Slideshow

Mes dernières critiques

jeudi 30 novembre 2017

L'échange des princesses

L'échange des princesses
Auteur : Chantal Thomas

Texte de présentation

En 1721, Philippe d'Orléans est Régent, dans l'attente que Louis XV atteigne la maturité légale. L'exercice du pouvoir est agréable, il y prend goût. Surgit alors dans sa tête une idée de génie : proposer à Philippe V d'Espagne un mariage entre Louis XV, âgé de 11 ans, et la très jeune Infante, Maria Anna Victoria, âgée de 4 ans – qui ne pourra donc enfanter qu'une décennie plus tard. Ce laps de temps permet l'espoir d'un "malheur" qui l'assiérait définitivement sur le trône de France… Et il ne s'arrête pas là : il propose aussi de donner sa fille, Mademoiselle de Montpensier, comme épouse au jeune prince des Asturies, futur héritier du trône d'Espagne, pour conforter ses positions.
La réaction à Madrid est enthousiaste, et les choses se mettent vite en place. L'échange des princesses a lieu début 1722, en grande pompe, sur une petite île au milieu de la Bidassoa, la rivière qui fait office de frontière entre les deux royaumes. Tout pourrait aller pour le mieux. Mais rien ne marchera comme prévu. Louis XV dédaigne l'Infante perdue dans l'immensité subtile et tourbillonnante du Louvre et de Versailles ; en Espagne, Mademoiselle de Montpensier ne joue pas le jeu et se refuse à son mari, au grand dam de ses beaux-parents Philippe V et Elisabeth de Farnèse.
À la fin, un nouvel échange a lieu, beaucoup plus discret cette fois : chacune des princesses retourne dans son pays…

En complément

  • Les éditions du Seuil vous proposent de lire un extrait de ce roman.
  • Chantal Thomas a été invitée par Franck Ferrand dans le cadre de son émission radio "Au coeur de l'histoire" sur Europe 1. Vous pouvez réécouter cette émission en cliquant sur ce lien : "L'échange des princesses".
  • Vidéo :


  • Ce roman a été adapté au cinéma par Marc Dugain (sortie : 27 décembre 2017) :


Mon avis : Très Bien

Roman lu dans le cadre de l'opération Masse Critique Babelio. Je remercie Babelio et les éditions Points de m'avoir sélectionnée et envoyé ce roman.

L'histoire
1721. Depuis la mort de Louis XIV en 1715, Philippe d'Orléans exerce la régence, Louis XV étant trop jeune pour régner. Soucieux d'asseoir son pouvoir et de mettre un terme au long conflit entre la France et l'Espagne, le régent propose à Philippe V d'Espagne un mariage croisé : Anna Maria Victoria de Bourbon, infante d'Espagne alors âgée de 3 ans, épouserait Louis XV, 11 ans, tandis que Louis, prince des Asturies âgé de 14 ans et futur roi d'Espagne, épouserait la fille de Philippe d'Orléans, Louise Élisabeth (Mademoiselle de Montpensier), âgée de 12 ans. L'accord conclu, cet "échange des princesses" a lieu en 1722 sur l'île des Faisans, au milieu de la rivière frontalière de la Bidassoa, chacune rejoignant alors un royaume et une cour qui leur est étrangère. Mais ces deux mariages tournent rapidement au fiasco et les princesses sont renvoyées vers leur pays respectif en 1725.

Une chronique mêlant cruauté et compassion
À la manière d'un chroniqueur du XVIIIe siècle, Chantal Thomas nous raconte dans ce roman cette histoire ahurissante et pourtant véridique. Une chronique cruelle dans un style élégant et sobre, mêlant ironie et compassion. S'appuyant sur la correspondance entre les différents protagonistes des deux cours (Élisabeth Farnèse, Philippe V, Louis Ier, Louise Élisabeth, Madame de Ventadour...), Chantal Thomas entremêle quelques extraits de lettres et sa fiction pour donner plus de poids, de gravité et de réalisme à son roman. La lecture de ces documents se révèle parfois compliquée car les lettres sont retranscrites dans la langue de l'époque, bien différente de la nôtre, donc parfois difficilement déchiffrables et compréhensibles, freinant par là même la lecture.
Un seul petit regret : à force de se concentrer sur le destin de ces deux petites princesses, l'auteur en oublie tout le contexte historique, les événements, comme si l'on était en vase clos (réformes économiques, jeux d'alliances, jansénisme...).

Deux beaux portraits psychologiques
L'alternance des chapitres consacrés à chacune des deux cours nous permet de suivre simultanément l'évolution des deux jeunes filles pourtant si éloignées à tous points de vue, nous offrant par là même deux beaux portraits psychologiques. Si Anna Maria Victoria, pleine de charme, insouciante et gaie, fait l'unanimité au sein de la cour, il n'en va pas de même avec Louise Élisabeth qui refuse dans un premier temps de paraître à la cour. De la même façon, si Anna Maria Victoria est fortement éprise de Louis XV, Louise Élisabeth ne porte aucun intérêt à son futur époux. Mais, coupées de leurs racines familiales et entourées d'inconnus, elles vont toutes deux se heurter à la violence et à la dureté de la cour. Madame Palatine résume parfaitement la situation, s'adressant à Anna Maria Victoria (page 186) : "[...] vous êtes exceptionnelle, Madame. Sans que cette conscience de votre mérite vous rende arrogante, ne laissez pas des médiocres vous humilier et vous faire douter de vous-même. La Cour est une mécanique effroyable. Comme toutes les princesses étrangères qui arrivent, j'ai été fêtée, puis maltraitée, calomniée, blessée. Au début nous sommes jeunes, amusantes, certaines d'entre nous sont jolies, la Cour nous caresse, a l'air de nous aduler. En fait, vampire sournois, elle nous pompe le sang. Les grossesses font le reste. La jeune épousée n'est bientôt plus qu'une pauvre chose qui traîne et qu'on oublie."

Des cours bien différentes
Si Philippe d’Orléans est surtout réputé pour son libertinage et ses moeurs très libres, la cour d'Espagne se caractérise par une austérité extrême. Aussi, l'accueil de la petite Louise Élisabeth est glacial, surtout de la part de l'ambitieuse reine Élisabeth Farnèse, seconde épouse de Philippe V. Un symbole qui plante le décor : en guise de comité d'accueil, on lui fait assister à un autodafé d'hérétiques ! Ayant reçu une éducation peu soignée, elle ne sait comment se comporter, a du mal à se plier à la rigueur de la cour et finit par se renfermer sur elle-même. Malgré l'attention que lui porte le maladroit Louis Ier, il est déjà trop tard : isolée, incomprise, scrutée par une cour qui ne lui veut pas forcément que du bien, elle finit par sombrer dans une semi-folie, alternant boulimie, alcoolisme et crises durant lesquelles elle déambule nue dans le palais. À la mort de Louis Ier en 1724, alors que Philippe d'Orléans est mort en 1723, Philippe V décide de renvoyer en France cette veuve de la maison d'Orléans devenue bien inutile. Anna Maria Victoria a un peu plus de chance puisqu'elle est choyée par madame de Vendatour, provoquant par là même la jalousie de Louis XV, et appréciée de Madame Palatine. Mais Louis XV est un être mélancolique, triste et secret, marqué par de nombreux deuils ; il ne supporte pas la gaieté, la joie de vivre et la tendresse à son égard de ce bébé, même si celui-ci fait preuve d'une maturité stupéfiante pour son âge. En raison de ce jeune âge, Anna Maria Victoria ne sera pas en mesure d'avoir des enfants avant de nombreuses années, aussi le duc de Bourbon, premier ministre de Louis XV, décide-t-il de rompre les fiançailles et de la renvoyer en Espagne. Madame de Ventadour résume parfaitement l'union d'Anna Maria Victoria et de Louis XV (p. 302) : "Elle voit ce qui est : une petite fille électrisée d’amour pour un garçon crispé d'antipathie, une romance conjugale à sens unique favorisée pour masquer le cynisme d'un arrangement politique. « La barbarie à sourire polis » se dit la marquise [...]".

Un univers sans pitié pour les enfants
À travers ce roman, Chantal Thomas nous dévoile combien la vie n'était pas tendre pour les enfants d'ascendance royale. Certes, elle ne l'était pour aucun enfant à cette époque, mais ces enfants royaux sont considérés par les adultes comme des marchandises, des pions, des pantins qu'on peut manipuler et déplacer à l'envi sans se préoccuper le moindre instant de leurs sentiments.
"Alors la mort fauchait à tour de bras. À la moindre faiblesse elle accourait. À cause de cette faux monumentale suspendue au-dessus de soi, on ne perdait pas une minute. Il n'y avait pas de temps pour les incertitudes et les lents apprentissages. Pas de temps pour l'adolescence, cette sorte de terrain vague de l'expérience. La chance aidant, on passait directement des traquenards de la faiblesse infantile à l'âge adulte avec ses deux tâches majeures : travailler, se reproduire. Travailler : pour les pauvres il suffisait que l'enfant soit capable de se tenir debout. Se reproduire : pour les pauvres comme pour les riches, c'était à la nature de décider." (page 137)
L'auteur décrit avec cynisme et réalisme, d'une plume acérée mais toujours élégante, cette brutalité et cette inhumanité dont sont victimes ces deux princesses, tout cela pour des raisons politiques. D'ailleurs, l'éditeur a réussi à traduire cet état de fait en couverture en choisissant de ne reproduire qu'une partie du portrait d'Anna Maria Victoria par Alexis Simon Belle, en ne montrant qu'une partie de son corps, masquant sa tête... un corps impersonnel.

Babelio
Editions Points

L'avis des blogueurs

Chez sentinelle –– Lectures & Co –– De livre en livres –– Une tasse de culture –– The french book lover

Caractéristiques techniques

Livre papier

Éditeur : Points
Date de parution : novembre 2017
Couverture : brochée
Format : 11 cm x 18 cm
Pagination : 336 pages
ISBN : 978-2-7578-6986-4

Livre numérique

Éditeur : Seuil
Format : 7switch : ePub ou PDF –– Amazon : Kindle –– Decitre : ePub ou PDF –– ePagine : ePub –– Feedbooks : ePub –– Fnac : ePub –– Numilog : ePub ou PDF

3 commentaires:

  1. Je n'ai jamais eu l'occasion de lire le livre, mais j'ai vraiment super envie de voir le film :)

    RépondreSupprimer
  2. Hé bien moi je vais mettre le roman dans ma liste! faudrait que je le lise avant de voir le film...
    merci pour ton avis ;-)

    RépondreSupprimer