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jeudi 7 septembre 2017

Le fleuve guillotine

Le fleuve guillotine
Auteur : Antoine de Meaux

Texte de présentation

10 août 1792. Aux Tuileries, une poignée de fidèles se rassemble autour du roi et de sa famille. Les jacobins s'apprêtent à porter le coup de grâce. La France est en révolution, autant dire en plein chaos. Pour Louis du Torbeil et son jeune beau-frère Jean de Pierrebelle, c'est une journée de larmes et de sang.
Mais à Lyon, cité industrieuse, la colère monte contre Paris. Venu du pays entier, tout un peuple se rebelle. Bientôt, les armées révolutionnaires font le siège de la ville.
Antoine de Meaux nous offre un premier roman flamboyant : la peinture d'un monde qui bascule. Les corps à corps de la guerre civile se mêlent aux amours naissantes. La sauvagerie des forêts offre son décor aux tristes jeux des marionnettes humaines. Le long du "fleuve guillotine", nul ne sera épargné.

Prix Claude Fauriel 2015.

En complément






Mon avis : Très Bien

Roman lu dans le cadre de l'opération Masse Critique Babelio. Je remercie Babelio et les éditions Phébus de m'avoir sélectionnée et envoyé ce roman.

Ce roman historique nous plonge, à travers l'histoire d'une famille, en plein cœur de la Révolution française. Plus précisément, l'auteur, Antoine de Meaux, s'est concentré sur un épisode bien précis et peu étudié de cette période, celui du soulèvement de Lyon contre la Convention en juin 1793 qui conduisit au siège de la ville et à une terrible répression par la suite.
"Le Chancru montra à son sauveur une épreuve de sa dernière gravure. Sous un ciel déchiré, une machine à couper les têtes se dressait, à cheval sur une rivière de sang.
– Quel nom vas-tu lui donner ?
– Le Fleuve guillotine..."
L'histoire
Point de départ de ce récit, une date, un lieu, un événement : le 10 août 1792, convaincus de la complicité de Louis XVI avec l'étranger, les fédérés et les sans-culottes prennent d'assaut le palais des Tuileries, obligeant le roi et sa famille à se réfugier à l'Assemblée. Quatre personnages d'une même famille participent alors à cette journée sanglante, mais pas dans le même camp : tandis que Louis du Torbeil et ses deux jeunes beaux-frères, Jean et Charles de Pierrebelle, tentent chacun de leur côté de prêter main-forte aux défenseurs des Tuileries, leur cousin Rambert Conche fait partie des émeutiers qui assaillent le palais. Cette tragique journée se solde par des centaines de morts, dont celle du garde national Charles de Pierrebelle, le sac du palais des Tuileries et la chute de la royauté.
Alors que la Terreur se profile, nos personnages regagnent leur terre natale, à Lyon et dans le Forez. Mais les kilomètres qui les séparent de Paris ne les éloignent pas pour autant des soubresauts de la Révolution. La politique de la Convention, bientôt dominée par les jacobins radicaux, ne fait pas l'unanimité à Lyon, loin de là. Ainsi, au printemps 1793, la municipalité de Lyon, dominée par les jacobins de Chalier, est renversée au profit des modérés. La rupture entre Lyon et la Convention est consommée en juillet 1793 lorsque Chalier est guillotiné : la Convention envoie alors des troupes armées conduites par le général Kellermann pour rétablir l'ordre dans la ville. C'est alors que les différents membres des familles de Pierrebelle et Conche – Louis, Jean, Camille, Barthélemy d'un côté, Rambert Conche de l'autre – vont s'engager dans cette nouvelle lutte, une véritable guerre civile. Commence alors un siège qui va durer deux mois, entre le 9 août et le 9 octobre 1793 : mouvements de troupes, combats d'artillerie, bombardement de la ville, incendies, disette… rien ne sera épargné à la ville de Lyon qui finit par se rendre ni à nos différents protagonistes qui connaîtront chacun des destinées très différentes… Renommée Ville-Affranchie, la ville subit alors une lourde répression menée notamment par Fouché et Collot d'Herbois : exécutions massives (guillotine, fusillade, mitraillade), destruction d'immeubles et des remparts de la ville.

Siège de Lyon, octobre 1793 (gravure coloriée, fin XVIIe siècle,
remaniée pour figurer le siège de Lyon à la fin du XVIIIe siècle,
Archives du Rhône, Lyon).

Un sujet original et pointu
La Révolution française, largement représentée dans la littérature historique, est un véritable sujet de prédilection pour les romanciers, que ce soit les événements parisiens ou bien les guerres vendéennes. En revanche, le thème des insurrections fédéralistes est rarement voire pas du tout abordé en littérature. Plus largement, peu de livres d'histoire, de revues, de magazines ou de films traitent de ce sujet qui reste mal connu mais qui est ô combien passionnant, reflétant toute la complexité de la Révolution française. Car contrairement des guerres de Vendée, les fédéralistes sont des républicains, ils se battent pour une certaine idée de la Révolution, mais celle-ci est devenue une véritable machine à tuer infernale, incapable de s'arrêter.
Un sujet aussi pointu aurait certainement mérité une note historique en début d'ouvrage – chronologie des faits et contexte historique – pour mettre le lecteur dans les meilleures conditions pour aborder ce roman passionnant mais néanmoins exigeant.

Un roman très documenté
Antoine de Meaux s'est livré à un très méticuleux et remarquable travail de documentation pour retranscrire le plus finement possible le déroulement du siège de Lyon. Témoins de ce travail de fourmi, les annexes qui contiennent deux arbres généalogiques – celui de la famille de Pierrebelle et celui de la famille Conche –, un plan du palais des Tuileries et des cartes de Lyon et de la région.
Ce très fort souci du détail historique, qui revêt parfois un caractère quasi chirurgical, alourdit parfois le récit, cassant le rythme, l'étirant, noyant le lecteur dans des descriptions lui faisant perdre le fil de l'histoire. Même les personnages semblent parfois écrasés par le poids des descriptions tant le souci de véracité historique semble prévaloir sur la fiction : l'Histoire prend alors le pas sur l'histoire. Cette impression est renforcée par le fait que les personnages n'ont guère d'interactions entre eux, ils agissent la plupart du temps de manière isolée. La Révolution dévore tout sur son passage, même ces personnages de roman dont on découvre au fil de la lecture le passé par bribes, mais les temps ne sont plus les mêmes et toutes les actions, pensées et sentiments des personnages sont vus par le prisme de la Révolution. En revanche, à la fin du roman, alors que la ville de Lyon s'est rendue, les personnages reprennent le dessus, semblent plus vivants et prennent du relief.
D'autres fois, au contraire, la présence de détails historiques, par leur force évocatrice, permet au récit de prendre son envol, participant à l'intensité dramatique et au souffle romanesque qui plane tout au long du roman.
Quoi qu'il en soit, force est de constater le talent avec lequel Antoine de Meaux réussit à inscrire les destins individuels de plusieurs personnages dans une magnifique fresque de l'Histoire en marche et brosse un tableau aussi fidèle que possible de ces événements dramatiques, avec moult détails.

Un roman en quatre parties
Ce roman se compose de quatre grandes parties chronologiques, chacune divisée en courts chapitres, tels des saynètes. Une structure très agréable compte tenu de l'épaisseur du livre : 464 pages ! En effet, ce découpage bien rythmé ainsi que la présence de sauts de ligne tout au long du roman permettent une bonne aération du texte, le rendant tout à fait digeste et facilitant la lecture… et les pauses ! Le lecteur peut ainsi tout à loisir dévorer des centaines de pages à la suite ou grignoter par petits bouts si son emploi du temps ne lui permet pas de lire des heures durant.
Cependant, cette structure, de par son côté haché, a aussi ses points faibles : les saynètes se succèdent les unes aux autres, on passe d'un personnage à un autre, d'un lieu à un autre, le tout sans jamais s'attarder, comme si le temps nous était compté... mais il l'est compte tenu des événements que vivent les personnages.

De nombreux personnages, fictifs ou réels
La galerie des personnages est pour le moins impressionnante ! Qu'ils soient au premier plan ou à l'arrière-plan, ils sont tous importants, ils jouent tous un rôle dans cette vaste fresque historique : soldat, général, prêtre, noble, négociant, artisan, paysan, etc. Tous ces personnages, réels ou fictifs, se retrouvent emportés par les flots de cette guerre civile, conduisant des membres d'une même famille à se combattre, des paysans à affronter des nobles et des royalistes en déroute, mais tous sont déterminés à faire gagner leur Révolution, leurs idéaux.
Côté personnages réels, citons notamment le général Kellermann, Fouché, Collot d'Herbois, le général de Précy, Chalier, Couthon ou bien encore Dubois-Crancé.

Louis François Perrin de Précy,
Jean-Joseph Dassy (1829),
Musée d'art et d'histoire de Cholet.

Les personnages fictifs ne sont pas en reste puisque l'auteur s'est glissé dans les pas de la famille de Pierrebelle, robins anoblis, et de la famille Conche, négociants en soie, deux familles du Lyonnais et du Forez. Nous voici en présence d'une belle brochette de personnages, mais peu de femmes en définitive, à part Sophie de Pale et Jeanne : les frères de Pierrebelle – Jean (noble qui tombe amoureux de la jeune Sophie de Pale), Charles (garde national qui meurt dès le début du roman), Camille et Barthélemy (prêtre réfractaire) – ; leur beau-frère Louis du Torbeil ; leur cousin jacobin Rambert Conche (ancien oratorien défroqué, conseiller de Chalier) et son frère négociant en soie, Irénée Conche. Des personnages certes fictifs, mais dont les parcours sont représentatifs des nombreux destins broyés ou transcendés par la Révolution.

Un style littéraire, avec une réelle force évocatrice
En prenant le parti de relater le plus fidèlement possible le soulèvement et le siège de Lyon, Antoine de Meaux se trouvait un peu contraint par la forme : présence importante des descriptions et intervention d'un narrateur omniscient, présent sur tous les terrains, en tous lieux, mais aussi dans toutes les pensées des personnages. Le côté un peu figé et statique du récit aurait pu être adouci par la présence de dialogues – il y en a mais pas suffisamment.
Cependant, ce sont ces descriptions, parfois un peu longues mais très vivantes, qui permettent au lecteur d'entrer en plein cœur de l'histoire, de s'imprégner du contexte d'alors au point d'être parfois rebuté par le réalisme de certaines scènes violentes. Pour peu que le lecteur s'accroche lors de la lecture des premières pages, ce sera gagné, il entrera dans l'imaginaire très visuel de l'auteur. Il se retrouva alors littéralement transporté dans le temps à Lyon, au milieu du bruit et de la fureur, passant de scènes de chaos à d'autres scènes aussi terrifiantes. Sous la plume à la fois soignée, élégante et agitée d'Antoine de Meaux, la fureur et la haine sont palpables, les cris accompagnent les exécutions, le sang coule sur les scènes de bataille...

"Du Torbeil, en chemise, fut attaché à la planche de chêne, Ripet bascula le tout en avant comme s'il voulait verser son patient dans le fleuve. Le collier de bois le retint, enserrant le cou comme un joug de pilori, la lourde lame d'acier se fit libre, et déjà, la tête avait roulé au fond du panier, dans la sciure et le sang séché. Le corps, libéré de son chef, se vidait maintenant comme une outre, et le sang de Du Torbeil se répandait généreusement, peignant le bois et le pavé, glissant vers le fleuve, en contrebas, comme une irrésistible caresse. Il y avait tant de condamnés, ceux qui attendaient dans les prisons, ceux qui, cet après-midi, seraient enfermés dans la mauvaise cave, ceux qui n'étaient pas encore capturés, ni dénoncés, qui ignoraient encore l'heure et que pourtant l'on avait marqués comme des agneaux pour ce lieu, ceux qui allaient mourir dans les guerres à venir, non plus pour le roi, mais au nom de la nation conquérante, et plus loin encore dans le temps, ceux qui seraient mangés par les démons sortis de ces années originelles. La consigne était de se débarrasser promptement des corps, de les jeter dans le fleuve. Après tout, de combien de noyés ne devenait-il pas chaque année la sépulture ? Un  de plus ou un de moins n'y changerait rien. On n'apercevrait pas le flot, on entendait seulement son tumulte. Bernard, le bras droit du bourreau, qui était aussi son beau-frère, lança d'abord la tête. Elle disparut dans le manteau d'ouate, comme absorbée. Puis, avec Ripet, ils empoignèrent le corps et le précipitèrent à son tour. Il y eut un bruit d'éclaboussure et puis le grondement seul, derrière d'autres condamnés attendaient, et la petite scène à laquelle ils venaient d'assister les avait crispés, il faudrait sans soute les détendre un peu, les dérider, par une petite plaisanterie, que diable."

Un roman d'une précision historique incroyable, servi par une écriture soignée et pleine de vie.

http://www.babelio.com/

http://www.editionsphebus.fr/

L'avis des blogueurs

Calembredaines –– Le comptoir de l'écureuil –– Mots pour mots –– Ys-Melmoth

L'avis de la presse

Culturebox –– Télérama

Caractéristiques techniques

Livre papier

Éditeur : Libretto
Date de parution : septembre 2017
Couverture : brochée
Format : 12 cm x 18,2 cm
Pagination : 480 pages
ISBN : 978-2-3691-4385-7

Livre numérique

Éditeur : Phébus
Format : Amazon : Kindle –– Decitre : multiformat –– ePagine : ePub –– Feedbooks : ePub –– Fnac : ePub

1 commentaire:

  1. C'est amusant, car je l'ai aussi reçu dans le cadre de l'opération Masse critique. Malheureusement, je n'ai pas du tout réussi à entrer dedans. Peut-être n'était-ce tout simplement pas le moment... Mon esprit n'arrivait absolument pas à se fixer sur ce qui était écrit, je me perdais entre les personnages. Bref, je ne suis pas allée au bout de cette lecture, mais je pense que c'est parce que j'avais alors d'autres envies à ce moment-là... (il faut dire que le livre a vraiment tardé à me parvenir.)

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