant les travaux, etc.
Le problème de l'échafaudage est rapidement résolu par Piero Rosselli avec l'installation de sorgozzoni, des tenons en bois fixés dans les murs et qui supportent les passerelles de l'échafaudage. Cette technique, alors courante à Florence, permet de laisser le sol dégagé pour la célébration des cérémonies prévues pendant la rénovation et d'éviter de laisser des trous d'accrochage dans la voûte.
Une fois l'échafaudage mis en place, Michel-Ange inspecte le plafond et doit se résoudre à ôter la fresque existante et poser un nouvel arriccio (couche de plâtre appliquée sur la maçonnerie). En effet, initialement, l'artiste pensait préparer le plafond en martellinatura : la fresque préexistante est percée d'une multitude de trous à l'aide d'un picot, de telle sorte qu'on peut appliquer l'intonaco pour la nouvelle fresque directement sur l'ancien arriccio. Mais, dans le cas présent, la fresque s'est presque détachée de la maçonnerie. Cette tâche, confiée à Aurelio, se révèle assez fastidieuse au point que le jeune homme se démet la clavicule au bout de quelques jours de labeur (merci aux compresses à la ricotta !). En outre, aux heures les plus chaudes de la journée, l'échafaudage devient une fournaise et se transforme vite aussi en bain de vapeur tant il faut d'eau pour mélanger l'arriccio.
Pendant que l'arriccio sèche, Michel-Ange prépare ses dessins à l'échelle réelle sur un carton tandis que son équipe se charge de préparer l'intonaco, l'enduit qui va recouvrir l'arriccio. L'application de l'intonaco demande aussi de la précision : on le pose en strates plus minces que l'arriccio pour éviter que des fissures se forment lors du séchage, et il faut qu'il soit plus régulier que l'arriccio sinon l'intonaco ne prend pas les couleurs de façon uniforme.
Une fois l'intonaco appliqué, il faut appliquer les pigments dissous dans l'eau avant que l'enduit ne durcisse, c'est-à-dire dans un délai de 24 à 48 heures après son étalement. Le carton est alors fixé sur le support par des aiguilles et on reporte les lignes du dessin sur l'enduit. Pour cela, il existe deux techniques de transfert :
La plus simple et la plus rapide consiste à dessiner les lignes avec un crayon fin, de telle sorte que des rainures fines restent visibles dans l'enduit encore humide.
La méthode la plus exacte, mais aussi la plus compliquée, consiste à perforer le carton le long des lignes de centaines de petits trous d'aiguille, puis de le "poudrer" avec des petits sacs remplis de poussière de charbon, afin que les lignes soient reportées sur l'intonaco.
Comme Michel-Ange n'a pas l'habitude de peindre des fresques, il préfère éviter tout risque dans un premier temps. Par la suite, il réalisera de nombreuses parties sans le secours du carton !
Quand la giornata (surface prévue pour la journée) est enduite, on efface ensuite avec des draps humides les traces de l'enduit et on frotte l'intonaco pour le rendre un peu rugueux.
Tout ce travail est réalisé dans des conditions assez compliquées : échafaudage en hauteur, alternance de la chaleur en plein été et du froid en hiver, peu de lumière naturelle, position inconfortable des corps, à la fois tordus et penchés en arrière... Et un travail qui ne tolère pas l'approximation...
Une tâche méticuleuse et exigeante
Bien qu'entouré de fresquistes renommés, Michel-Ange découvre un jour des moisissures sur la quasi-totalité de la fresque en cours de réalisation. Comme l'arriccio est sec, le responsable est l'intonaco qui est trop humide. Fureur de l'artiste qui voit son travail détruit par un manque d'expérience des matériaux romains. En effet, Piero Rosselli, le maître maçon florentin, a l'habitude d'utiliser de la chaux de marbre et du sable de l'Arno, et non de la chaux de travertin et de la pouzzolane. Or, ces matériaux réagissent différemment. Giuliano da Sangallo finit par trouver le bon mélange entre les différents matériaux. L'enduit est entièrement détruit et repeint par Michel-Ange : voilà deux mois de travail détruit...
Du fait de son inexpérience et des conséquences dramatiques qu'il a dû affronter au début de son travail, on ne peut qu'être stupéfait de la maîtrise technique et formelle que manifeste Michel-Ange, car il ne fera pas d'autres erreurs par la suite. Erreurs qui auraient pu être les suivantes :
Du fait des variations d'humidité et de température et d'un travail qui s'étale sur plusieurs années, il est difficile d'obtenir chaque jour la même qualité de mélange et la même qualité d'enduit sur le mur. Le risque est que la différence des "journées" se traduise par des inégalités dans l'étalement et la prise du mortier.
Les coloris : la couleur se prépare en mélangeant à l'eau un pigment très fin. Mais il suffit de petits changements dans la finesse et la quantité de pigment ou dans son rapport avec l'eau pour que la couleur finale soit différente. Or les coloris doivent être homogènes, au moins dans les parties adjacentes. Mais l'effet final ne peut être contrôlé que lorsque l'enduit est entièrement sec alors qu'il n'est pas possible d'intervenir sur la peinture une fois l'enduit sec.
Ainsi, à travers ce roman, on découvre toute l'histoire de la fresque de la voûte de la chapelle Sixtine, depuis la conception de son programme iconographique jusqu'à son inauguration spectaculaire, en passant par sa réalisation technique et les difficultés qui se sont présentées au cours du chantier.
Michel-Ange, un être torturé mais un génie !
Même si, comme je l'ai expliqué au début de ma critique, le portrait dressé de Michel-Ange est très flatteur et trop conforme au mythe de l'artiste maudit et seul face à l'adversité du monde, il n'en ressort pas moins que Michel-Ange était une personnalité complexe, un être tourmenté, méfiant, colérique, perfectionniste, exigeant avec lui-même comme avec les autres, à la recherche perpétuelle de la perfection, qui ne souffrait pas la médiocrité.
Ainsi, un jour, alors qu'Aurelio pénètre dans la chambre de Michel-Ange, une pièce dans laquelle personne n'a le droit d'entrer, il découvre des centaines de dessins recouvrant le sol : ce ne sont pas des esquisses destinées à la voûte de la chapelle Sixtine mais des monstres, des démons… ces démons qui le poursuivent nuit et jour, mais on ne saura rien. En effet, ce roman se concentre sur la portion de vie durant laquelle Michel-Ange a réalisé la décoration de la voûte de la chapelle Sixtine, mais il n'aborde pas du tout le reste de sa vie, rien sur sa jeunesse, son adolescence ou bien sa vieillesse. D'où viennent ces démons ? Qui sont-ils ? Pourquoi se considère-t-il comme un pécheur et ne trouve-t-il l'apaisement et le pardon que dans la création ? Ce roman n'apporte certes pas de réponses, mais il permet de mieux cerner la riche personnalité de Michel-Ange.
"– Je parle en tant qu'homme, expliqua Michel-Ange, et non en tant qu'artiste. Je croyais être un homme meilleur. Alors que je ne suis qu'un pauvre pécheur tourmenté par de mauvaises pensées, gonflé de vanité. Une créature pitoyable – il se redressa comme pour se débarrasser d'un fardeau ; au fond de ses yeux brillait à nouveau une étincelle combative. En tant qu'artiste, je n'ai de comptes à rendre qu'à Dieu !"
"– Regarde-moi, répondit Michel-Ange en écartant les bras comme un coupable. Que veux-tu que je fasse d'une chemise neuve ? Je suis laid, Aurelio. Même avant que Torrigiani m'écrase le nez, je n'étais pas beau, mais depuis c'est encore pire. Il baissa les yeux. Ma laideur n'est pas digne d'une belle chemise."
Avec une telle personnalité, Michel-Ange n'est pas une personne facile à vivre au quotidien, surtout pour les artistes de sa bottega qui finissent tous par quitter le chantier. Ne reste qu'Aurelio et un jeune aide. Car, au fur et à mesure que Michel-Ange se familiarise avec la technique de la peinture à fresque et prend donc confiance en lui, il délègue de moins en moins de tâches à ses collègues qui se sentent alors frustrés, d'où leur départ. Il faut dire que tous sont des fresquistes renommés et ils supportent mal le fait que Michel-Ange s'attribue tout le travail. Par exemple, il n'a laissé à Tedesco que la peinture d'une flaque d'eau, d'un peu de ciel et de deux branches d'arbre de la scène du Déluge !
Des histoires de famille...
Ses biographes ont mis en lumière les relations compliquées que Michel-Ange entretenait avec sa famille, source perpétuelle de contrariétés. Dans ce roman, son père et ses frères lui demandent sans cesse de l'argent alors que pendant des années ils estimaient qu'il faisait un travail déshonorant et qu'il souillait le nom de la famille.
La réalité est cependant quelque peu différente. En effet, Michel-Ange était tellement avare qu'il se privait même du strict minimum (nourriture, logement, vêtements), refusant le moindre confort. La description donnée de sa bottega est un bon exemple : c'est une maison misérable avec un étage dont le crépi s'effrite. Au rez-de-chaussée, il y a une pièce sans fenêtre, avec une table faite de planches posées sur des tréteaux entourées de quatre chaises branlantes, et son atelier au sol recouvert de poussière blanche. Sa chambre, à l'étage, ne comporte que le strict minimum.
Certes, sa famille vivait grâce à l'argent de Michel-Ange, mais il ne semble pas qu'elle ait été une si grande source d'ennuis comme le suggère le roman, même s'il est certain que des tensions ont existé, notamment avec son frère Giovan Simone.
Bramante et Raphaël, ses rivaux
C'est en confrontant Michel-Ange à ses deux principaux rivaux d'alors – Bramante et Raphaël – que l'auteur parvient à cerner encore davantage, par contraste, la personnalité de Michel-Ange. En effet, aucun des deux ne trouve grâce aux yeux de Michel-Ange, même si c'est pour des raisons différentes. Pire encore, ils les considèrent comme des "envieux, des concurrents, des intrigants". Dans le roman, Michel-Ange surnomme même Bramante "le lèche-bottes aux yeux globuleux" !
Quant à Raphaël, la comparaison avec Michel-Ange est vraiment intéressante, car ces deux artistes sont vraiment aux antipodes l'un de l'autre : autant Raphaël est sociable et lumineux, autant Michel-Ange est sauvage et ombrageux. Raphaël fait montre d'une grâce courtisane et d'une peinture gracieuse et parfaite tandis que Michel-Ange est peu avenant et son art tourmenté. Voici comment Michel-Ange décrit Raphaël :
"Il y avait d'autres raisons à l'aversion prononcée que le maître d'Aurelio nourrissait contre l'artiste plus jeune que lui de huit ans : son attitude souple, sa politesse flatteuse, sa popularité, ses manières affables, sa beauté fragile aussi bien que son « regard de chien fidèle qui fait fondre le coeur de toutes les femmes », selon Michel-Ange. Mais le talent artistique de Raphaël était indéniable. Certes, Michel-Ange trouvait que les madones de Raphaël étaient bien trop « sucrées », mais sa composition témoignait de la plus grande maîtrise. Tout comme Michel-Ange, Raphaël avait vite dépassé son maître et, à vingt-cinq ans, il était parvenu au sommet de son art. Derrière les murs du Vatican régnait une guerre entre les artistes, dans laquelle aucun des combattants ne connaissait les armes de son concurrent."
"Comme toujours, entouré d'un cercle d'admirateurs et de jeunes femmes aux coiffures extravagantes qui espéraient qu'un peu de sa gloire les éclabousserait. Comme ce visage dégoûtait Michel-Ange, les traits fins, le nez long et droit, les cheveux sombres, lisses et brillants, qui reposaient sur ses épaules. Un tableau de maître. Comment pouvait-on être si obnubilé par l'idée d'être aimé et adulé de tous ?"
Certes, à l'époque, la concurrence entre artistes est rude, ils n'hésitent pas à s'observer les uns les autres, à se dénigrer mutuellement, à craindre pour leur popularité, mais l'on sent tout de même chez Michel-Ange une certaine tendance à la paranoïa, puisqu'aussi bien Bramante que Raphaël ont reconnu le talent de Michel-Ange après qu'il eut réalisé la décoration de la voûte Sixtine. Michel-Ange semble toujours être sur ses gardes, il s'attend toujours à un piège ou à un coup bas, mais le pape Jules II n'est peut-être pas tout à fait étranger à cette prudence exacerbé...
Un portrait sans concession du pape Jules II
"Toute son attitude démontrait qu'on avait à se soumettre à lui. Le pontife n'avait de comptes à rendre à personne, en dehors du Seigneur Dieu tout-puissant. Et encore, ce n'était pas si sûr. Son visage était anguleux et sa bouche aux lèvres fines était surplombée par un nez fort. Mais, le plus remarquable, c'était son regard clair et perçant, sous des sourcils broussailleux."
Présenté comme un homme irascible, autoritaire, énergique et mal disposé envers Michel-Ange, Jules II est également connu pour avoir été un pape combatif, un pape-soldat, qui a voulu faire de l'État pontifical une grande puissance. Pour cela, il n'hésite pas à utiliser les armes spirituelles contre ses ennemis et à participer personnellement aux campagnes militaires, ce que ce roman met bien en valeur. Préoccupé de l'équilibre des puissances en Italie, cet ambitieux chef d'État, plus séculier que religieux, rétablit son autorité sur les États de l'Église, élimine tour à tour César Borgia, les Vénitiens puis les Français de la Romagne et du Milanais, accroissant simultanément le territoire des États pontificaux.
S'il est certain que le pape n'a pas pour habitude qu'on lui résiste, il n'en demeure pas moins qu'il a énormément de considération et d'admiration pour Michel-Ange, sinon il ne lui aurait jamais confié la réalisation de son mausolée et la décoration de la voûte de la chapelle Sixtine. Mais Michel-Ange, avec son caractère intransigeant et avaricieux, n'est pas une personnalité facile à gérer et il y a parfois de quoi perdre sa patience, surtout lorsqu'on s'appelle Jules II ! Quand deux personnalités fortes se rencontrent, cela crée des étincelles !
La Rome du début du XVIe siècle comme si on y était !
Par le biais d'un narrateur omniscient qui suit en permanence Aurelio, l'auteur dépeint une ville pleine de contrastes. Loin de rester cloîtré dans la chapelle Sixtine, Aurelio déambule dans la ville et fréquente aussi bien les sous-sols du palais papal que des quartiers moins bien fréquentés, puisqu'il fréquente une courtisane, Margherita, qui espère devenir une courtisane honorable, entretenue par un ou plusieurs admirateurs, mais qui finit "courtisane à la bougie" suite à une mésaventure, donc dépendante d'un proxénète. Eh oui, la Rome catholique du XVIe siècle, qui conjugue luxe, beauté et richesse, possède un second visage, bien moins glorieux.
"Rome correspondait bien à ce qu'Aurelio s'était imaginé. La Ville éternelle était aussi gigantesque que majestueuse. Elle brillait comme une promesse. Ses murs résonnaient de l'écho du pas noble des chevaux caracolant dans les rues. Aurelio s'émerveillait des manches de velours bordées d'hermine, des carrosses fermés aux ferrures dorées, des maisons à l'allure de forteresses, des portes et des églises imposantes. Rome était tout cela, mais aussi son contraire. Tout ce qui était beau dans cette ville se voyait associer la laideur, comme une preuve de son évidente ambiguïté. Comme pour rendre la beauté encore plus belle et la laideur encore plus laide. Le patricien était suivi d'une demi-douzaine de mendiants en haillons. La façade de marbre côtoyait des ruines. Les ruelles étaient envahies de débris et d'excréments de toutes sortes. Tout ce qui ne servait plus était jeté par les fenêtres ou balayé dehors. Dans cette ville, c'était chacun pour soi."
À la richesse du quartier de la place Saint-Pierre s'oppose des quartiers miséreux, mal famés, sales, tel le Vélabre : "Le Vélabre avait été un marécage jusqu'à ce que Tarquin l'Ancien eût l'idée de faire creuser la cloaca maxima. Pendant des siècles, le Vélabre a ensuite été un quartier animé, apprécié des marchands ambulants, des devins et des danseurs. Mais le V est devenu un cloaque depuis car le système d'égout est sans cesse interrompu et les canaux sont bouchés au point qu'on a été obligés d'installer des planches pour cheminer au-dessus des eux usées stagnantes sans compter les mauvaises odeurs."
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En conclusion
Points forts :
Un roman très documenté et qui mêle brillamment réalité artistique et fiction.
Un contexte historique bien campé en arrière-plan, qui ne vient jamais troubler le récit mais le complète utilement.
Une approche romanesque, à la fois pleine de vie et accessible à tous, pour découvrir et comprendre ce chef-d'oeuvre de la Renaissance.
Des personnages historiques très bien incarnés, dotés d'une forte présence aussi bien physique que psychologique : Michel-Ange, Bramante, Raphaël, Jules II.
Une présentation très instructive et passionnante du milieu artistique de la Renaissance à Rome : méthodes de travail, vie quotidienne, cadre de vie, rivalités, etc.
Points faibles :
Pas de mention des sources historiques utilisées ni de bibliographie.
Une vision partiale et subjective de cet épisode de la vie de Michel-Ange et du personnage lui-même.
Absence de reproductions de la voûte de la chapelle Sixtine.
Caractéristiques techniques
Livre papier
Éditeur : Pocket Date de parution : novembre 2015 Couverture : brochée Format : 10,8 cm x 17,7 cm Pagination : 624 pages ISBN : 978-2-2662-5391-8
Milan, 1508. Vittore, le prévôt, qui s'apprête à fêter ses 57 ans, a décidé de se marier. Le jour où il prend cette sage et tardive décision, une tête est retrouvée dans le baptistère de Saint-Ambroise. Elle repose sur un plat d'argent, sur lequel sont grossièrement gravés ces trois mots : Venit Sol Iustitiae – Le soleil de justice a brillé.
Rien dans ce meurtre n'est ordinaire. Ni l'attitude de l'évêque de Milan, qui semble redouter le pire des cataclysmes, ni l'arrivée subite du célèbre Michelangelo, venu de Rome où il peignait une fresque dans la chapelle de Sixte.
Chargé d'enquêter sur cette affaire, Vittore, réputé pour sa brillante intelligence, est bien en peine d'en démêler les fils. D'autant qu'il n'est pas insensible aux charmes de la ravissante veuve de la victime.
Caractéristiques techniques
Livre papier
Éditeur : Le Livre de poche Date de parution : juin 2015 Couverture : brochée Format : 11 cm x 18 cm Pagination : 480 pages ISBN : 978-2-2531-7598-8
Rome, mai 1510. Depuis deux ans, Michel-Ange peint les fresques du plafond de la chapelle Sixtine. Dans le même temps, Raphaël décore les appartements pontificaux au Vatican tandis que l'architecte Bramante rebâtit la basilique Saint-Pierre. Jalousies et rivalités opposent ces créateurs de génie qui travaillent sous la férule du "pape soldat", Jules II : autoritaire, irascible et belliqueux, celui-ci n'en est pas moins l'amateur d’art éclairé qui a su choisir les plus grands artistes de son temps pour décorer le Vatican. Le jeune Livio, son secrétaire particulier, devient l'enjeu d’un conflit passionnel entre ces hommes. Ami de Michel-Ange, Livio vient presque chaque soir lui lire un manuscrit latin qu'il a découvert dans les ruines du temple de la Sibylle à Tivoli. Dans ce texte, un certain Sphaerus raconte la mission que lui a confiée l'empereur Auguste – retrouver un oracle perdu des Livres sibyllins –, mission qui le conduit à rendre visite aux plus célèbres Sibylles du monde antique, d'abord en Italie et en Grèce, ensuite en Libye, en Syrie et en Turquie.
L'oracle en question a réellement existé, même si l'on ne peut plus aujourd'hui, comme on l'a fait pendant des siècles, en attribuer l'origine aux Sibylles. On le découvrira au fil de la lecture du roman, comme Michel-Ange le découvre en écoutant le récit de Livio. Et l’on comprendra alors ce qui a incité l'artiste à figurer ces prophétesses de l'Antiquité païenne sur la voûte et les murs de la chapelle pontificale.
En débarquant à Constantinople le 13 mai 1506, Michel-Ange sait qu'il brave la colère de Jules II, pape guerrier et mauvais payeur : il a en effet laissé en chantier l'édification de son tombeau, à Rome. Mais comment ne pas répondre à l'invitation du sultan Bajazet qui lui propose – après avoir refusé les plans de Léonard de Vinci – de concevoir un pont sur la Corne d'Or ?
Troublant comme la rencontre de l'homme de la Renaissance avec les beautés du monde ottoman, précis et ouvragé comme une pièce d'orfèvrerie, ce portrait de l'artiste au travail est aussi une fascinante réflexion sur l'acte de créer et sur le symbole d'un geste inachevé vers l'autre rive de l'a civilisation. Car à travers la chronique de ces quelques semaines oubliées de l'Histoire, Mathias Énard esquisse une géographie politique dont les hésitations sont toujours aussi sensibles cinq siècles plus tard.
Prix Goncourt des Lycéens 2010.
Mon avis : Très Bien
Un titre bien étrange, intrigant !
Il est extrait du livre Au hasard de la vie de Rudyard Kipling : "Puisque ce sont des enfants, parle-leur de batailles et de rois, de chevaux, de diables, d'éléphants et d'anges, mais n'omets pas de leur parler d'amour et de choses semblables." Comment interpréter ce titre ? S'agit-il des "batailles" menées par Michel-Ange, des rois omnipotents contre lesquels il tente de s'affirmer, de l'éléphant qu'il dessine ? Moi qui cherche toujours une explication à tout, je dois bien avouer que ce titre reste mystérieux. Un beau titre donc, un titre empreint de poésie, certes un peu abstrait, mais qui suggère que l'auteur va nous raconter une merveilleuse histoire aux accents orientalistes, un peu comme dans Les Contes des mille et une nuits.
Un épisode méconnu de la vie de Michel-Ange...
En mai 1506, Michelangelo Buonarroti, ou Michel-Ange, accepte la proposition du sultan Bajazet : en l'échange d'une immense fortune, il est chargé de dessiner les plans d'un pont qui doit relier les deux rives du Bosphore, sur la Corne d'Or. Léonard de Vinci s'est cassé les dents sur ce même projet, et prendre la suite de son rival n'est pas pour déplaire à Michel-Ange. Mais d'autres raisons le poussent à quitter Rome et l'Italie : l'ambiance qui règne entre les artistes à Rome est épouvantable, pleine de jalousies, de manigances et de complots, un vrai panier de crabes ! Quant au pape Jules II, Michel-Ange ne le supporte plus et a bien envie de lui rabattre le caquet : en ne respectant pas ses engagements financiers, ce pape empêche Michel-Ange de poursuivre l'édification de son tombeau à Rome. Son orgueil en prend un coup. Bref, il en a ras le bol ! Et puis, la somme promise par le sultan achève de convaincre un Michel-Ange sans le sou... Voilà pour les faits. Car la suite appartient à la fiction...
Le soin pris par l'auteur de bien distinguer réalité historique et fiction
En effet, en fin d'ouvrage, Mathias Enard nous explique qu'il s'est basé sur une ligne écrite dans une biographie de Michel-Ange et qui faisait allusion à l'invitation du sultan Bajazet. Ce roman s'inscrit certes dans un cadre historique, comme l'attestent une biographie de Michel-Ange et quelques archives, mais c'est à partir de cette simple mention que l'auteur a construit ce récit, en laissant son imagination le guider pour combler ce trou d'un mois environ entre le départ de l'artiste et son retour en Italie. Chose assez rare et très appréciable donc : Mathias Enard nous donne ainsi les clés pour nous aider à distinguer la fiction des bribes de réalité historique autour desquelles il a construit son roman.
Une construction du récit originale et bien maîtrisée
Basée sur une multitude de petits chapitres, la narration est menée par trois personnes :
– Le narrateur, qui décrit, à la 3e personne du singulier, la vie de Michel-Ange dans la capitale ottomane de manière objective, sans porter de jugement. On le suit dans ses atermoiements, ses mouvements d''humeur, ses séductions à peine avouées et l'ébauche de son grand œuvre qu'il veut incomparable.
– Un inconnu qui s'adresse à Michel-Ange par une série d'apostrophes, dans un tutoiement intime et sensuel, qui souligne toute la saveur et la chaleur d'un amour nocturne. De l'identification de cet inconnu dépend la chute du roman, assez inattendue...
– Michel-Ange lui-même qui écrit tantôt à son frère Buonarrato, tantôt à Sangallo, architecte du pape à qui il fait croire qu'il est à Florence, comme il le fait croire à tous les personnages influents d'Italie. En effet, le pieux Michel-Ange craint les foudres du pape guerrier Jules II s'il apprend sa présence parmi les "impies" musulmans.
Une construction pour le moins originale et qui peut être déroutante, mais, heureusement, Mathias Enard fait preuve d'une rigueur qui évite au lecteur de se perdre. Un petit bémol toutefois : comme le roman débute justement par la voix du personnage inconnu, cela est particulièrement déstabilisant et j'ai bien failli lâcher le livre dès le début, car je déteste commencer la lecture d'un roman en ne sachant pas qui parle, à qui et de quoi. Mais lorsque je me suis aperçue que cette "voix" n'était pas atteinte de logorrhée, j'ai poursuivi ma lecture et je suis entrée assez vite dans le récit, aidée en cela par le style de l'auteur et par ces courts chapitres qui scandent bien le récit.
Une histoire passionnante
Michel-Ange rejoint donc Constantinople et découvre un pays fascinant, mais il ressent tout de même le mal du pays, loin de ses proches et de sa patrie. Il se sent aussi seul, et parfois perdu, en dépit de la correspondance qu'il entretient avec ses frères. Il y a pourtant Mesihi, secrétaire du grand vizir Ali Pacha, célèbre poète, qui remplit son rôle d'hôte prévenant, faisant découvrir au florentin les charmes de sa cité : la basilique Sainte-Sophie, les marchés et les bazars en plein air, où s'entassent animaux, marchandises...
Puisque que le manque d'inspiration empêche Michel-Ange de réaliser les plans de ce fameux pont qui devrait être son chef-d'oeuvre, l'artiste déserte l'atelier et va se perdre dans la ville en compagnie du poète Mesihi qui l'entraîne dans les différents quartiers de cette métropole cosmopolite, dans les tavernes, où danseurs, poètes et musiciens unissent leurs talents pour hypnotiser les spectateurs plongés dans les vapeurs de l'alcool et de l'opium...
C'est d'ailleurs au cours de l'une de ces nuits que Michel-Ange tombe sous le charme d'une danseuse andalouse à la chorégraphie obsédante. Cette immersion dans la ville et cette fascinante danseuse inaccessible libèrent sa puissance créatrice et visionnaire nécessaire à l'élaboration du pont. Préoccupé par la création de son oeuvre, Michel-Ange ne s'aperçoit pas que Mesihi, amoureux transi qui tait les sentiments qu'il ressent pour lui, le protège contre les complots qui se fomentent à la cour et dont il est également la cible. Si une certaine légèreté caractérise le début de ce roman, elle se teinte progressivement de noirceur, jusqu'au dénouement final, inattendu, que je me garderai bien de dévoiler !
Une thématique forte : l'amour inassouvi
J'aimerais m'arrêter un moment sur une des thématiques de roman, celle de l'amour, l'amour que Mesihi voue à Michel-Ange, un amour inavoué, inassouvi. Désorienté par ce nouveau monde, son effervescence, son caractère hynoptique et sensuel, obnubilé par l'amour qu'il croit nourrir pour la danseuse andalouse au charme magnétique, Michel-Ange reste insensible aux avances silencieuses du poète.
Ce n'est que de retour en Italie, loin du bouillonnement de Constantinople que Michel-Ange prendra conscience de cet amour et que le visage du poète, et plus globalement son voyage en Orient, influera son oeuvre : selon Mathias Enard, le visage d'Adam, constituant l'un des éléments de la fresque de la chapelle Sixtine, serait la reproduction du visage de l'être chéri, et ces deux doigts qui se frôlent sans se toucher, le symbole d'un amour réel, mais demeuré inassouvi. Telle une phrase qui reste en suspens et qui nous laisse contrariés, Mathias Enard parvient par son écriture à retranscrire les contrariétés et les frustrations ressenties par le poète, esquissant la naissance du désir et son inassouvissement.
Une écriture envoûtante
L'écriture de Mathias Enard fait ici merveille, habile mélange de sophistication et de simplicité, à l'image de l'Orient. De même, sous la plume envoûtante, poétique, musicale et pleine de finesse de l'auteur, les lieux, les situations, les personnages, l'éclat des couleurs, les fragrances multiples des parfums et des odeurs, les bruits, tous les éléments de ce roman se parent d'une luminosité exotique qui fait littéralement renaître la capitale. Tout comme Michel-Ange, nous sommes étourdis et aveuglés par tant de richesse, d'exubérance, de sensualité, de langueur orientale, de mystère. Et le trouble que ressent Michel-Ange face à ses découvertes est proche de celui qui gagne le lecteur. On assiste aux affres de la création de cet artiste, qui nous est rendu familier par l'esquisse de ses humeurs, de ses émotions, de ses doutes, de ses angoisses, de ses amitiés et de ses amours.
Ce style pourra rebuter certains lecteurs peu sensibles au charme oriental, à la lenteur, mais sous l'apparence de la simplicité se cache une écriture au contraire raffinée, précise, fruit d'une recherche constante de l'auteur à donner la forme d'un conte oriental à son récit, celui-ci agissant sur nous comme un sortilège tel un univers parfumé et enivrant qui chamboule nos sens.
Un petit regret, on aimerait que ce roman soit plus long !
Ce livre se lit d'une traite tant il est envoûtant et on peut regretter qu'il ne soit pas un peu plus long, mais ne serait-il pas alors devenu ennuyeux ? En tout cas, tous ces mystères et ces hypothèses m'ont donné envie de lire une biographie de Michel-Ange (elle est dans ma gigantesque PAL !). Des faits, je veux des faits historiques ! C'est mon esprit cartésien qui revient à la charge !
Caractéristiques techniques
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Éditeur : Babel Date de parution : février 2013 Couverture : brochée Format : 11 cm x 17,6 cm Pagination : 176 pages ISBN : 978-2-3300-1506-0
Un jeune peintre sicilien, Antonello, part à dos de mulet pour aller chercher jusqu'à Bruges un secret bien gardé, celui de la peinture à l'huile, découvert par Van Eyck. Un pari fou qu'il gagnera. Antonello de Messine rapportera en Italie la formule du nouveau solvant, après trois années de péripéties dramatiques, drôles et amoureuses.
De Florence à Rome, de Naples en Flandre, de Milan à la cour de François Ier, nous suivons le prodigieux théâtre ambulant des génies de la Renaissance. Ces acteurs qui se donnent la réplique avec passion, qui vivent leur art et leur foi jusqu'à en mourir, aiment et haïssent, se nomment Léonard de Vinci, Michel-Ange, Botticelli, Savonarole, les Médicis, Raphaël, Machiavel, Lucrèce et César Borgia...
Encore faut-il ajouter à cette distribution fabuleuse les papes, les princes, les condottieri qui accompagnent du fracas de leurs armes la plus magnifique éclosion de chefs-d'oeuvre de l'histoire. C'est le temps où Léonard, entre deux inventions de machines volantes, écoute parler Mona Lisa dont il peint le visage mystérieux. Ce panneau de peuplier qu'il apportera dix ans plus tard à Amboise dans ses bagages deviendra la mythique "Joconde".
Mon avis : Coup de coeur !
Un roman qui replace les oeuvres d'art dans le contexte historique et artistique de l'époque
Un conseil : si vous avez suivi des cours d'histoire de l'art ou si vous êtes passionnés par le Quattrocento et le Cinquecento, plongez dans ce fabuleux roman historique qui vous permettra de remettre les oeuvres d'art que vous connaissez dans leur contexte et de mieux appréhender le foisonnement artistique de ces périodes.
Pour ma part, grâce à ce roman, ces oeuvres ont enfin pris vie, loin de l'enseignement académique que j'ai suivi ("nom de l'oeuvre, nom de l'artiste, nature de l'oeuvre, dimensions, technique utilisée, lieu de conservation..."), ainsi que les artistes. En effet, on oublie bien souvent, toujours à cause de l'enseignement cloisonné et très intellectualisé dispensé à l'université, qu'ils étaient tous en relation les uns avec les autres. Pour ceux qui découvriraient la Renaissance italienne d'un point de vue artistique, vous ne serez pas déçus, mais, pour en profiter pleinement, n'hésitez pas à rechercher les oeuvres sur Internet, ça change tout !
Des personnages extraordinairement vivants
Alliant avec brio un bon rythme narratif et une richesse de détails et d'informations, ce roman débute avec Antonello de Messine, jeune apprenti au service d'un maître italien spécialiste des fresques à la détrempe. Mais Antonello est subjugué par les toiles du maître flamand Van Eyck qui a mis au point dans le plus grand secret un nouveau vernis qui donne à ses toiles un éclat, une lumière jusqu'ici inconnus. Il va alors partir à dos de mule pour Bruges afin d'y rencontrer Van Eyck, entrer à son service et rapporter en Italie le secret de fabrication de la peinture à l'huile du maître. Cette nouvelle technique va faire sa gloire et précipiter l'Italie vers la Renaissance avec des artistes comme Giovanni Bellini, Filippo Lippi, Léonard de Vinci, Michelangelo Buonarroti, Andrea del Verrocchio, Botticelli, Raphaël. Les dialogues passionnés de Léonard de Vinci face à son grand rival florentin Michel-Ange, de Botticelli ou bien de Raphaël résonnent de manière extraordinairement vivante, comme si tous ces génies se matérialisaient subitement pour nous faire découvrir quelques pans concrets de l'histoire à travers leurs paroles et leurs actes.
Un contexte historique bien intégré à la trame du roman
Comme ces artistes entretenaient des relations très étroites avec les rois, papes et autres grands de l'Italie, Jean Diwo ne manque pas de décrire ce contexte historique (Cosme de Médicis, Laurent de Médicis, papes Jules II, Léon X, Clément VII...).
Caractéristiques techniques
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Éditeur : J'ai lu Date de parution : septembre 2011 Couverture : brochée Format : 11 cm x 17,8 cm Pagination : 506 pages ISBN : 978-2-2903-0976-6
Ce roman, où presque tout est vrai, retrace la rivalité qui opposa Titien, le maître de Venise, à Michel-Ange, le Maître de la Renaissance.
On croyait tout savoir de ces deux monstres sacrés, sauf leur guerre secrète pour la suprématie dans l'art, avivée par une incroyable trahison, que l'auteur a exhumée des récits et témoignages d'époque.
Pour ressusciter ce monde d'intrigues, de passions et de piété, Gilles Hertzog a choisi d'emprunter la voix de Giorgio Vasari, le célèbre biographe des grands artistes italiens du Cinquecento.
À travers lui, ses voyages, ses lettres, ses écrits, on revisite Venise et Rome au temps de leur plus belle effervescence. La politique s'y mêle à l'art, le sacré au profane, l'ambition à la philosophie chez des hommes tiraillés entre l'ascèse et le libertinage, la vanité et le génie ; les courtisanes se transfigurent en madones ; le pape Paul III dialogue avec Platon et les inquisiteurs ; Titien peint la Danaé, Michel-Ange le Jugement dernier ; l'Arétin jongle avec les fourberies du temps.
Glorifier la beauté de ce monde ou en inventer un plus haut ? Plaire aux puissants ou faire de la peinture un combat ? Qui l'emportera ? Titien, la sensuelle Venise et ses plaisirs terrestres ? ou Michel-Ange et Rome en quête d'absolu ? Ce Séjour des Dieux est la fresque vivante d'un âge d'or où des hommes rêvèrent, dans l'art comme dans leur vie, d'apprivoiser l'éternité.
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Éditeur : Le Livre de poche Date de parution : juin 2007 Couverture : brochée Format : 11 cm x 18 cm Pagination : 283 pages ISBN : 978-2-2531-2155-8
Auteur : Dimitri Merejkovski Traduction : Victor Loupan, Michel Dumesnil de Gramont>
Texte de présentation
Au XVe siècle, Rome, capitale de la chrétienté, est un immense chantier dont le Vatican est le coeur et l'âme. Précédé par une réputation hors du commun, Michel-Ange, l'artiste le plus adulé de la Renaissance italienne, arrive dans le Ville éternelle la tête pleine de rêves et de projets, pour y découvrir une réalité où sa liberté de création et sa dignité d'homme sont constamment remises en cause par un entourage papal qui fait de l'intrigue l'un des beaux-arts. Il croyait être protégé par l'invitation personnelle du Saint-Père. Erreur ! Rome n'est pas Florence...
Avec une maestria digne des plus grands, l'auteur nous fait partager la vie de Michel-Ange, au jour le jour, allant jusqu'à nous convier – privilège extrême ! – à la création de la chapelle Sixtine. Avec finesse et doigté, en marge du récit, il arrive en sus à poser la question, éternelle et si moderne, du rapport de l'artiste avec le pouvoir et du sens profond de la création artistique. Les deux nouvelles qui complètent le volume, La Science de l'amour et L'Amour est plus fort que la mort, sont de délicieux contes florentins. Elles ont pour sujet le libertinage et ses pièges pour la première, et la pureté des sentiments en conflit avec les conventions sociales pour la seconde.
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Éditeur : Presses de la Renaissance Date de parution : mai 2003 Couverture : brochée Format : 13 cm x 20 cm Pagination : 210 pages ISBN : 978-2-8561-6948-3
Auteur : Philipp Vanderberg Traduction : Michel Breitman
Texte de présentation
Intrigues de pouvoir, secrets d'État, liens parfois tortueux avec la politique, l'argent ou la mafia... Derrière la splendeur de Saint-Pierre et les bénédictions papales, le Vatican a lui aussi sa part d'ombre. Et dans ses archives interdites dorment des secrets venus du fond des âges. De mystérieuses inscriptions, découvertes lors de la restauration des fresques de la Sixtine, laissent augurer un séisme. Elles constitueraient la vengeance de Michel-Ange contre les papes qui l'ont si durement traité. Mais quelle vengeance ?
Alors que la Curie veut étouffer l'affaire, le cardinal Jellinek décide de le savoir, coûte que coûte. De l'atelier de Buonarroti à la chambre d'agonie de Jean-Paul Ier, des écrits kabbalistes médiévaux aux recherches des savants contemporains, il va remonter peu à peu vers la plus inattendue et la plus terrible des révélations. Un secret auquel fut initié le Florentin, et que les nazis ont connu. Une vérité susceptible de faire chanceler l'Église tout entière...
Caractéristiques techniques
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Éditeur : Le Livre de poche Date de parution : juin 1999 Couverture : brochée Format : 11 cm x 18 cm Pagination : 284 pages ISBN : 978-2-2531-4677-3
Autrice : Hella Serafia Haasse Traduction : Anne-Marie De Both-Diez
Texte de présentation
Ce roman se situe en Italie, au temps de la Renaissance classique, ou Cinquecento, plus précisément dans la période allant de 1525, date de la bataille de Pavie, à 1527, année du sac de la Ville éternelle par les troupes de Charles Quint.
Rome, la "ville écarlate", est alors le centre de la vie politique, littéraire et artistique de l'Europe, dominée par la pourpre cardinalice. C'est aussi un foyer d'intrigues et de complots. Dans l'une des salles du Vatican, nous rencontrons un personnage mystérieux, Giovanni Borgia. Bâtard d'une lignée espagnole tristement célèbre, il est désespérément à la recherche du secret de ses origines. Il sait seulement que, encore enfant, il a reçu du pape Alexandre VI le titre de duc de Camerino, qu'il ne tardera pas à perdre.
La description des aléas de sa quête aboutit à une image étonnamment authentique de ce XVIe siècle et de ce monde où se côtoient les plus grands noms de l'histoire : César et Lucrèce Borgia, Michel-Ange, Machiavel, Pierre l'Arétin, la poétesse Vittoria Colonna, marquise de Pescara, et son mari, le foudre de guerre Ferrante d'Avalos, et bien d'autres figures pittoresques ou émouvantes comme la courtisane Tullia d'Aragon, tous mêlés de près ou de loin aux multiples intrigues politiques et sociales d'un monde qui semble voué à s'enfoncer dans l'abîme.
Mon avis : Bien
Hella S. Haasse réussit ici avec brio à faire revivre au quotidien les personnages du passé en narrant leurs destinées au plus près de la vérité historique : Lucrèce Borgia, Pierre l'Arétin, Michel-Ange... On se sent au plus près des protagonistes, perçant leur psychologie, leurs pensées, leurs sentiments, leurs forces, leurs faiblesses...
Ce roman historique d'une grande subtilité et d'une grande érudition est plutôt recommandé à des lecteurs qui sont déjà un peu familiarisés avec l'histoire des Borgia et du Cinquecento italien, sinon il y a un risque de se sentir un petit peu perdu...
Caractéristiques techniques
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Éditeur : Seuil Date de parution : mai 1997 Couverture : brochée Format : 15 cm x 22 cm Pagination : 368 pages ISBN : 978-2-0202-2881-7
Un roman tout en puissance et en frémissements, à l'image de son héros, Michel-Ange.
Dans ce récit passionnant et passionné, Irving Stone, en une fresque éclaboussée de couleurs, fait revivre toute l'histoire de la Renaissance italienne, de la Florence de Laurent le Magnifique à la Rome de Jules II, de Léon X et de Clément VII. Mais avant tout il réussit à saisir de l'intérieur une âme d'artiste, blessée par l'incompréhension, en proie à des joies et des affres inconnues de la plupart des hommes, enfermée dans l'orgueilleuse solitude du génie.
Un roman tout en puissance et en frémissements, à l'image de son héros, Michel-Ange.
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Éditeur : Plon Date de parution : mai 1985 Couverture : brochée Format : 15,5 cm x 24,1 cm Pagination : 474 pages ISBN : 978-2-2590-1039-9